‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 289 sur 314 · LIVRE X. TRAHISON DE DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

LIVRE X. TRAHISON DE DUMOURIEZ

J*ai pris mon parti, que tous les citoyens m'imitent. » Et au milieu des transports soulevés par ses paroles enflammées, il ajouta : « Que tout Paris s*arme, que les sections et le peuple veillent, que la Convention se déclare peuple... Le génie de la liberté triomphera I » Le leildemain on lisait à la tribune de la Convention la circulaire insurrectionnelle de Dumouriez; et TAssemblée, après avoir, à la voix de Thuriot, mis le général hors la loi, promettait 300,000 livres à ceux qui s'en saisiraient et ramèneraient à Paris mort ou vif. On sait comment Dumouriez, abandonné de ses soldats indignés, passa à l'ennemi, flétrissant par une indigne trahison sa carrière si brillamment commencée.

Dans son numéro du 2 avril, la feuille de Brissot, s'emparant d'une phrase de Robespierre, «mal rendue peut-être par le Journal des débats de la Sociiti des Jacobins^ dont le rédacteur, tout dévoué à la Gironde, avait été chassé un jour pour avoir faussement rendu compte des séances, avait eu l'effronterie d'accuser l'énergique tribun de prêcher la guerre civile (1). Il était impossible d'aller plus loin dans la calomnie que le Patriote françois à l'égard de Robespierre. Depuis un an, c'est-à-dire depuis le jour où un discours de Brissot et un discours de Guadet avaient été solennellement déclarés calomnieux par la société des Amis de la Constitution, c'était une guerre sans trêve et sans relâche, odieuse, déloyale au suprême degré (2). Non, je ne sache pas de cœur, si cuirassé qu'il fût, qu'une si persistante mauvaise foi et de si sanglantes calomnies n'eussent fini par jeter hors de lui-mêraB. Et pour comble de démence, voilà les Girondins qui imaginent à présent d'accuser la Montagne d'être complice de Dumouriez! Mais pouvait-on oublier que mis en relation avec eux par leur ami Gensonné, le général avait été élevé par eux au ministère ? N'était-ce pas en leur compagnie qu'au mois de janvier précédent on l'avait toujours rencontré? N'étaitce pas sur eux que, dans ses lettres toutes récentes, il fondait son espoir pour arracher la France S ce qu'il appelait l'anarchie, par une touchante imitation de leur langage? Enfin, n'était-ce pas le jour même où éclatait la trahison de Dumouriez que paraissait dans le journal de Brissot ce malheureux article si élogieux à l'égard de ce général ?

Le 3 avril, à la séance du soir, comme on proposait à la Convention des mesures insignifiantes, Robespierre demanda tout à coup la parole pour une motion d'ordre, et, de sa place, il se plaignit de l'insuffisance des moyens adoptés jusqu'ici pour parer aux dangers publics. Le co-

(1) Patriote françois, numéro 1329.

(2) Voyez, pour ces derniers temps, les numéros 1244, 1257, 1306, 1307, 1329, 1338, 1340, 1341, etc., du Patriote françois,

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mité de défense générale, divisé conune il TéCaîl^ lui paraifinaidl inca* pable de sauver le pays* Ce comité» dit-il, avait le tort âe compter dans son sein certains hommes professant des priacî{)esrépr<Mivéfr pw la liberté. Ici de vife murmures iaterrompirent Tocaieiir». — A ImUiàmnil à la tribune I crièrent plusieurs yxàx. — Mais^ répliqua un nembre, il est impossible aux amis de la liberté d'aller à la tiibuMw <QA ^ i^mk. Jean Debry» qui présidait, ayanX pris rengagement de aiaînteiûr la liberté des opinions, Robespierre monta à la tribuoa.Ca»v»iacu que les mesures nécessaires au salut de la RévolutioB. ne seraieiKt janais adoptées par un pareil comité» il ne se regardait pliB». dès à préseot, comme en faisant partie et tenait à le déclarer bautesMuat. Une voulait pas délibérer avec des gens disposés à acceplca* ua ayatèna où la république se trouverait combinée avec une siurJlft de eoBstituiioD monarchique, avec des gens qui d'ailleurs avaient tenuJe langa^de Dumouriez, et qui, à l'exemple de ce générai^ avaitoi caloiBiiié saos cesse Paris et les patriotes ]es plus purs de la QoavwtioB* À l'appui de ses paroles, Robespierre invoqua le propre témoignage du génial» lequel, dans une de ses lettres lues a la tribune, ^plaudiaaait au cboiir des députés composant le comité de défense générale, à l'excepUon de six membres, parmi lesquels l'orateur s'honorait de figurer. Eofin il s'étonnait que ceux qui depuis six mois s'acharnaient canlre les plu» ankats défenseurs de la liberté fussent restés muets jusqu^ici sur les criines de Dun^ouriez. i II n'y a que. nous* » «s'écria-t-il^ « tant calomniés, qui ayons élevé la voix sur les perfidies de ce tr^tlre..» — Ace» mets Brissot se leva et demanda la parole. — Alors revinrent à la mémaire de Robespierre toutes les infamies incessamment répandues sur. son oûid par la feuille du célèbre Girondin* Ce matin encore a afait-on.pas odieusement travesti ses pensées? « Puisque Briasot, » dit-ii« « de-^ mande la parole pour me foudroyer, je vais faire sur Brissot l'applicâtion de ce que je viens de dire* i> Il n'avait pas de faits -certaias à' aUéguer contre lui, mais il le montra intimement lié depuis longtemps avec Dumouriez, ayant, dans toutes les circonstances, prisardeauneot sa défense, et de concert avec lui, poussé à la guerre contre l'AiUricb^ avant de songer à abattre la cour et à remplacer les généraux aristocrates comme le voulaient tous les vrais patriotes. Il reproduisit le reproche déjà lancé du haut de la tribune conUre Roland et les GirondinB par Danton d'avoir, après le 10 août, aux jours des grands périls* comploté d'abandonner Paris avec le roi et sa famille, et désespéré lâchement du salut de la France ; il scruta d'un œil sévère la conduite de ce Dumouriez qui, après avoir débuté par des succès brillants, marchait maintenant de revers en revers et s'en prenait à l'indiscipline des sol-

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