‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 305 sur 314 · LIVRE X. — DECLARATION DES DROTTS DE L HOMME · texte numérisé non relu

LIVRE X. — DECLARATION DES DROTTS DE L HOMME

incident pour raviver les colères. Dans cette mèaie séaoce, comme *Saint-Ju8t venait ée prononcer un très^beau discouTB sur la coastitu-

XXn. Pour qne ees droits ne Boient point îllnaoirM et TégaUté ehiméiiqac, la société doit aaUner lei Conotionnaires publics, et faire «a aorta que les oitoyeiiB qui vivent de leur travail puiaaent assister aux assemblées où la loi les appelle, sans compromettre leur existence ni celle de leur famille. •

XXIII. Tout citoyen doit obéir religieasement aux magistrats tt aux agenada gou- -yemement lorsqu'ils août les organes ou les exécuteurs de la loi.

XXIV. Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d'im homme, exercé par qui que ce soit, même au nom de la loi, bors des eas déterminés par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraiie et nul ; le respect même de la loi défend de s*y soumettre ; et si Ton veut T exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force.

XXV. Le droit de présenter des pétitions aux dépositairea de Pautorité publique ^partient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées doivent statuer sur les points qui en sont Tobjet ; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner Texercice.

XXVL La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.

XXVII. Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé.

XXYIII. Quand le gouvernement opprime le peuple, Finsurrection du peuple entier et de chaque portion du peuple est le plus saint des devoirs.

XXIX. Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rezvtre dons le droit naturel de se défendre lui-même.

XXX. Dans l'uu et Tautre cas, assujettir h. des formes légales la résistance à Toppression est le dernier raflinement de la tyrannie. Dans tout état libre la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre Tabus de raotorité de ceux qui gouvernent : toute institution qui ne suppose pas le peuple bon, et le magistrat corruptible, est vicieuse.

XXXI. Les fonctions publiques ne peuvent Stre considérées commedes distinctioim, ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.

XXXn. Les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens. Le peuple a le droit de connottre toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion, et subir son jugement avec respect.

XXXHL Les hommes de tous les pays sont frères, étales différons peuples doivent s*entr'aider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même Etat.

XXXIV. Celui qui opprime une seule nation se déclare Tennemi de tontes.

XXXV. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis qrdinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.

XXXVI. Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre, qui est le genre humain, et contre le législateur de Tunivers, qui est la nature. »

Nous reproduisons cette Déclaration diaprés la version insérée par Robespierre luimême dans le dernier numéro des Lettres de Jf. Roifespiem à »98 commettant. Il y manque Tarticle XV de la version donnée par le Moniteur du S mars 179S, et de celle imprimée psir ordre de la Convention, articln ainsi conçu : « Les citoyens dont les revenus n'excè'lent point ce qui est nécessaire à leur subsistance sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement, selon l'étendue de leur fortune. » Robespierre, comme nous l'avons dit, avait changé d'avis sur la première partie de cet article.

tioD et de lire à son tour un projet de sa façon (1), un grand tumulte se fit. C*était Marat qu'une foule immense et joyeuse ramenait sur son banc de représentant, et qui, acquitté par le tribunal révolutionnaire, revenait en triomphateur, la tête ceinte d'une couronne de lauriers. On comprend quelles furent la fureur et la confusion des Girondins à ces cris réitérés : Vive la Riptibliqmt vive Marat! vive FAmi du peuj^e! L'échafaud où ils avaient voulu l'envoyer était devenu pour lui un autel. Et puis, comment atteindre Robespierre à présent; car il entrait bien dans leurs desseins de ne pas s'en tenir à Marat. Fatal verdict! pensèrent les Girondins (2). Ils se doutaient bien que ce Marat, à qui ils avaient trop donné le droit de les haïr en' toute conscience, ne les tiendrait pas quittes à si bon marché. Et, en effet, il ne les lâchera maintenant que lorsqu'à force d'imprudences nouvelles ils se verront eux-mêmes décrétés d'accusation à leur tour.

Cette Déclaration n^est point celle qu'adopta la Convention, après le* 31 mai; mais son esprit a passé tout entier dans la Déclaration placée en tête de la constitution de 1793, et dont nous aurons à dire quelques mots dans la troisième partie de cet ouvrage.

