LIVRE X. -** DiSCOtmS Sim la constitution
dégagée du frein même de la podeorT Robeqderre devinait bien ce <iu*il y aurait dliTpocrines et de mensonges dans ces prétendus gouvernements représentatifs où l'on voit assez communément la liberté et régalité devenir le monopole d'un petit nombre d'élus. Du tribunat, il n'en voulait pas davantage. Pour lui, le seul tribun avouable, c^était le peuple Im-mème. c C^est à chaque section de la République française que je renvoie la puissance trfi>unitienne ; et il est facile de l'organiser d'une manière également éloignée des tempêtes de la démocratie absolue et de la perfide tranquillité du despotisme représentatif. » Donner au pouvoir des fonctionnaires, et surtout de celui dont l'autorité devait être la plus étendue, une courte durée, interdire sévèrement le cumul de plusieurs fonctions, séparer avec le plus grand soin le pouvoir législatif du pouvoir exécutif, telles étaient les premières précautions à praidre afin d'empêcher le retour du despotisme. Averti par une expérience personnelle du dangçr qu'il y avait pour la liberté et pour la réputation des citoyens à permettre au gouvernement et au ministre de l'intérieur de disposer de sommes immenses sous prétexte de former l'esprit public, il voulait qu'on enlevât au pouvoir central toute l'autorité qui n'était point indispensable à la bonne gestion des affaires politiques. Quant au reste, c'était aux citoyens de se gouverner eux-mêmes. Dans quelle erreur capitale sont tombés ceux qui, par une étrange ignorance de notre histoire révolutionnaire, ont confondu l'excessive centralisation du régime consulaire, empruntée aux errements de l'ancien régime, avec l'organisation admiaistrative que la Kévolution voidut donner à la France ! S'il est, au contraire, une décentralisation rationnelle, pratique, c'est évidemment celle qui ressort de la constitution de 1791, et surtout des constitutions de 1793 et de l'an III. Écoutez, écoutez à cet égard le langage de Robespierre : < Laissez dans les départements, sous la main du peuple, la portion des tributs publics qu'il ne sera pas nécessaire de verser dans la caisse générale, et que les dépenses soient acquittées sur les lieux autant qu'il sera possible... Mais il est un moyen général et non moins salutaire de diminuer la puissance des gouvernements au profit de la liberté et du bonheur des peuples... Fuyez la manie ancienne des gou-
VERNBBIENTS, DE VOULOIR TROP GOUVERNER; LAISSEZ AUX INDIVIDUS, LAISSEZ AUX FAMILLES LE DROIT DE FAIRE CE QUI NE NUIT POINT A AUTRUI ; LAISSEZ AUX COMMUNES LE POUVOIR DE RÉGLER ELLES-MÊMES LEURS PROPRES AFFAIRES, EN TOUT CE QUI NE TUENT POINT ESSENTIELLEMENT A L'aDMINISTRATION GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE. EN UN MOT, RENDEZ A LA LIBERTÉ INDIVI- DUELLE TOUT CE QUI n'appartient PAS NATURELLEMENT A l' AUTORITÉ PUBLI- QUE, ET VOUS AUREZ LAISSÉ d'AUTANT MOINS DB PRISE A l'aMSTHON ET A
698 HISTOIRE W ROBiSPQlilllE
L^ABBinuiRB. » Blail^il posilble de mieux d»eî. Qud asil staoère de la liberté ne signerait des deux mains ces lignes tout à fait admi* râbles?
