‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 300 sur 314 · LIVRE X. — DEBATS SCR LA CONSTITUTION GHVf · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DEBATS SCR LA CONSTITUTION GHVf

aa moment où nous nous occupons dn bonheur des hommes, nou& sommes tous d'accord (1). »

Le bonheur des hommes I c'était en effet Tobjet unique des rêves de Maximilien Robespierre, et nous allons voir combien les doctrines à l'aide desquelles il espérait le fonder étaient supérieures à celles de& Girondins. Continuateurs des Constitutionnels de la première Assemblée, ceux-ci croyaient qu'une simple transformation politique suffirait aux besoins de la société régénérée par la Révolution ; la réforme sociale, ils n'y tenaient guère. Robespierre, au contraire, y attachait une importance capitale. Si la Révolution se contentait de substituer une aristocratie bourgeoise à Taristocratie nobiliaire, si elle ne prenait nul souci des intérêts sociaux, elle n'avait rien fait selon lui. Aussi sa Déclaration des droits, si grandiose, n'est pas seulem^it le cri de victoire sur la destruction de l'ordre chrétien-féodal, comme Ta justecoent remarqué un éminent philosophe de ce temps-d, < mais le prodrome d'un ordre nouveau fondé sur l'égalité et sur la science (2). » Toute l'économie politique se trouve en germe dans sa théorie sur la propriété et dans sa définition des prolétaires et des oisifs. « L'école Saint- Simonienne, » dit encore M. Pierre Leroux, « n'a fait que féconder ces idées par les beaux travaux de son mattre sur la philosophie de l'histoire, et par des études positives sur la production et la distribution des richesses (3). » Quelques rapprochemeiits entre la Déclaration des droits girondine et celle de Robespierre indiqueront mieux encore les différences essentielles existant entre l'une et l'autre*

Ce fut le 17 avril 1793 que commencèrent, dans la CouTention nationale, les discussions sur l'acte constitutionnel, œuvre d'un comité entièrement composé d'hommes appartenant à la Gironde, et dont Condorcet était rapporteur. Robespierre demanda tout d'abord qu'on fixât bien nettement la Déclaration des droits, comme la constitution mère d'où devait sortir le gouvernement de tout peuple libre (A). Ainsj ITnimanité tout entière occupait sa pensée. Les modes de constitution pouvaient varier selon les peuples, la Déclaration des droits devait être la. même pour tous, parce qu'en matière de droits il ne saurait y avoir de systèmes distincts. Malgré l'opposition de Salles et de quelques autres membres aux yeux desquels était suffisante, quant à présent et sauf modification, la Déclaration émanée de l'Assemblée constituante, Favis de Robespierre, prévalut pour cette raison donnée par Barère, qu'on avait.

(1| Voyez le» Révofutioru de Paris, naméro IIW, p. 144. (2) Pierre Leroux, JHêctmn amx politiquet,

(4) Jowmal des débaU $1 dei décrets de la Cancention^ numéro 212, p. 294.

aeO HISTOIRE DE ROBESPIERRE

accompli d'abord la révolution de la liberté, puis celle de Tégalité. Séance tenante, en effet, on ouvrit les débats sur le projet du comité. L'Assemblée nationale de 1789 avait placé sa constitution sous les auspices de rÊtre suprême, un député demanda que la Convention reconnût également par le premier article de sa Déclaration l'existence d'un Être suprême. Le frivole auteur de Faublas; Louvet, se récria indigné. Les Girondins, qui reculaient épouvantés devant le problème de la question sociale, écartaient Dieu comme aristocrate.

Robespierre prit aux débats relatifs à la Déclaration des droits et à la constitution une part très-active, et c'est là qu'il faut le chercher tout entier. Nous allons retrouver le législateur doux et profond delà Constituante ; car il va tout simplement essayer de faire triompher les principes pour lesquels il avait si vaillamment combattu durant les années 1790 et 1791. J'ai quelquefois entendu dire : « Mais que voulaitRobespierre ? » Assurément les personnes qui posent cette question n'ont jamais lu ni sa Déclaration des droits de l'homme ni ses admirables discours sur la constitution. Il est là tout entier, je le répète. Rien de mieux conçu, de mieux combiné, de plus nettement précis que son système d'organisation politique et sociale, et c'est en quoi il est infiniment supérieur aux Girondins, à Danton et aux autres révolutionnaires. J'ai écrit, après d'autres, qu'il était le grand homme d'État de la Révolution, je devrais dire de la démocratie. Si jamais le règne de la justice arrive, si la démocratie est appelée à triompher un jour, ce seront les principes formulés par Robespierre qui gouverneront le monde. L'homme de lutte est du temps, le législateur est immortel.

Il ne manqua pas d'apparaître à la tribune le 19 avril, quand Je député Durand'Maillane demanda qu'il fût apporté certaines restrictions à la liberté de la presse. C'était un nouvel hommage qu'il venait rendre à cette liberté de la pensée que si souvent et si énergiquement il avait déjà défendue. 11 s'éleva contre toute espèce de restriction. Sans doute, les révolutions étant faites ordinairement pour reconquérir les dcoits des hommes, il pouvait arriver que dans un temps de révolution le succès d'une cause si juste exigeât la répression de quelque complot tramé à Faide de la liberté de la presse, et l'on comprenait qu'elle fdt alors momentanément restreinte, comme l'avaient demandé à diverses reprises les Girondins dans leur campagne contre Marat; mais dans les temps calmes, ajoutait-il, ce serait compromettre la liberté publique que de modifier un principe qui en était la sauvegarde (4). On entendit

(1) Voyez le Patriote françois^ numéro 1347, et les Révolution* de PariSy numéro 197, p. 144. Ces importantes discussions sont reproduites avec le plus déplorable laconisme par le Moniteur et par le Journal d<8 débalt et des décrrt» de la Contention,

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