Il y eut àTépoquedeux éditions successives de cette Déclaration des droits del^omme et du citoyen : l'une imprimée par ordre de la Convention nationale {in-8* de 8 p., de rimp. nation.), l'autre par ordre de Ija Société des amis de la liberté etderégalîté (in-8« de 8 p., également de l'Imp. nation.). Laponneraye en a donné une édition avec commentaires; Paris, de l'imprimerie de I^Iie, 1832 (in-8** de 8 p.). Une autre édition de l'imprimerie de Setier est annoncée dans la Bibliographie de la Franctj année 1832, et il y est dit que cette dernière est le vingt-deuxième tirage depuis août 1830. Une réimpression en a été faite en 1848 pour la Société des droits de l'homme ; Paris, de l'imprimerie de madame Dondey-Dupré (in-fol. de 2 p.).

(1) Voyez notre Histoire de Saint-Just^ liv. II, ohap. iv.

(2) M. Michelet fait juger Marat par un tribunal rohespierriste, {Histoire de ia Récolution, t. Y, p. 487.) Nous prouverons plus tard combien Robespierre fut toajours étranger, complètement étranger au tribunal révolutionnaire; mais il importe de montrer ici, une fois déplus, avec quelle déplorable légèreté a écrit un historien dont on invoque quelquefois Tautorité. M. Michelet compose le tribunal qui jugea Marat, d'Herman, de Dumas, de Coffinhal. Parmi les jurés, il compte Duplay, Sonberbielle, le peintre Topino Le Brun, nombre de menuisierSi etc., c métier aimé de Robespierre. > Voyez p. 484, 486. Comment un historien sérieux peut-il se tromper à ce point ? Si le tribunal révolutionnaire 'avait été à cette époque comi>05é de robespierristes ou de maratistes, les Girondins se seraient bien gardés d'y renvoyer Marat. Mais ils comptaient évidemment sur un tribunal nommé par la Convention aloi» qu'ils y dominaient encore. Ce tribunal était composé de Montané, président f d'Etienne Foucault et de Roussillon, juges; Fouquier-Tin ville siégeait comme accusateur public. Les jurés adjoints au tribunal révolutionnaire étaient alors : Dumont, Brisson, Coppin, Lagrange, Langlier, Cabanis (médecin), Jourdeuil, Fallot, PouIIain, Gaunet, Laroche, Foumier, lesquels avaient pour suppléants : Tréteau, Hattingtuiis, Leroy, Maignon, Gaudin, Brochet, Chancerel de CourviUe, P. Duplain, Saintex, Xjrandmaison, Chrétien, Ghaçseloup. Pr. V, t. VII, p. 13.

UVBE X. — - MORT DE lAZOUSKT 689

Le soir du jour où Robespierre obtenait, au sein de la Convention^ cet éclatant triomphe dans la région des idées, il prononçait aux Jacobins, rame brisée de douleur, Toraison funèbre d'un citoyen dont la mort prématurée remplissait de deuil le cœur de tous les patriotes, c Depuis deux jours je pleure Lazousky, et toutes les facultés de mon Ame sont absorbées par la perte immense que la République vient de laire. » Fils d'un Polonais depuis longtemps établi en France, où il était venu à la suite du roi Stanislas (1), Lazousky n'était point un réfugié, coomie on Ta dit (2); il était parfaitement Français. Les larmes que les pauvres répandirent sur son cercueil attestèrent le noble usage qu'il avait fait de sa fortune. Mais autre chose le recommandait aux regrets des amis de la liberté. Partisan enthousiaste des principes de la Révolution, il avait été l'un des plus intrépides combattants du 10 août, et l'on ne pouvait oublier l'ardeur avec laquelle il avait conduit à l'assaut des Tuileries la compagnie de canonniers dont il était capitaine.