Cétait surtout dans les assemblées {primaires que ikri)e9ierre voulait qaCon respect&t la volonté du souveram. Plus de oes entraides qui, sous prétexte de régler les élections, fibnssaient par anéantir en quelque sorte le droit de sufirage. Respons^bUité de tous les déposir taires du pouvoir : dans un État libre, les crâies publies des nia^CK trats devaient être punis aussi sévèrenent et aussi facilement que les crimes privés des citoyens. Révocation, selon des ftnmes élabliesi» dfs fonctionnaires qui auraient démérité de la nation : c'était aux maie dants à avoir Tœil sans cesse ouvert sur loirs mendataires^ « La cpnkstitution doit s'appliquer surtout à soumettre les fon(^onnaires puMâci; à: un^ responsabilité imposante, en les mettant dana la dépendance, réelle, non des individus, mais du souverain. » Aussir, quelles précaii«> tions il recommande au peuple dans; le choix de ses. magîalrals, et quelle -sincérité il exige dans les élections^ • C'est^ »• ditril^ c sur cetl^ double base que la liberté doit être fondée. Ne perdes pas de vue que dans le gouvernement représentatif il n'est pas de lois constitutives aussi importantes que celles qui garantissent la punçté des élections. » Comme moyen de surveillance, il indi<piait la pubUcttâ réelle des séances de tous les corps administratifs, judiciaires et législatifs. Il aurait voulu, par exemple, que les représentants de la nation siégeassent dans une enceinte majestueuse, capable de contenir; dix ou. douze mille auditeurs, et il regrettait l'exiguïté du nouveau local mis.à la. disposition de l'Assemblée. Ce jour-là même, en effet, la Convenlion avait quitté la salle étroite et incommode du fitanége pour s*in^aller aux 'Tuileries, d'où la terreur, qui en était si souvent sortie pour frapper les amis de la liberté, aûait s'abature sur les despotes et sur leurs partisans.
A ceux qui pouvaient craindre que tant de. précautions prisesL contre l'arbitraire et la tyrannie n'enlevassent toute force aux lois et au gouvernement, Robespierre répondit d'avance : « Je rends aux lois et au gouvernement toute la force que j'ôte aux vices des hommes qui gouvernent et qui font des lois. Le respect qu'inspire le magistcat dépend beaucoup plus du respect qu'il porte lui-même aux lois que dn pouvoir qu'il usurpe; et la puissance de&lois est bien moins, dans la fonoe militaire qui les entoure que dans leur conoordance avec les prin^cipes de la justice et avec la volonté générale. Quand la loi a pour principe l'intérêt public, elle a le peuple Iui--même pour appui, etsa force est la force de tous lès citoyens dont ellaest l'ouvragaet la.pEnr
pcîé0w U ycdfttlé généinileot la fon» pufaliqiie oot law origine commuM*.. Quand la foroe piiUique^aa fait qot aeanider la volonté gêné* raie, rÉUt est libre et paisible; lorsqu'elle la contrarie, l'Élat est assenri ou agité* La iorce puhlivie est en contradiction avec la vcdonté générale dans deux cas : ou lorsque la loi n'est pas la volonté gén^ raie» ou lorsque le magistrat remploie pour vider la loi. Telle est riiorrible anarchie que les tyrans ont établie de tout temps, sous le nom de tranquillité» d'ordre pîiblic, de législation et de gouvernement; tout leur art est d'isoler et de comprimer chaque citoyen par la force pour les asservir toua à leiv s odieux caprices qu'ils décorent du nom de lois* Législateurs, faites des lois justes; magistrats, fsites-les religieusement exécuter ; 91e ce soit là toute votre politique, et vous don^ nerez au monde un q)ectacle inc(Hmu, celni d\m grand peuple libre et vertueux » (1).
Tel était cet important et magnifique discours qu'on peut véritablement regarder comme le manifeste de la démocratie. Combien lui étaient inférieures les conceptions girondines I Une foule desidées qai s'y trouvent exposées sont généralement admises aujourd'hui comme les règles d'un gouvernement sage. Je le répète, le jour où les grands principes posés par Maximilien Robespierre dans sa Déclaration des droits et dans son discours sur la constitution auront complètement prévalu, ce jour^-là, mais œ jour-là seulement, la démocratie aura vaincu.
La séance dans laquelle Robespierre présenta à la Convention ce magnifique programme constitutionnel fut une des dernières séances où, jusqu'à la chute des Girondins, on s'occupa de l'œuvre pacifique de la. constitution. Un effroyable esprit de discorde va souffler sur l'Assemblée; la lutte devient plus vive, plus ardente; toute conciliation est désormais impossible : nous touchons à l'heure suprême de la Gironde.
