LIVRE X. IL PRÊCHE LE CALME AUX JACOBINS ÔTS
velle? Rien n'était plus propre à soulever la capitale, déjà travaillée de tant de causes de fermentation. Et même, à en croire beaucoup de personnes, le but des Girondins était d'exciter un tumulte de nature à précipiter le dénoûment d'une crise dont ils espéraient bien rendre l'issue fatale à leurs adversaires. Robespierre courut aux Jacobins en sortant de la Convention. D'une* voix émue et indignée, il raconta les péripéties de la longue séance de ce jour, les violences de Guadet, la vaine défense de Marat, les efforts infructueux de Danton pour empêcher l'Assemblée d'adopter une mesure fatale. On voulait sans nul doute provoquer un mouvement partiel dans Paris pour légitimer l'insurrection générale des départements contre la capitale, on voulait se défaire de tous les patriotes et élever sur les ruines de la liberté une oligarchie despotique. Mais il fallait déjouer ces nouvelles manœuvres et réparer l'injustice dont avait été victime un représentant du peuple. « Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, » continua Robespierre, a pour vous prouver que vous devez effrayer vos ennemis par une attitude imposante et calme, que vous devez veiller autour de vous afin que les émissaires soudoyés par eux ne puissent renouveler les désordres qu'ils ont précédemment excités et qu'ils essayeront de reproduire pour nous calomnier, j» Sur sa proposition, on arrêta la rédaction d'une adresse destinée à confondre la calomnie et à prêcher partout la tranquillité, et tous lés membres de la société convinrent de se répandre dans les sections, afin d'éclairer le peuple et de lui recommander un calme abàolu (1).
Le lendemain 13 avril, Robespierre s'opposait avec succès, au sein de la Convention, à la lecture d'une proclamation de Cobourg. Point de transaction avec l'ennemi l Et à sa voix la Convention nationale décrétait la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier ou de traiter avec des puissances étrangères qui n'auraient pas au préalable reconnu solennellement l'indépendance de la nation française, l'indivisibilité et l'unité de la République (2). Sur ce point nulle discussion, tout le monde était d'accord ; il s'agissait en effet, comme l'avait dit Robespierre, d'ôter iout espoir aux adversaires de la République. Nulle opposition non plus lorsque, dans la soirée, il réclamait contre Beurnonville, formellement accusé par Ruamps, Montant et Dubois-Crancé , l'application des mesures décrétées contre Dumouriez. A la suite de la motion de Robespierre, Danton était monté à la tribune, et avait proposé à son tour à l'Assemblée de déclarer que le peuple français ne s'immiscerait en aucune manière
{1) Journal des débats et de la correspondance ^ etc., séance du 12 ayril. (2) Moniteur du 16 avril 1793.
dans le gouvernement des peuples étrangers : ce qui avait été volé également. Mais, à ce compte, on repoceserait donc sans pitié les supplications des nations qui, confiantes daqs les promesses du mémorable décret du 15 décembre 179^ imploreraient contre leurs tyrans les secours de la France? Robespierre réclama. Au moins £adlait-il que la disposition décrétée sur la motion de Danton ne préjodiciàt en rien aux pays réunis. Plusieurs membres ayant demandé Tordre du jour pur et simple, on entendit, en cette circonstance, le girondin Ducos appuyer Robespierre, et l'Assemblée ad(^ta l'ordre du jour motivé sur ce que les pays r«unis faisaient partie de la République française (1). Mais bien courtes étaient les heures de trêve et d'entente. Dans cette même soirée, la Lecture du rapport sur la mise en état d'accusation de Marat ramena la tempête au sein de la Convention.
Ce fut Delaunay jeune, un ennemi de Marat, qui, au nom du comité de législation, présenta ce rapport; il concluait naturellement à Taccusation de TAmi du peuple comme ayant ])rovoqué le pillage, le meurtre et la dissolution de la Convention. Les Girondins étaient sdrrs r de la majorité. Aux voixl aux voix! criaient-ils avant tome discussion. Robespierre tenta un suprême effort pour empédier l'Assemblée d'adopter une mesure funeste. Marat avait pu commettre des erreurs, des fautes de style ; Robespierre les avait blâmées tout le premier. Mais parmi ses accusateurs sont les conspirateurs et les traîtres, ditil sans se laisser intimider par les murmures de la droite. Ce n^était pas contre Marat seul qu'était dirigé le décret d'accusation ; il le sentait bien : c'était contre les vrais républicains, contre tous ceux dont la chaleur d'âme avait déplu, contre lui-même^ bien qu'il se fût attaché constamment à n'aigrir, à n'offenser personne. L'Assemblée ayant, malgré ses protestations, voté l'impression et l'envoi aux départements du rapport de Delaunay jeune : € le demande, n ajouta-t-il, « quà la suite du rapport soit joint un acte constatant qu'on a refusé d'entendre un accusé qui n'a jamais été aK>n ami, dont je n'ai point par* tagé les erreurs qu'on trarvest^ ici en crimes, mais que je regarde comme un bon citoyen, zélé défenseur de la cause du peuple, et tout à fait étranger aux crimes qu'on lui impute. » Toute la gauche et les citoyens des tribunes applaudirent avec enthouâasme, mais rien n'y fit ; Danton n'essaya même pas de joindre sa voix à oeUe
(1) Moniteur an 16 avril 1793. D'après la narration de M. Michelet, qti^on croîntit embrouillée à dessein, il semblerait qae Danton ne veut ici qu*appiiyer nne proposition de Robespierre. {Hiêt, de la Révolution^ t. V, p. 475.) La clarté est cependant une chose essentieUe en histoire. Bobespiarre proposa une chose et Danton une antre. Voilà ce que M. Michelet ne dit pas.