Son dévouement à la cause du peuple l'avait rapproché de Robespierre, et une étroite amitié s'était établie entre eux. Aussi n'est-il pas besoin de demander s'il était devenu, lui aussi, l'objet des attaques de la faction girondine. Après l'avoir loué jadis comme un modèle de patriotisme, elle le considérait maintenant comme un brigand. C'était là d'ailleurs sa tactique ordinaire. Dès qu'on n'était pas à sa dévotion, on était digne des gémonies. L'Orateur du genre humain, cet écervelé de Cloots, en savait quelque chose, lui qu'elle avait porté aux nues tant qu'il lui avait paru tout dévoué, et qu'aujourd'hui elle traitait de parasite et de voleur, depuis qu'il s'était imaginé de révéler les propos indiscrets tenus à la table de Roland. Mais, du moins, Lazousky n'avait jamais été le commensal de l'ex-ministre de l'intérieur. Toutefois madame Roland, dont la plume et la langue étaient si habiles et si promptes à manier la calomnie, ne l'épargna guère. L'élégant patriote n'est plus qu'un (( enragé ayant la face enluminée d'un buveur et Toeil hagard d'un assassin, » et, s'il meurt en huit jours d'une fluxion de poitrine, c'est, suivant la dame, « d'une fièvre inflammatoire, fruit des débauches, des veilles et de l'eau-de-vie (3). » Vergniaud, qui se plai-

(1) Bévolutions de Paris, numéro 199, p. 266.

(2) M. Micbelet, par exemple. (Voyez son Histoire de la Révolutionf t. V, p. 518.)

(3) Mémoires de madame Roland (édit. Barrière et Berville, t. II, p. 1C7, 16B).

^^0 HI8T0IRB BE HOBESPIERRE

gnait tant d*étre calomnié, et qui cependant, comme nous l'avons plusieurs fois fait remarquer, mettait avec empressement son éloquence au service de la calomnie, n'avait pas été un des moins acharnas détracteurs de Lazouski : on Tavait entendu, à propos des événements du mois de mars, transformer ce héros du 10 août en complice de Fournie rAméricain, et réclamer contre lui un décret d'accusation (1). Robespierre vengea noblement son ami des outrages qu'on lui avmt prodigués et qui n'avaient pas été épargnés non plus à Lepeletier Saint-Fargeau, cet autre ami dont il avait également pleuré la mort (2). On fit à Lazousky des funérailles magnifiques, organisées par le grand peintre David. De nombreux musiciens précédèrent le convoi, exécutant une marche funèbre composée par Gossec, qui lui-même présida à Texécution. Le cortège était formé des sociétés populaires, des sections, des compagnies de canonniers, de la commune dlssy , où le défunt avait sa maison de campagne, et des membres de la municipalité et du conseil général de Paris ; chacun avait à la main un rameau de cyprès. Le corps de Lazousky fut enterré au pied de l'arbre de la liberté, sur la place du Carrousel, devenue la place de la Réunion ; son cœur fut gardé par la section du Finistère, à laquelle il appartenait, et la commune adopta sa fille (3).

Rien d'étonnant, avec le caractère que Ton connaît aux Girondins, k ce que leurs haines se soient réveillées plus ardentes sur cette tombe à peine fermée. La magnificence des honneurs rendus par les sections parisiennes à un patriote qu'ils détestaient, et dont Robespierre avait prononcé l'éloge, redoubla leurs préventions insensées contre la capitale. Ils se sentaient d'ailleurs tout puissants encore, malgré le triomphe de Marat ; et si tout récemment un pur jacobin, Bouchotte, avait remplacé Beurnonville comme ministre de la guerre, leurs créatures n'en remplissaient pas moins les bureaux des divers ministères. Aussi Bazire, à une séance des Jacobins, engageait-il les sociétés patriotiques à charger des commissaires de demander aux ministres la liste des citoyens employés dans leurs bureaux. Hais, selon Robespierre, il n*y avait pas à correspondre avec les ministres à ce sujet; et mieux valait s*adresser au comité de Salut public, à qui il appartenait d'épurer toutes les administrations et de réformer les employés sus* pects (fc).

|1) Monitmr dft 16 man 1793. Séaaoe de la Gcnventioii du 13. (2) Voyes le Journal du débats et ds la corrufondancê d$ la Société dt$ Jaco6JM, naméro 401.