Et cependant Robespierre alors s'efforçait d'inspirer le calme aux patriotes, et, de toute son énergie, ils'opposaitencoreauxmesures violentes.
(1) Ce discours de Robespierre se trouve dans le Moniteur des 12 et 13 mai 1793. Il a été imprimé à part par ordre de la société des Jacobins, où Robespierre en donna leotnre dans la séance du 12 mai (in-8* de 34 p., de Timp. patriotique et répubUcaine, rue Saint-Honoré, numéro 355). Il a été réimprimé depuis en 1831. Paris, Prévost (in-8o de 28 p.). On le trouve également dans les Œwnt publiées par Laponnenye, t. m, p. 363, et dans YBitioire parlementaire^ t. XXVI, p. 432.
7oa mrom m BOBBSPttiUUB
C^^e vit biea aux Jaoûbios ^% k séance àat 13 mai. Un membre s'ét£uit emporté contre la faetian des hamme$ é^Etat^ et ayant engagé le ocmtiQgent parisien à ne point partir pour la Vendée avant d'avoir purgé la Convention des scélérats aaxqael3 il attribiiait les malhears de la patrie et promené sur eox le glaive exterminateur, Maximiliea s'élança à la tribune : c Je n'ai jamais pu concevoir comment, dans des moments critiques, il se trouvait tant d'hommes pour faire des propositions qui compromettent les amis de la liberté, tandis que personne n'appuie celles qui tendent à sauver la République... Ceux'qui, mettant 0^ mesures à l'écart, ne vous proposent <^e des mesures partidles, quelque violentes qu'elles soient, n'entendent rien aux moyens àe sauver la patrie; car ce n'est qu'après avoir épuisé toutes les mesures qui ne compromettent pas la société qu'on doit avoir recours aux moyens extrêmes, encore ces moyens ne doivent-ils pas être proposés au sein d'une assemblée qui doit être sage et politique. Ce n'est pas un moment d'effervescence passagère qui sauvera la patrie... Les mesures que l'on a proposées n'ont et ne pourront avoir aucun résultat; elles n'ont servi qu*à alimenter la calomnie ; elles n'ont servi qu'à fournir des prétextes aux journalistes de nous représenter sous les couleurs les plus odieuses... Je n'en dirai pas davantage, mais je déclare que je proteste contre tous moyens qui ne tendent qu'à compromettre la société sans contribuer au salut public. Voilà ma profession de foil » (1) Robespierre avait bien engagé la Convention à examiner attentivement la conduite de quelques membres de la Gironde, mais il était loin de vouloir leur perte; et les applaudissements dont les Jacobins couvrirent ses paroles, bien qu'une voix Teût accusé de modérantisme, prouvèrent que l'immense majorité de la société était de son avis. Le lendemain, voulant justifier une adresse bordelaise, écho des diatribes girondines, et où Ton semblait prendre à tâche d'exaspérer la population parisienne, Guadet récriminait amèrement contre le discours anarchique tenu la veille aux Jacobins par un homme exalté, mais il n'avait pas la bonne foi de dire avec quelle vivacité Robespierre avait combattu ce discours (2).
Les Girondins, du reste, étaient parfaitement décidés à n'admettre aucun compromis. Détruire leurs adversaires, tel était leur but, leur but unique ; cela ressort clairement de tous leurs actes, de toutes leurs paroles. Quelle n'avait pas été l'indignation des patriotes à la lecture
(1) Voyez le Journal des débats et delà correspondance,,, OTiméTO 413, et le Républicain^ journal des hammes libres, numéro 195. Saîvant ce dernier journal, Fauteur de la motion -violente combattue par Robespierre était un envoyé lyonnais.
(2) Moniteur au 16 mai 1793.
