LIVRE X. — REOtlISirOIRE CO^tTHE LA GIRONDE
tieusem^t toutes les relations des Girondins avec Dumouriez, porté par eux au pouvoir, et par eux placé à la tête de nos armées. Suivant alors pas à pas le général depuis sa promotion au commandement des troupes de la RépuMique, il le montra toujours en rapport avec Brissoi et ses amis, acceptant de leurs mains un général étranger, Miranda, à qui incombait la responsabilité de Téchec de Maëstrich, et en toutes circonstances soutenu et défendu par eux. Et Ton est bien obligé d'avouer que jusqu'à Theure même où fut dévoilée dxt sein de la ConventioQ la trahison de Dumouriez, les Girondins le comblèrent d^éloges dans leurs jourtmix, parce qu'ils comptaient sur lui pour avoir raison de leurs adversaires', fiobespierre leur reprocha aussi comme un crime l'élévation au ministère de la guerre du général Beurnon ville, qui en Vendée avait mis à la tête des troupes républicaines des oCSciers perfides et attachés à Tancien régime comme Marcé et d'Hermigny. La conduite des membres de la Gironde au sein du comité de défense générale relativement à Dumouriez, les éloges publics que ce générd leur avait adressés, étaient à ses yeux un indice bien fort de leur -eompliciié. En terminant, il demanda le renvoi devant le tribunal révolutioanaire de la famslie d'Orléans, de Sillery, de la femme de ce dernier et du général Valence, passé- à l'ennemi avec Dumouriez et le fils d'Égalité, et que ce tribunal fût également chargé d'instruire le procès 4e tous les autres complices de Dumouriez. « Je n'ose pas dire que vous devez frapper du même décret des membres aussi patriotes que MM. Vergniaud, Guadet, Brissot et Gensonné ; je n'ose pas dire qu'un homme qui correspondoit jour par jour avec Dumouriez doit être pour le moins soupçonné de complicité; car à coup sûr cet homme est un modèle de patriotisme, et ce seroit un sacrilège que de demander le décret d'accusation contre M. Gensonné. Aussi bien je suis convaincu de limpuissance de mes efforts à cet égard, et je m'en rapporte pour tout ce qui concerne ces illustres membres à la sagesse de la Convention. » Puis, renouvelaot la proposition qu il avait déjà faite à l'égard de Marie-Antoinette, il engagea l'Assemblée à s'occuper sans relâche des moyens tant de fois annoncés de sauver la patrie et de soulager la misère du peuple (1). Kobespierre descendit de la tribune au milieu des applaudissements d'une grande partie de l'Assemblée (2).
(1} Ce discours remplit presque entièrement le dernier numéro des L$ttres de M. Ko* betpierre à ses commettans (numéro 10 de la 2* série). Il se trouve avec quelques va» riantes dans le Moniteur des 12 et 13 avril 1792 et dans le Journal des débats et des décrets, numéro 206. Il a été lepcoduit, d'après le texte donné par lUïbeipierre, dans VHiê' foire parlementaire, U XXV, p. 337, et dans les OEuvrM publiées pav Lapoonexayc^ t. III, p. 303.
(2) Monit^r du V3 avril 1793.
Comme nous Tavons dit, et comme on a pu s'en rendre compte, tous les faits allégués par Robespierre dans ce long acte d'accusaticHi étaient bien réellement vrais ; ce qui ne Tétait pas, c'étaient la plupart des inductions qu'il en avait tirées. Mais comment s'étonner qu'il se soit trompé à ce point lui-môme, après les longues vexations dont il avait été l'objet de la part de ceux dont, à son tour, il incriminait la conduite. Ah ! certes, ce n'était point la faute des Girondins si un décret d'accusation n'était pas venu l'arracher de son banc de législateur; ce n'était pas leur faute si le poignard de quelque fanatique n'était pas allé frapper traîtreusement ce prétendu aspirant à la dictature. Ces fabricateurs de calomnies criaient bien haut maintenant à la calomnie. Eux qui, depuis six mois, avaient, avec un acharnement sans exemple , dénoncé , dénoncé sans preuves et sans Tombre d'un prétexte, ce Robespierre, leur aîné dans la carrière de la Révolution, ils ne pouvaient concevoir qu'on les dénonçât aussi et qu'on appelât sur leurs actes l'attention sévère de la Convention. Ver« gnîaud utilisa cette éloquence facile et sonore dans l'art de laquelle il était passé maître. On connaît sa réponse et la fameuse broderie sur ce thème banal : Nous sommes des modérés l Or, Vergniaud s'était donné là le facile avantage de répondre à un argument que Robespierre n'avait pas eu à invoquer contre la Gironde. Les Girondins n'étaient pas des modérés dans l'acception vraie du mot, Maximilien le savait mieux que personne. N'étaient-ce pas eux qui avaient rempli de leurs fureurs tant de séances de la Convention? Et l'amertume dont à celte heure débordait le cœur de leur adversaire, n'étaient-ce pas eux qui l'y avaient versée goutte à goutte? Robespierre leur avait reproché de se couvrir du masque de la modération , ce qui était bien différent, et il avait comparé leur conduite à celle de ces personnages connus sous le nom de Feuillants et de modérés. Comparaison parfaîtementjuste.
Au reste Vergniaud, tout en se plaignant d'avoir été calomnié, ne se priva pas d'user contre son accusateur de l'arme détestable forgée par son propre parti, et il ressassa toutes les vieilles calomnies dont, à diverses reprises, la Convention avait fait bonne justice, et sur laquelle lui-même avait passé condamnation. Avec une grande habileté d'avocat, Vergniaud répondit, tantôt au nom de son parti, tantôt en son nom propre. Ainsi, quand les faits allégués contre la faction tout entière étaient incontestables, il commençait par dire : On nous accuse, et terminait en s'écriant que jamais il n'avait commis tel acte. Je veux citer un exemple frappant de cette tactique. Robespierre avait, à bon droit, reproché aux Girondins d'avoir employé l'argent de l'Étal