(8) Pour les honneurs funèbres rendus à Lazouski, voyez les BévoUêtiom de l^»rtt, uméro 199, et le Moniteur du 2 mai 1798. (4) Jowmal du débati et de la correepondanoe de la Société du Jacobine^ numéro 4Q2,

LITRE X. — LA HBOmsmON ET LES GlRONDtNS 691

Ezaffârés de riBoeasante survelllanee des sections parisiennes, les Girondins eussent bien yeiâu transporter ailleurs qu'à Paris la représentation nationale. Le 30 avril, levant le masque, Guadet demanda formellement le transf^ment de la Convention à Versailles. Le lendemain même, un arrêté de la commnne de Paris, en vertu duquel tous tes employés non mariés, les clercs de notaires et d'avoués, les commis de banquiers, de négociants et autres, pouvaient être requis dans une proportion déterminée, donna à la faction girondine un appui dont elle eut le tort de se prévaloir. Comme s'ils eussent été sûrs d*être soutenus par elle , les jeunes gens désignés pour la réquisition se répandirent dans les sections, dans les rues, aux Champ»-Élysées, au Luxembourg, •criant : A bus la Mmiagnel Vive la lail Des arrestations furent opérées, et parmi les personnes arrêtées se trouva le propre domestique de Buzot. Ëtaithoe hasard on bien lui-même était-il un des meneurs? ToQjours est-il que la résistance coupable de ces jeunes gens trouva dans le journal de Brissot im véritable encouragement. Ces cris à bas la Momtagne^ poussés par ceux que la patrie appelait à sa défense et qui restaient sourds à sa voix éplorée, in^quaient assez que la Montagne et les Jacobins formaient le parti national, et que déjà derrière les Girondins s'abritaient la bourgeoisie réactionnaire et les royalistes.

Vergniaud commença l'attaque contre la municipalité parisienne en demandant, le 6 mai, que le maire de Paris fût tenu de rendre compte, séance tenante et par écrit, de l'arrestation d'un certain nombre de citoyens, au milieu desquels figuraient plusieurs pétitionnaires qui, la veiUe, étaient venus témoigner leur confiance dans la majorité de la Convention, et dont les réclamations lui avaient été adressées, Robespierre prit vivement en main la défense de la municipalité mise en cause dans la personne du maire. Rappelant les mouvements séditieux dont précisément la veille la capitale avait été le théâtre, il s*étonna qu'on pût prendre la défense d'hommes coupables d'avoir provoqué des troubles dans l'espéranœ de se soustraire à une obligation sacrée. Il n'inculpa personne, ne sachant pas^ quant à présent, si les pétitionnaires de la veille étaient au nombre des perturbateurs ; mais il invita la Convention à appuyer de toute sa force les autorités constituées de Paris; car si elle laissait aux séditieux l'espoir de sa pro tection, elle trahirait elle-même ses devoirs. « En vain, » dit-il en terminant, c on tonne des complots contre la République, contre la liberté; la liberté, la République triompherontdetouslescomplots(l). » Vergniaud persista dans sa motion et souleva de violents orages. Tou-

(1) MonUê^ do S mai 17S8.

on HISTOIRE DE ROBESPUERRE

tcfois, la Convention finit par donner raison à la commune de Paris en iinprouvant une pétition qui demandait la substitution des eordlemeots volontaires au mode de recrutement adopté par la commune. Les eor^ 1 ements volontaires 1 Cette mesure d'enthousiasme ne suffisait plus aux dangers pressants de la patrie 1 Malgré cela, les Girondins tentèrent (encore, deux jours après, de couvrir de leur protection les jeunes gens <jrrétés pour rébellion à l'arrêté municipal. N'était-il pas singulier (l'entendre des hommes habitués à déclamer contre les anarchistes se récrier aujourd'hui avec tant d'emportement à propos d'une juste me- ^ure^ prise contre des perturbateurs, contre ces muscadins que n'avait pas su émouvoir le cri de la patrie en danger. < Ces infimes, > s'écria, dans la séance du 8 mai, Robespierre indigné, « parcouraient les places publiques. Plusieurs ont arboré la cocarde blanche et crié : Ywe le roi I A bas la Mipublique 1 11 est vrai qu'ils ont ajouté d'autres cris qui peuvent plaire à bien des gens; ils ont crié : A bas le$ pcUriaiesl A bas la MontagneX A bas les Jacobins l Et l'on voudrait que de pareilles imprécations contre les amis de la liberté, contre la liberté elle-même, restassent impunies! » Sur sa demande, et malgré les résistances d'Isnard et de Buzot, l'Assemblée passa à Tordre du jour (1),

