‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 287 sur 314 · LIVRE X. — DANTON ATTAQUE PAR LES GIRONDINS · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DANTON ATTAQUE PAR LES GIRONDINS

leur de cette injure, soit qu'ils le jugeassent plus vulnérable. Danton, en effet, avait été assez étroitement lié avec Dumouriez. Commissaire en Belgique, il avait vécu dans son intimité, et de retour en France, il n'avait pas tari en éloges sur son compte. Un jour même, tout récemment^ au sein du comité de défense générale, Robespierre avait insisté pour qu'on examinât très-attentivement et sans retard la conduite de Dumouriez, jugeant tout délai dangereux. Danton s'y était opposé, parce que, pensait-il, on ne devait rien décider contre le général avant la complète évacuation de la Belgique, et son opinion avait prévalu. Pénières commença l'attaque contre le vigoureux athlète ; ensuite vint La Source, qui groupa fort habilement tous ces faits, y joignit force insinuations perfides, et, dans son accusation contre Danton, enveloppa Lacroix, cet ancien allié des Girondins, passé tout à coup dans le camp montagnard. L'âpre orateur revint encore sur cette éternelle dictature, fantôme san§ cesse évoqué par son parti; il se plaignit de Tinaction du tribunal révolutionnaire et termina en demandant que chacun jurât de donner la mort à quiconque tenterait de se faire roi ou dictateur. L'Assemblée, d'une voix unanime, prêta ce serment aux applaudissements des tribunes.

Tout le monde connaît la foudroyante réponse de Danton. On avait eu l'air de suspecter sa probité relativement à une somme de cent mille écus mise à sa disposition et à celle de Lacroix pour les besoins de leur mission en Belgique, il s'en rapporta à cet égard au témoignage de Cambon. Puis, après une sorte d'invocation aux citoyens vraiment amis du peuple qui siégeaient sur la Montagne, il prit corps è corps La Source et les Girondins, et deux heures durant les tint sous sa rude étreinte. On avait incriminé ses relations avec Dumouriez ; mais ses ennemis, les hommes d'Etat^ les intrigants^ n'avaient-ils pas été, n'étaient-ils pas encore les plus ardents partisans du général? N'avaient-ils pas eu pour lui les plus grands ménagements ? N'était-ce pas un journal de la faction girondine, le Patriote françoiSy qui écrivait que Dumouriez était < loin d'associer ses lauriers aux cyprès du 2 Septembre, » dont Brissot et ses amis, avec cette mauvaise foi dont nous avons donné tant de preuves, s'efforçaient de rejeter la responsabilité sur leurs adversaires ? « Eh bien ! » s'écria Danton de sa voix formidable, après avoir renvoyé à ses imprudents accusateurs le reproche de vouloir rétablir la royauté, « eh bien ! je crois qu'il n'est plus de trêve entre la Montagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran, et les lâches qui en voulant le sauver nous ont calomniés dans la France. » Hélas ! non, il n'y avait plus de trêve possible, et les applaudissements mêlés de cris de fureur qui interrompirent de moment en moment la dernière partie de cette puissante improvisation.

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donnèrent la mesure du degré d*exaspération où étaient montés Fun et Tautre parti (1).

L'Assemblée, après avoir entendu le discours de Danton, passa à Tordre du jour ; mais elle prit une mesure bien grave et grosse de conséquences fatales. < Frappons les traîtres quelque part qu'ils se trouvent! » s'était écrié Marat. Aussitôt le Girondin Biroteau, formulant cette menace en motion, proposa à la Convention de mettre en état d'accusation celui de ses membres sur la tête duquel flotteraient de violents soupçons. Les Girondins étaient en majorité, ils appuyèrent en masse la demande de leur ami , — personne ne protesta du reste, — et l'Assemblée aveuglée décida, que sans avoir égard à l'inviolabilité d'un représentant de la nation française, elle décréterait d'accusation celui ou ceux de ses membres contre lesquels il y aurait de fortes présomptions de complicité avec les ennemis de la liberté, de l'égalité et du gouvernement républicain (2). Ainsi cette charte tutélaire d'inviolabilité réclamée jadis par Robespierre au sein de rassemblée constituante, la voilà détruite, anéantie, déchirée par les mains des Girondins, et Robespierre n'avait pas réclamé, tant de part et d'autre les passions étaient devenues violentes, les haines furieuses! Seulement, de ce droit de proscrire, — droit exorbitant ! — ^les Girondins, en majorité k cette heure, espéraient bien user à leur profit, et ils en donneront prochainement la preuve. Les malheureux ! ils venaient de décréter leur mort !

Robespierre avait laissé la Convention sous l'influence de^ paroles de Danton, mais le soir même il montait à la tribune des Jacobins pour flétrir la déloyauté avec laquelle on avait essayé d'incriminer la conduite de cet ardent patriote. La calomnie avait pris prétexte de sa trop grande crédulité et de ce qu'il ne s'était pas permis de mettre de luimême Dumouriez en état d'accusation. On était allé jusqu'à proposer au sein du comité de défense générale l'arrestation de Danton. Pourtant, disait Robespierre, « vous savez avec quelle supériorité ce patriote a écrasé ses ennemis. Vqus savez avec quelle énergie il a élevé tontes les âmes. » Dans l'extrène péril de la République, et au moment où les

(1) Voyez pour cette séance fiunease du l*r avrU le Moniteur des 3 et 4 avril 1793 ot lo Journal des débats et des décrets de la €(mventi(m, numéros 195 et 196.

(2) Moniteur du 4 avril 1793.

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