‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 296 sur 314 · LIVRE \. — REPONSE DE VERGNfAUO · texte numérisé non relu

LIVRE \. — REPONSE DE VERGNfAUO

à corrompre par leurs journaux et par leurs correspondances l'esprit des départements. Ceci s'adressait au ministre Roland, qui, perses odieux procédés et Tabus qu'il avait fait, dans l'intérêt d'une coterie, des sommes confiées à sa probité, aurait certainement mérité d'être mis en état d'accusation. Que répondit Vergniaud? 11 adjura son département de déclarer s'il avait tenté d'égarer ses opinions, et affirma que jamais il n'écrivait de lettres. Cette réponse évasive ressemblait beau- . coup à de l'hypocrisie. Mais Brissot trouva moyen de se montrer plus fort. Dans une longue réfutation publiée en brochure, et insérée dans son journal une dizaine de jours après , il ne craignit pas d'écrire : « Robespierre m'accuse de gouverner le ministère depuis le 10 août, et j'affirme, moi , que c'est Robespierre, Danton et leur parti qui l'ont gouverné et le gouvernent encore par la terreur. » Ainsi c'étaient Robespierre et Danton qui avaient dirigé Roland , et probablement l'avaient déterminé à inonder les départements de ces milliers de libelles dirigés contre eux. « Il m'accuse, • continuait Brissot, <r de distribuer des places, et j'affirme que c'est Robespierre, Danton et leur parti qui les distribuent depuis le 10 août (1). » Brissot, comme on voit, ne détestait pas de se montrer bouffon quelquefois. Or, que dut-on penser de la bonne foi de ce maître ès-intrigues, quand un peu plus tard on put lire la lettre suivante déjà citée, mais qu'il importe de remettre sous les yeux de nos lecteurs : « Je souhaite bien le bonjour à la respectable madame Roland.. . Je lui envoie pour son mari et pour Lanthenas une liste de patriotes à placer; car il doit toujours avoir une pareille liste sous les yeux. Tout aux amis. Signé : J.-P, Brissot (2). » Par une pareille lettre, Brissot s'était lui-même d'avance convaincu d'infamie.

Dans la soirée du 10, Robespierre, aux Jacobins, engagea vivement les pétitionnaires de la Halle-aux-Blés à effacer de leur adresse tout ce qui sentait la menace et l'emportement. Rédigée d'un style plus décent et plus convenable, elle n'en aurait, disait-il , que plus de force et de majesté, et serait signée par tous les amis de la liberté. Pas de mesures violentes, pas de ces expressions indiscrètes dont les intrigants se faisaient une arme contre les patriotes. Ceux-ci, d'ailleurs, trouveraient toujours au besoin dans le peuple un appui et un sûr moyen de ! triompher. En attendant il fallait demeurer calme et tranquille (3).

Vergniaud, à la fin de son discours, avait déclaré qu'il se proposait

(1) Patriote françoiSf numéro 1346.

(2) Lettre trouvée sous les scellés de Iloland. Voyez VHistoire parlementaire, 1 t. XXVIII, p. 99.

I (3) Jounuil des débats et dsla correspondance de ta Société des Jacobins, numéro 392.

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de demaiiddr le renvoi dea signataires de la féâtàota eo qnestûm devant le tribunal réveiiHiosiiake; ce n'^lak guère le flaoren d'qniaer la population parisienne. Quand Robespierre eut œné de parler, rorateur de la seclîon de la Halle-aux^Iés monta à la tribune, déckn que la majorité des sections était de Tavis de Robespierre, mais que malgré la dénonciation dont la sienne arait été Tobjet de la part de Pétion, elle n*en marcherait pas moins c d*un pas républicain dans k cbemin du salut public (1). » De teniUes orages s'amassaient castre la Gironde*

Montagnards et Girondins ne pouvaient plus travailler ensemble à rétablissemfflit de la République; il iiallait que Tun ou Tautre parti disparût de la scène ; toute conciliation était désormais impossible. Gomment, au milieu de luttes journalières pour des questions de persaones,. s'occuper utilement de la chose publique? Certaines séances de la Convention dégénéraient en véritables batailles. Le 11 avril, un dépoté, longtenq)s indécis et flottant, Duperret, que ses relations avec Charlotte Corday devaient mener à l'écbafaud, inaugura par un aoeès de délire étrange son entrée définitive dans le camp girondin. On le vit tout à coup tirer Tépée, comme pour fondre sur la Montagne. •Aràbbaye! » s'écrièrent à la fois David, Panis, Marat et Bentabolê. Mais les Girondins étaient en nombre; l'Assemblée passa à Tordre du jotir \2), Que de cris de fureur, si un Montagnard se fût rendu coupable d'uD pareil acte !

Le lendemain, nouvel orage. Robespierre venait prédsémem de se plaindre des retards apportés k l'exécution du décret concernant l'abolitioi\de la contrainte par corps, et de faire voter, sans discussion, la mise en liberté des détenus pour dettes, mesure d'humanité et de justice contre laquelle s'était vivement élevé l'organe le plus accrédité du parti de le Gironde (3). La séance promettait d'être plus calme, quand,

(1) Journal dei débati et de la correspondance de la Société deg Jacobine^ nnméro SftS.

(2) MonUeur du 14 arril 1793.

(3) Il est assez curieux, au sujet de la contrainte par corps, de cette loi barbare qu'on songe enfin à extirper de nos codes, de mettre en regarà de Popfaiioo de Robespierre celle du journal de Britsot, du Patriote françoù. Voici oomineiit s^exprinmit ce principal organe de la Gironde à propos du décret do mise en liberté des détenus pour dettes : « Ainsi plus de propriétés, puisque Ici créances étoiont des propriétés et qu'on

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