Il était bien question, en efiet, de songer aux làchlBs qui hésitaient à voler à la défense de la patrie, quand des frontières et de la Vendée arrivaient coup sur coup les plus fâcheuses nouvelles! Allons! que tous s'arment et partent, c'est désormais une nécessité inexorable. Paris, tête et cœur de la nation, a déjà donné l'exemple ; déjà, avait dit Robespierre dans cette même séance de la Convention, il a fourni, soit contre les despotes coalisés, soit contre lés ennemis intérieurs, plus de cinquante mille hommes, et douze mille se préparent encore à marcher sur la Vendée. Mais du moins fallait-il être assuré qu'une fois dégarni de ses défenseurs, il ne deviendrait pas la proie des rebelles. Car c'était cette grande cité, berceau et rempart de la liberté, dont tous les ennemis de la Révolution conspiraient la ruine; c'était elle que menaclient Brunswick, Cobourg et tous les révoltés. Au lieu donc de déclarer la guerre à la municipalité, il fallait encourager les efforts de la conimune et du maire, détenir en otages tous les gens suspects qui portaient le trouble dans les sections, et indemniser, le jour où Os montaient leur garde, les citoyens trop pauvres pour se cûstraire de leurs travaux sans compromettre la subsistance de leur famille. Hais ce n'était pas tout : en présence de ces flots d'enneods de toute sorte

(1) Moniteur da 11 mai 1793.

UVRE X. — VBSOIIBS REVOLUTIONNAIRES 693

pOQfisës contre la RépobHque, il y avait à faire des efforts surhumains ; on les ferait. Et qui, plus que Robespierre, en ces beures décisives {xnir l'avenir du genre humain, sut électriser la nation par son indomp table énerve et ses paroles ardentes ? « Il faut, » dit-il, c veiller à ce que Ton fabrique des armes de toute espèce... Il faut que des forges soient établies sur tontes les places publiques, afin de ranimer rénergie des citoyens par la vue des nouveaux moyens de défense... (1) »

Le soir il prit la parole aux Jacobins, et, dans une sorte de délire patriotique, il traça le sombre tableau de la situation présente et indiqua les moyens énergiques sans lesquels lui paraissait impossible le salut de la République. Il n'y avait à ses yeux que deux partis e i France : celui des amis de la liberté et de l'égalité, et celui de tous les ennemis de la Révolution, révoltés de la Vendée, émigrés de Cobleniz ou soldats de Cobourg. Il n'y avait pas de milieu, il fallait ou les exterminer ou périr. Une première condition pour vaincre, c'était d*être inaccessible à toute corruption. Les patriotes dignes de ce nom, guidés par les véritables principes de l'ordre social, n'ont jamair, disait-il, prétendu à une égalité de fortune, mais à une égalité de droits et de bonheur. Pour lui, il ne souhaitait point l'opulence : elle était trop souvent le prix du crime et de l'infamie. « Les pouvoirs que le peuple m'a confiés, > ajoutait-il, « auraient été un supplice pour moi, si, au milieu du spectacle de l'hypocrisie dont il est victime, je n'avais élevé courageusement ma voix en sa faveur. Je n'aspire point à fi reconnaissance; je ne connais d'autre ingratitude de la part.du jSeupio que celle qui pèse sur lui-même. » Puis, rappelant toutes les mesures extraordinaires proposées le matin par lui dans la séance de la Convention, il insistait sur les précautions à prendre pour qu'au moment où les patriotes allaient marcher contre les brigands de la Vendée, leurs femmes et leurs enfants ne fussent pas exposés à la rage des contre-révolutionnaires. L'heure était venue de tenter un suprômo effort, si l'on voulait sauver le genre humain. « Oui, oui, nous le voulons, » s'écrièrent à la fois tous les membres en se levant par u:î élan simultané et en agitant leurs chapeaux. Alors, avec une émotion croissante et après avoir déploré les manœuvres employées pour séparer les départements du peuple de Paris, après avoir déclaré bien hautement que c'était la loi à la main , et non point en se donnant des airs d'insurrection, qu'on devait engager cette lutte à mort avec les ennemis de la liberté, il poursuivait en ces termes ;' « Si la liberté succombe, ce sera moins la faute des mandataires que

(1) Jfom'tettr du 10 mai.

