‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 294 sur 314 · LIVRE X. — REQUISITOIRE CONTRE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — REQUISITOIRE CONTRE LA GIRONDE

font remettre entre les mains de Roland des sommes énormes pour façonner à leur gré l'opinion publique, pour payer tous les écrivains disposés à se vendre, à chanter leurs louanges et à calomnier indignement toutes les personnes opposées. à leurs vues. Avec quelle perfidie et quel machiavélisme ils excitaient contre Paris la défiance et la jalousie des autres parties de. l'Empire, et travestissaient en brigands et en assassins les citoyens dont ils redoutaient l'énergie ! L'ennemi marche sur la capitale; Longwy et Verdun tombent sous ses coups; quefont^ls? Ils songent à fuir avec l'Assemblée législative, sans s'inquiéter de la capitale livrée aux vengeances de Brunswick; et sans la résistance de Danton, sans le sublime élan du peuple de Paris, nul doute qu'ils n'eussent accompli leur dessein.

La Convention arrive, la République est proclamée; vonjt-ils fraterniser sincèrement avec ses véritables fondateurs, s'unir avec eux dans un même cri d'enthousiasme et de victoire? Point. Dans la crainte qu'on ne vienne leur demander une part du pouvoir dont ils sont restés détenteurs, ils s'attachent, dès le premier jour, à jeter la division et le trouble dans l'Assemblée par les plus odieux mensonges et par les plus indécentes calomnies. A la piste des nouveaux députés trompés d'avance par des papiers imposteurs, ils pratiquent sur eux un systènie d'embauchage honteux et parviennent ainsi à se former une majorité au sein de la Convention. Pour donner le change sur la dictature qu'ils exerçaient eux-mêmes, ils inventent et répètent à l'envi cette ridicule fable de dictature dont ils imputent le projet à un citoyen a sans pouvoir comme sans ambition ». Puis, comme pour déshonorer h plaisir la Révolution française aux yeux du monde entier, ils chargent de toutes les iniquités imaginables les patriotes dont ils redoutent l'opposition. De là ces éternelles déclamations contre les journées de Septembre, contre la justice révolutionnaire qui avait immolé les Montmorin et les de Lessart, et dont la responsabilité, si responsabilité il y a, devrait peser plutôt sur les Girondins que sur leurs adversaires, comme nous l'avons surabondamment démontré (1).

(l) Veut-on savoir de quelle façon étrange M. Michelet travestit les trois lignes où Robespierre, dans son discours, fait allusion aux massacres de Septembre, dont les Girondins, avec leur mauvaise foi habituelle, s'étaient efforcés de rejeter tout l'odieux sur leurs rivaux, qu'on ouvre son Histoire dt la Révolution (t. Y, p. 465) et on y lira : «Il acctjse (Robespierre) spécialement la Gironde... de n'avoir pas voulu les maasacres de Septembre f les pillages de février, » Est-ce que c'est là de la probité historique ? On ne sait vraiment qu'en penser, dirons-nous avec M. Michelet lui-même, qui prétend que les plus aveugles partisans de Robespierre n'ont pas eu le cœur de rapporter le discours de Robespierre. — M. Louis Blanc en a donné une très-longue analyse dans son Histoire de la Révolution^ t. VIII, p. 253 et suiv. — M. Michelet sait fort bien qu'il est impossible de donner tout entier un morceau d'une telle longueur. Nous nous

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Dans leur rage insensée cofntre Paris, ces mêmes hommes, powr écra^ ser le patriotisme de la capitale, appellent illégalement une masse de fédérés, qui d'abord poursuivent de leurs cris de fureur les véritables amis de la liberté. Mais bientôt, ô toute-puissance de la vérité et de I3 vertu! ces généreux citoyens, revenus de leurs erreurs au contact des bsbitaffi» de la capitale, cimentent dans une fête civique, sur la place du Carrousel, leur alliance avec le peuple de Paris, et jurent avec ha une haine étemelle aux tyrans. Les longs délais apportés au jugement de Louis XVI, l'appel au peuple qui, au dire de Torateur, équivalait à un appel à la guerre civile, la précipitation avec laquelle les Girondins avaient rompu la paix et soulevé l'Europe contre nous, quand à la tète de nos armées se trouvaient des généra» »x notoirement hostiles à la Révolution,, quand nos soldats étaient sans armes et nos places fortes sans moyens de défense, quand la France regorgeait encore d'ennemis intérieurs, étaient autant de griefs relevés par Robespierre à la charge de ses adversarires.

Un historien de nos jours trouve exorbitant qu'il ait reproché aux Girondins d^av&ir vottlu la guerre, c'est-à-dire d'avoir pensé que la France « devait étendre au monde le bienfait de la Révolution (1), > Voilà, il fa«t l'avouer, une singulière façx)n pour un peuple d'être le bienfaiteur d'un autre peuple, que de porter dans son sein le fléau de la guerre, le ravage dans ses champs et dans ses villes, la désolation dans ses familles. Pour nous , plus ménager du sang des hommes, nous sommes pleinement de Favis de Robespierre, qui réprouvait les miseionnaires ^trméSy et qui, avec son grand sens politique, ne voulait pas qu'on mtt du côté de î*Europe un semblant de raison et de droîl pour envahir notre territoire. Il fallait attendre. Les missionnaires armés! toute nation qui les supporte est une nation dégénérée et indigne d'estime.

Une fois sur ce chapitre de la guerre, Robespierre incrimina minu-

sonrmes attaclié, pour notre part, à mettre en relief les accusations les plus graves adressées par Robespierre contre les Girondins.

Maintenant tout bflfmne consciencienx fl^étorniera que M» Hfichéleft n'ait pu placé aoQs les yeux de ses lecteurs les incroyables calomnies dont, depuis une année, et snr* tout depuB TewertuTe de la Convention, les Girondins n'avaient cessé d*accaMer Bobespierre. Et v^ooblions pais qnVn fait de calomnies et de récriminations, Pinitiftti've est venue d'eux, d'eux floôlB. Si M. Micfaelet avait donné cette preuve d'impartialité, qru'hélas ! il ne faut pas lui demander, plus dSm de ses lecteurs eût été loin de trouver si baiaeux et si ahsimie ce qu'il appelle la diatribe de Robespierre, et tout en xagratÉBUt de si déploraibleB hrttes, se sénat écrié, en songeant-aox Gfrondim :

Patimini leg&m quam ipsi ftciatis.

(1) Miéhdet, Siatoire de la Aero/tffton, t. V, p. 465.

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