‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 4 sur 314 · LIVRE VI. VOYAGE TRIOMPHAL A ARRAS · texte numérisé non relu

LIVRE VI. VOYAGE TRIOMPHAL A ARRAS

La veille de son départ, le 12 octobre, Maximilien recevait du peuple de Paris un nouvel hommage. Une députalion du faubourg Saint-Antoine, dans Tenceinte même des Jacobins* témoigna sa reconnaissance à Robespierre et aux députés patriotes qui n'avaient cessé, comme lui, de défendre la liberté et l'égalité . La société venait précisément de décider que désormais ses séances seraient publiques. Brissot, qui présidait, invita les délégués du faubourg à assister, le vendredi suivant, avec leurs concitoyens, à la séance du club (1). Ce jour-là, Robespierre était parti. Il avait écrit à Charlotte, sa sœur, pour lui annoncer son arrivée, et en même temps il lui avait recommandé de garder Je secret là-dessus, désirant éviter toute manifestation en sa faveur. Mais le secret ne fut pas très-religieusement observé ; la nouvelle fut bientôt connue de tout le monde , et Ton se disposa à recevoir magnifiquement ce député de l'Artois dont le nom était dans toutes les bouches, et dont l'illustration rejaillissait sur le pays qui l'avait choisi pour représentant.

Parti de Paris dans la matinée du 13, Robespierre se trouvait le lendemain à Bapeaume, petite ville distante d'Arras de cinq ou six lieues environ. C'était un vendredi. Les gardes nationales de Paris et celles du département de l'Oise, arrivées le même jour dans cette ville, se joignirent aux patriotes de l'endroit pour lui offrir une couronne civique (2). Les membres du directoire, ceux du district et de la municipalité, emportés par le mouvement, ne dédaignèrent pas, quoique peu favorables à la Révolution, de venir lui rendre visite en corps. Robespierre remarqua avec peine combien étaient mal armés les soldats de la garde nationale envoyés en observation sur les frontières ; et un peu plus tard, dans les grandes discussions auxquelles donnera lieu la question de la guerre, nous le verrons singulièrement préoccupé du souvenir de ces gardes nationaux sans armes, chargés de tenir tête aux troupes les mieux équipées et les plus disciplinées de l'Europe.

A Bapeaume, il eut la joie d'embrasser sa sœur et son jeune frère récenmient appelé par la confiance de ses concitoyens aux fonctions d'administrateur du département. L'un et l'autre, déjà venus la veille en vain, l'attendaient impatiemment, en compagnie de la femme de son ami, de son intime confident Buissart. Avant de quitter cette petite ville, il ne put se dispenser de prendre place à un grand banquet pré-

(1) Journal des débats de la Société des Amis de la Constitution^ nnméro 76.

{2) On lit dans le numéro 293 de la Chronique de Paris (20 octobre 1792) : m M. Robespierre est arrivé à Arras le 16 de oe mois. £n passant par Bapeaume, il aroit reçu une couronne civique qui lui a été offerte par nos braves volontaires parisiens. >

(i HISTOIRB DE ROOfiSPIERiiE

paré en son honneur. Une partie de la garde nationale d*Arras et plusieurs offîciers de la garnison étaient accourus également au-devant de lui, de sorte que de Bapeaume à Arras ce fut une véritable marche triomphale. Le peuple en foule était sorti de la ville pour aller à la rencontre de son glorieux compatriote, qu*il accueillit avec les démonstrations d'un attachement auquel Robespierre ne pouvait songer sans attendrissement, en racontant à son hôte Duplay les incidents de son voyage (1). Ses concitoyens ne négligèrent rien pour lui témoigner leur reconnaissance du dévouement avec lequel il avait défendu la cause populaire : l'enthousiasme revêtit toutes les formes. Là une nouvelle couronne civique lui fut présentée, et, par une attention délicate, le peuple enjoignit une pour Pétion; car, dans leurs vives acclamations, ses concitoyens mêlaient à son nom celui de son compagnon d'armes et de son ami (2). Alors se renouvela une scène qui s'était passée une quinzaine de jours auparavant aux portes de l'Assemblée constituante, à l'issue de la dernière séance. Plusieurs citoyens se mirent en devoir de dételer les chevaux de la voiture de Robespierre pour la traîner eux-mêmes; mais Maximilien descendit aussitôt, comme il l'avait fait lors de la clôture de l'Assemblée nationale, ne voulant pas se prêter à une action qu'il considérait comme indigne d'un peuple libre (3). . Il entra donc à pied dans la ville. C'était à qui verrait, toucherait, embrasserait le premier cet intrépide champion de la liberté. On était en automne, la nuit était déjà venue. Grande fut sa surprise de voir toutes les maisons illuminées sur son passage; il y avait eu un entraînement général, irrésistible. Jusqu'à son habitation un concours immense de peuple lui fit cortège, et quand il se retrouva dans cette petite maison paternelle de la rue des Rapporteurs, d'où il était sorti si ignoré, si inconnu, et où il revenait en triomphateur, au bruit des acclamations de ses concitoyens, de la France entière, il entendit longtemps encore retentir les cris de bénédiction dont il avait été salué partout : Vive Robespierre I Vive le défenseur du peuple!

Ces hommages tout spontanés et si désintéressés, rendus à un grand patriote, ne furent pas, on le pense bien, sans indisposer un certain nombre de personnes envieuses, ou plus ou moins ouvertement hostiles aux principes de la Révolution. Plusieurs des membres de la municipalité notamment, tous dévoués aux Feuillants, ne purent pardonner

(1) Nous avons sous les yeux cette très-curieuse lettre h Duplay, en date du 17 octobre 1791.

(2) Lettre à Duplay. Ubi suprà,

(3) Mémoires de Charlotte BobetpUrre, p. 93. Il dit à cette occasion à aa sœur que le peuple n'avait pas fait beaucoup de progrès^ qu'il était encore dans les langes de rignorance et du préjugé.

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