$H HlSTOIftfi DE aOBE^PIEERE

du souverain. Pepple, n'oubliez pas que votre deqtinée est daas vos mains» vous devez sauver Paris et l'humanité; si vous ne le faites pas, vous êtes coupable. » En résumé, il demandait la punition des perturbateurs qui, dans les derniers jours, avaient été arrêtés pour cris séditieux, le châtiment exemplaire des généraux pris en flagrant délit de trahison, l'incarcération jusqu'à la fin de la guerre de tous les individus coupables d'incivisme, l'étatdissement de forges sur les places publiques* Il demandait en outre quor les artisans, vivant de leur travail , fussent soldés pendant le temps qu'ils seraieat obligés de se tenir sous les armes pour protéger la tranquillité de Paris; que les sections levassent une armée suffisante pour conoH primer Taristocratie et former le noyau d'une armée révolutionnaire qui entraînerait les sans-culottes des départements à l'exterminatioa des rebelles ; enfin, que les sections de Paris se réunissent à la commune afin de balancer par leur influence les écrits perfides des journalistes soudoyés par les puissances étrangères. « E^ prenant toutes ces mesures, » ajoutait-il, — et c'étaient ses derniers mots, — c sans fournir aucun prétexte que vous ayez violé les lois, vous donnerez l'impulsion aux départements, qui s'uniront à vous pour sauver la liberté » (1). Une longue agitation régna dans la société k la suite de ce discours formidable qu'avaient accueilli de frénétiques applaudissements. Nous admirons les prodigieux efforts de nos pères pour vaincre à la fois l'ennemi du dedans et celui du dehors, nous admirons leurs sacrifices immenses, leurs triomphes si chèrement achetés, et, hommes inconséquents, nous laissons chaque jour insulter les grands citoyens qui leur ont soufflé le feu de leur indomptable énergie. « La liberté ne périra pas! » s'écriait le surlendemain Robespierre, après avoir flétri l'indigne conduite de ce Pitt qui prodiguait les millions de l'Angleterre pour arrêter l'essor de la Révolution, « la liberté ne périra pas, mais elle ne sera que le fruit des plus grandes et des plus longues calamités; des torrents de sang le plus pur couleront, et nos ennemis entrafaieront dans leur tombe une partie des défenseurs de la République. » Paroles, hélas! trop prophétiques! N'importe , la patrie ne pouvait être sauvée désormais que par les plus grands efforts de l'énergie républicaine et de l'héroïsme populaire. « Il ne faut pas que Paris soit calomnié, » s'écriait-il encore le 4 0 mai en défendant les pétitionnaires de la Halle aux blés, « mais il faut que Paris soit à l'abri des conspirations, et les mesures que j'ai proposées sont suffisantes pour neutraliser les efforta de l'aristocratie

(1) Journal det déboUê et de la correipondance de la Société dtê Jaoobfmy miinëro 400.

UTRB X. -i— D^CaimS SUR lA GOMSTITfJTION 995

et du modëraiitisme. BiBMrques qœ j*écai1e tonte idée de vkdeiioe contre nos ennemis intérieurs, ji (1) Les paroles de Robespierre n'auront pas retenti en vain, et la Répid)lique8era sauvée, pour un moment do moins* Quant à lui, si l'esprit public ne seVanimait pas, si le génie de la liberté ne tentait pas un suprême effort, il attendrait calme et serein, sur la chaise curule où le peuple l'avait élevé, le moment où les assassins viendraient Timmoler (2). Nous le verrons, au 9 Ther« midor, fidèle à cette sorte d'engagement. Entrevoyait-il déjà l'aurore de cette sanglaoïte et fatale journée?

xxxm

Cependant, au milieu des tempêtes, se continuaient les débats sur Ja constitution républicaine à donner au pays. Le 10 mai, Isnard proposa à la Convention d'adopter une sorte de pacte social, en vertu duquel les députés au Corps législatif auraient été considérés comme autant d'ambassadeurs de communautés diverses dont Tassociation dans son ensemble eût formé la nation française. Vivement combattu par Danton et par Marat comme entaché de fédéralisme, le projet d'isnard, soutenu en vain par Buzot, fut écarté de la discussion.

