LIVRE X. SEANCE DC 10 AVRIL A LA CONVENTION
dont nous allons donner l'analyse, les i»incîpaux membres de la Gironde, cette faction était encore toute-puissante et en majorité dans l'Assemblée, comme, quelques jours auparavant, Robespierre jeune n^avait pas manqué d*en faire la remarqoe aux Jacobins : « La Montage est presque déserte ; les pati'iotes sont dans les départemens (1 ) . » Ce n'était donc pas un parti à moitié abattu qu*à son tour il venait aUaquer en face; au contraire. « Pariez! parlez! » lui crièrent plusieurs voi!l. La Source et Vergniaud lui-même insistèrent pour qu'Q fût entendu sur-ie-diarap. Oi était prêt à répondre à un discours artificimisement apprêté, disaieiit-ïls, reproche outrecuidant et assurément bizarre dans la bouche de gens qui, si souvent et à brûle-ponrpcnnt, avaient jeté à la tête de Robespierre des libelles préparés dans rooibre et longuement mééités. La Convention décida qu*il serait entendu séance tenante.
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Du long réquisitoire qoe nous allons rapidement examiner, tout est vrai, tout... excepté les inductions qu*a tirées Robespierre de faits dont il était impossiblie de contester la réalité. Les historiens contrerévolutionnaires, les écrivains hostiles à ce grand citoyen, n'ont pas manqué de lui faire un crime de ce discours qu'ils ont présenté comme cm monument d'astuce et de perfidie; mais ils se sont bien gardés de •dire par quels mensonges odieux, par quelles calomnies répétées à satiété, par quelles manœuvres ténébreuses, les Brissot, les Gnadet, les Vergniaud, les Louvet, avaient jeté l'irritation dans le cœur de ce collègue qui, à diverses reprises, au début de la Convention, les avait adjurés de dépouiller toute haine particulière; comment ils l'avaient en quelque sorte amené fatalement à confondre sa propre caase avec celle de la République, et à considérer comme des ennemis de la liberté ceux qui avec tant d'acharnement et de mauvaise foi conspiraient la perte de ses plus intrépides défenseurs.
RobesfÂerre commença par déclarer qu'une faction puissante conspirait avec les tyrans de l'Europe pour donner un roi à la France avec one constitution aristocratique. C'était bien là le système qui convenait à Pitt, à tous les ambitieux, à ces bourgeois aristocrates ayant hor-
(1) Journal des débats et de la correspondanct ds la Société dès Jacobins, numéro 389.
reur de régalilé et auxquels on avait fait peur môme pour leurs propriétés, aux anciens nobles enfin, heureux de retrouver dans une nouvelle cour les distinctions dont la Révolution les avait dépouillés, a La République, j> disait Robespierre, « ne convient qu*au peuple, aux honmies de toutes les conditions qui ont une âme pure et élevée, aux philosophes amis de Thumanité, aux sans-culoUeSj qui se sont en France parés avec fierté de ce titre dont La Fayette et Tancienne cour vouloient les flétrir, comme les républicains de Hollande s'emparèrent de celui de gueuxy que le duc d*Âlbe leur avoit donné. »
L'orateur traça ensuite un sombre tableau de la conduite des Girondins depuis leur apparition sur la scène de la Révolution. Il les moutra terribles contre les émigrés et les prêtres, défendant les droits du peuple et les sociétés patriotiques jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à s'emparer du pouvoir, objet de leurs ardentes convoitises; puis, devenus en tout point semblables à ces gens connus sous le nom de Feuillants et de modérés, cachant leur ambition sous le masque de la modération et de l'amour de Tordre, traitant d'anarchistes et d'agitateurs tous les patriotes coupables de ne pas s'être enrôlés sous leurs dra* peaux et de n'avoir pas cru que les destinées de la Révolution fussent conciliables avec les prétentions des gens de cour, même sous un ministère girondin. Leur éloignement du pouvoir les avait seul pour un temps rejetés dans le parti populaire; mais que d'efforts pour ressaisir ce pouvoir perdu! La journée du 20 juin n'avait pas eu d'autre mobile que leur ambition. Us trouvaient bon de se servir du peuple conome d'un marchepied pour monter aux honneurs, sauf à l'écraser sous prétexte de maintenir l'ordre quand on n'avait plus besoin de lui. N'ayant pas réussi par l'émeute, ils étaient entrés en négociations avec la cour, par Tentremise du peintre Boze, pour obtenir le rappel de leurs ministres d'élection. Aussi que de luttes, que de menaces contre ceux qu'ils appelaient alors les républicains en les menaçant du glaive de la loi ! Avec quelle persistance ils s'étaient opposés à la journée du 10 août, jusqu'à promettre au roi, dans la matinée de ce jour, de faire respecter les autorités constituées ! Tout cela fut rappelé par l'orateur avec une verve désespérante. Continuant l'examen de la conduite de ses adversaires, Robespierre les représenta cherchant, une fois la monarchie détruite, à s'attribuer tout l'honneur de son renversement, recueillant seuls les fruits de la victoire populaire, calomniant, dès le lendemain du 10 août, le*conseil général de la commune, aux efforts duquel était dû le triomphe de la nouvelle révolution, et s'empressant de rappeler au ministère leurs créatures, Servan, Clavière et Roland. Maîtres une seconde fois du pouvoir, et maîtres absolus, ils