‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 301 sur 314 · LIVRE X. — DEBATS SUR LA CONSTITUTION 6S · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DEBATS SUR LA CONSTITUTION 6S

dans cette circonstance Pétion et Brissot parler dans le même sens que Robespierre, et l'Assemblée, passant à l'ordre du jour sur les restrictions proposées par Durand-Maillane, adopta l'article du comité : «La liberté de la presse, ou tout autre moyen de publier sa pensée, ne peut être interdite, suspendue ou limitée. »

Tout en prêtant sur certains points son concours à l'œuvre des Girondins, Robespierre était loin, bien loin de la trouver satisfaisante. En cela il était de l'avis du girondin La Source, qui reprochait à la Déclaration de ses amis de pécher par défaut de précision de principes (1). Cependant il avait hâte de voir surgir enfin les bases de l'acte constitutionnel, car un des meilleurs moyens de déjouer les noirs projets des ennemis de la République était, suivant lui, de présenter au monde le manifeste de la Déclaration des droits du peuple français. « Il faut, » disait-il aux Jacobins dans la séance du 21 avril 1793, a que les amis de la liberté et de l'égalité, étrangers à toutes les passions, à toutes les intrigues, mettent au jour un projet de constitution qui impose silence à la calomnie et qui soit le code universel des nations (2). »I1 avait lui-même condensé en une série d'articles énergiques et précis ses idées sur les grands principes, les principes primordiaux, d'où devait. découler comme de source unç constitution républicaine ; et, dans cette séance des Jacobins, il donna lecture d'un projet de Déclaration rédigé par lui, véritable résumé de ses longues méditations sur la matière et des doctrines qu'il s'était efforcé de faire triompher depuis l'origine de la Révolution. Ce projet tout nouveau de Déclaration des droits de l'homme fut accueilli avec un enthousiasme extraordinaire. Maure demanda à la société de l'adopter solennellement comme sien, et cette proposition, appuyée par Bazire, fut aussitôt votée par acclamation (3). Ainsi se posait bien nettement, en face de la profession de foi girondine, ceJle des Montagnards.

De la tribune des Jacobins, Robespierre porta son œuvre à la tribune de.la Convention nationale. Un des points sur lesquels il trouvait tout à fait incomplète la définition donnée par le comité de constitution était la théorie de la propriété. D'après les Girondins, le droit de propriété consistait en ce que l'homme était mattre de disposer à son gré de ses biens, de ses capitaux, de ses revenus et de son industrie (4).

(1) Journal des débats et des décrets de la Concentiorif ntunéro 212, p. 295.

(2) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 399.

(3) Ibid.

(4) « Nous le demandons, > écrivait le rédacteur des Bévolutions de Paris (journal devenu alors tout à fait girondin ou peu sVn faut), c une définition aussi inexacte, aussi vaguement conçue, n'est-elle pas un brevet dMmpunité accordé aux accapa« reurs et même aux filous ? > (Numéro 198, p. 203.)

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Maïs n^étakroe point là une définilkiB trop absolue? Ces biens, ces revenus ne pouvaient-ils pas provenir d'une source iUégitime? Et alors à quel titre auraient-iis droit à la protection de la société? Ce fvt ce que Robespierre enti'eprit de déttontrer dans la séance du 2k avril, c Citoyens, » dit-il, « je vous proposerai d'abord quriqiies artidies nécessaires pour compléter votre théorie sur la propriété. Que ce mot n'alarme personne : âmes de boue qui n'estinœz que à'or, je ne veux point toucber à vos trésors, quelque impure qu'en soit la source. Vous devez savoir que cette loi agraire dont vous avez tant parlé n'est qu'un fantôme créé par les fripons pour épouvanter les imbéciles. Il ne fallait pas une révolution sans doute pour apprendre à l'univers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de biea des crimes; mais nous n'en sommes pas moins convaincus que l'égalité des biens est une chimère. Pour moi, je la croismoins nécessaire encore au bonheur privé qu'à la félicité publique. U s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire la richesse. La chaumière de Fabridus n'a rien à envier au palais de Crassus. J'aimerais autant pour mon compte être Tua des fil& d'Aristide, élevé dans le Prytanée aux 4^)eas de la Bépubtique, que l'héritier présomptif de Xerxès, né dans la £ange des cours pour occuper un trône décoré de l'avilisseoient des peuples et brilbnt de la misère publique. »

On moment interrompu par lesapplaudissements^il s'attacha à poser ensuite les véritables principes du droii de propriété, trop souvent enveloppés de nuages par les vices et par les préjugés des hommes. < Demandez à ce marchand de chair humaine ce que c'est que la propriété; il vous dira, en vous montrant cette longue bière qu'il appelle un navire, où il a encaissé et serré des hommes qui paraissent vivants : Voilà mes propriétés ; je les ai achetés tant par tête. Interrogez ce gentilhomme qui a des terres et des vassaux, ou qui croit l'univers bouleversé depuis qu'il n'en a plus ; il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblables. Interrogez les augustes membres de la dynastie capétienne; ils vous diront que la plus sacrée des propriétés est sans contredit le droit héréditaire, dont ils ont joui de tovte antiquité, d'opprimer, d'avilir et de s'assurer légalement et monarchiquement les vingt-cinq millions d'hommes qui habitaient le territoire de la France sous leur bon plaisir.

« Aux yeux de tous ces gens-là, la propriété ne porte sur aucun principe de morale. Pourquoi notre Déclaration des droits semWe-t-elle présenter la même erreur? En définissant la liberté le premier des besoins de l'homme, le plus sacré des droits qu'il tient de la nature.

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