LIVRE X. — DISCOURS SUA LA PROPRIETE
xious avons dit avee raison qu'elle avait pour bornes les droits d'au-trui. Pourquoi B*avez-vous pas appliqué ce principe à la propriélé, qui est une institution sociaJe, comme si les lois éterndles de la iMiture étaient momB inviolables que les conventions des hommes? Vous avez ixàultipUé les articles pour assurer la plus grande liberté à Texercice de la propriété, et vous n'avez pas dit un seul mot pour en déterminer la nature et la lé^timilé^ de manière que votre Déclaration paratt faite non pour les hommes, mais pour les ricbes, pour les accapareurs, pour les agioteurs et pour les tyrans. » 11 proposa donc à la Convention de . consacrer les vérités suivantes : 1 ° La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir e^ de disposer de la portion de biens qui lui est garaotie par la loi. 2^ Le droit de propriété est borné comme les autres par robligatioa de respecter les droits d'autrui. i^ Il ne peut préjudicler Bi à la sûreté, ni à la liberté, ni à Texistefice, ni à la propriété de nos semblables. U^ Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est essentieliement illicite et immoral.
Mais là ne se bornaient pas les différences essentiellies entre sa Décla» ration et celle des Girondins. « La liberté, b disaient ceux-ci» « consiste à pouvoir faire tout ce qui n'est pas Contraire aux droits d'autrui. » Elle n'avait de bornes, selon eux, que celles qui assuraient aux autres nombres de la société la jouissance de ces mêmes droits. « La liberté, » disait Robespierre, « est le pouvoir qui appartient à l'homme d'exercer à son gré toutes ses acuités. Elle a la justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour principe et la loi pour sauvegarde. > L'idée de doxmer la justice pour règle à la liberté avait échappé à Condoroet. Autre chose : les Giranflinfi avaient hieii consacré le prân cipe que l'impôt ne pouvait émaner que de la volonté du peuple; mais ils avaient omis, suivant Robespierre, de consacrer la progression de rïinpôt. Or, h ses y«ox, rien de pltts conform» k rétemel+e justice que d*împoser aux citoyens l'obligation de contribuer aux dépenses publiques progressivement, selon retendue de leur fortune, c'estr^^dire selon les avantages qu'ils retiraient de la société. îl demaiidait donc que ce principe, si équitable et si rationnel, fût formellement consacré par la Déclaratidi. Si antipathique étaient aux Girondins les véritables questions sociales, qu'ils poussèrent les hauts cris. C'était, à leurs yeux, un système absurde, destructif de réalité, ruineux pour l'industrie, et de iwrture à entraver latente des domaines nationaux (1). Beaucoup de
(1) Voyez le Patriote fTamçoU, nnméro 1354. — Il est à remarqHer que la dootri&ft Mafeecne par Robespierre en matière dUmpdts, Fa été également par les plus éminmitB éeonomUtee. Montesquieu, Etprit des loû^ liv. 13, ch. 7; Adam Smith, Richesie des nations; J.-B. Say, Cours d'économie politique^ U VI, p. 55.
personnes pensent encore aujourd'hui comme les Girondins, et cependant le principe de l'impôt progressif a été consacré par nos lois, puisqu'il est admis en matière d'impôt mobilier ; par quelle étrange inconséquence n'a-t-il pas été appliqué en matière de contributicms immobilières? Robespierre songea aussi à exonérer de toutes charges les citoyens dont les revenus n'excédaient point ce qui était nécessaire à leur existence ; mais un peu plus tard il comprit qu'exempter les pauvres de tout impôt, c'était créer une distinction contraire à l'égalité politique. Il condamna lui-même son erreur, et préoccupé de cette idée que les fiches, dont la domination était assurée dans les législatures,chercheraient à priver de toute participation au gouvernement ceux qui n'en supporteraient pas les charges, il réclama pour tous les citoyens la satisfaction de présenter à la République le denier de la veuve (1).
Robespierre, comme on a pu s'en rendre compte du reste, ne séparait jamais son pays de l'humanité, et certainement ses efforts n'ont pas été étrangers à la diffusion des principes de la Révolution française dans le monde. Or, le comité de constitution avait absolument oublié de consacrer les devoirs de fraternité qui unissaient tous les hommes à toutes les nations, et c'était là à son avis une lacune capitale dans le plan des Girondins. « On dirait que votre Déclaration a été faite pour un troupeau de créatures humaines parqué sur un point du globe, et non pour Timmense famille à laquelle la nature a donné la terre i>our domaine et pour séjour. » Il proposa donc à ses collègues de combler cette la- '
(1) Dans une œuvre de haute fantaisie sur la Révolution française, récemment publiée par M. Edgar Quinet, œuvre déploiwule au point de vue historique, oh les caractères des principaux personnages de la Révolution sont odieusement travestis, où les erreurs matérielles s^accumulent de page en page, Fauteur à^Ahasverus prétend que l'article par lequel Robespierre exonérait de toute charge les citoyens dont les revenus n'excédaient point la somme nécessaire à leur existence, fut une arme dirigée contre la Gironde; et la preuve, il la trouve dans ce fait qu'après la chute des Girondins, Robespierre soutint une thèse toute contraire. M. Quinet témoigne ici d'autant d'ignorance que d'absence complète de logique et de critique. D'ignorance, car Robespierre n'attendit pas la chute des Girondins pour revenir sur ce qu'il appela lui-mdme sou erreur, puisqu'en publiant dans son journal sa Déclaration des droits peu de jours après en avoir donné lecture à la Convention, il supprima l'article eu question; de logique, car lorsque, dans la séance du 17 juin 1793, Robespierre revendiqua pour le pauvre comme pour le riche l'obligation de payer sa quote part d'impôt, il eut à lutter, comme on le verra, contre qui ?... contre Ducos, un des membres les plus ardents du parti de la Gironde. « J'ai partagé un moment moi-même l'erreur de-Docos. » Dironsnous pour cela que Ducos se faisait de son opinion une arme contre la Montagne ? Non. Il faut, en vérité, obéir à de bien mesquins sentiments pour rapetisser ainsi à plaisir de tels hommes. Nous dirons plus tard à queUe source suspecte et sans auame valeur M. Quinet a puisé pour écrire une œuvre dont tons les ennemis de la Révolution se font une arme à cette heure, et qui n'est qu'un pftle décalque de VHisioirt d9 la Révolution de M. Michelet, avec moins de justice et d'équité encore : ce qui n'est pas peu dire! •