Robespierre monta ensuite à la tribune. H prononça un discours qu'on peut regarder comme la véritable profession de foi de la démocratie, et que devraient avoir toujours présent à la mémoire les gens qui font profession d'aimer la liberté et l'égalité. C'était du reste le développement logique de sa Déclaration, et, au point de vue de la mise en pratique des principes de la démocratie, rien ne prouve mieux que cet admirable discours la puissance de conception de ce législateur de trente-cinq ans. Comme d'un bout à l'autre il respire l'amour du bien, la passion de la justice, le désintéressement le plus pur I c L'homme f st né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux. La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l'opprime, [.e temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, et c'est h vous qu'est spécialement imposé le devoir de l'accélérer. » Jusqu'ici, poursuivait Robespierre, l'art de gouverner avait consisté à dépouiller et à asservir le grand nombre au profit du petit ; les rois et les aristo*

(1) Journal des débats et de la corr$$p(mdanee de la Société det JaeobinSf onméro 412. (3) IbU,j maoétù 411.

696 mSTOiRE BB ROBESPIBRIŒ

crates avairat bien fait lear métier, c'était présentement au peuple à rendre les hommes libres et heureux par les lois.

Le grand problème à résoudre était, comme maintes fois déjà noas le lui avons entendu déclarer, de donner au goqyemement la force nécessaire pour que les citoyens respectassent toujours les droits des dtoyens, et de faire en sorte que jamais le gouvernement ne pftt les violer lui-même. L'anarchie était moins à craindre à ses yeux que le despotisme et l'aristocratie; l'anarchie, d'ailleurs, était-elle autre chose que la tyrannie qui plaçait sur le trône les fantaisies d'an homme au lieu de la loi? L'histoire à la main, Robespierre prouvait que de tout temps l'ambition, la force et la perfidie avaient été les législateurs du monde ; que les nations avaient vu se tourner contre elles la puissance dont elles avaient investi leurs magistrats considérés comme essentiellement sages et vertueux, tandis qu'on supposait toujours le peuple insensé et mutin, d'où il était résulté qu'on avait eu des rois, des prêtres, de^ nobles, des bourgeois, de la canaille^ mais point de peuple et point d'hommes. Le premier objet de toute constitution devait donc être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même. Malheureusement, on avait à élever le temple de la liberté avec des mains encore flétries des fers de la servitude. Mépriser et être méprisé avait été trop longtemps la destinée commune; de là tant de dédains insolents de la part des hommes de loi, financiers, robins ou hoomies d'épée, à l'égard des classes inférieures. Et telle était la vanité humaine, que beaucoup de gens réclamaient des maîtres pour ne point avoir d'égaux. Il fallait donc poser en axiome que tous les hommes étaient égaux, et que dans la souveraineté populaire se trouvait l'unique préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement, dont la corruption avait toujours sa source dans un excès de pouvoir. Donc nécessité de modérer la puissance des magistrats.

Voyons maintenant comment ce prétendu partisan des doctrines autoritaires, — suivant desécrivains parfaitement ignorants ou de mauvaise foi, — entendait la science du gouvernement. Deux moyens avaient paru excellents à quelques politiques pour protéger la liberté : Tun c'était l'équilibre des pouvoirs, l'autre le triburiat. Robespierre combattait énergiquement l'un et l'autre moyen. L'équilibre des pouvoirs ! N'avait-on pas l'exemple de l'Angleterre pour dégoûter à tout jamais les véritables amis de la liberté de cette espèce de gouvernement monstrueux où les vertus publiques n'étaient qu'une scandaleuse parade, où le fantôme de la liberté anéantissait la liberté même, où les droits du peuple étaient l'objet d'un trafic avoué, où la corruption était

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