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d'une lettre de Rebecqd à Barbaroux, lettre dénoncée aux Jacobins, et dans laquelle cet ancien accusateur de Robespierre disait que le seul moyen de sauver la R^Hiblique était de faire mardier sur Paris les quarante mille hommes qui combattaient les rebelles de la Vendée (4) ! « Ces messieurs veulent en finir, » s'écriait dans le Patriote français rénergumène Girey-Dupré, en parlant des Montagnards : « qu'ils Tosent, nous le demandons ; leur mchit est aq bout » (2).
Le 17 mait Isnard était nommé président de la Convention. En appelant à ces fonctions le sombre orateur dont on n'a pas oublié les menaces terribles contre les adversaires de la Révolution et qui était destiné à précipiter le dénoùment d'une situation devenue intolérable, les Girondins témoignaient bien de leur peu de souci d'entrer dans une voie d'apaisement et de conciliation. Tout ce qu'il était possible de faire pour irriter et pousser à bout leurs adversaires, pour jeter en armes sur la place publique les patriotes de Paris, ils le firent. Eux qui, durant le ministère de leurs amis, avant comme après le 10 août, avaient inondé de leurs créatures toutes les places civiles et militaires, jetèrent les hauts cris pour quelques emfdois supérieurs donnés à l'instigation de plusieurs membres de la Montagne, et Barbaroux proposa un jour à la Convention de décréter que quiconque dénoncerait un fonctionnaire public pour acquisitions illégitimes, obtiendrait en récompense la moitié des biens du dénoncé, faute par ce dernier de pouvoir justifier de ses moyens de fortune. C'était singulièrement encourager l'art de la dénonciation, et cela pouvait paraître au moins étrange de la part de gens si habitués à déclamer contre les dénonciateurs... quand ils étaient eux-mêmes l'objet des dénonciations. Robespierre demeura toujours étranger à ces distributions de places dont ne se firent faute les Girondins, et qui leur donnèrent tant de partisans dans les administrations publiques. Même au temps de sa plus haute influence, aucun de ses proches, de ses amis, n'arriva par lui à une haute position. Nous n'aurons pas de peine à prouver dans quelle erreur sont tombés les écrivains, passionnés d'ailleurs, qui, comme M. Michelet, par exemple, font des principaux membres du tribunal révolutionnaire et de la commune de Paris autant de ses créatures. Son compatriote Herman , homme, du reste, d'une probité et d'un patriotisme à toute épreifvc, lui était à peu près étranger. Et les seules considérations auxquelles il s'attacha jamais quand il appuya la nomination de quelque citoyen à
(1) YojGzVHûtoirt parlementaire, par MM. Bûchez et Roux, t. XXVÎ, p. 457.
(2) Patriote françoie, numéro 1369.
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un poste important, forent précisémeolt le patriotisme et la probité. A ce titre il cruit pouvoir, vin cette époque, reeommâtnder un honorable praticien, du nom ée^Tbéry, pour une place de médecin vacante près le tribunal révolutionnaire. Il s'adressa à ce sujet à Vaccusatear puUic Fo^qmer-Tinville ; et il le connaissait si peu quMl rappelait : Fouquet de Tainville. Un mob plus tard, son protégé était accepté comme médecin par le président Hontané (1).
Mais revenons aux provocations girondines. Void Vergniaud qui menace la capitale de l'abandon du département de la Gironde (2); et, d'une lettre violente de ce député, le chimiste Hassenfratz inférait, à une séance des Jacobins, qu'on cherchait à faire croire que les départements étaient prêts à marcher sur Paris (3). Forts de leur majorité, les Girondins enlevaient à leurs adversaires le droit de requérir l'appel nominal (18 mai), et, dans la même séance, ne s'en tenant plus à leurs déclamations continuelles contre la capitale, ils demandaient, par la bouche de Guadet, la cassation des autorités de Paris, leur remplacement dans les vingt-quatre heures par les présidents des diverses sections, et la réunion immédiate des suppléants de l'Assemblée dans la ville de Bourges. Triple proposition trois fois imprudente, et qui arracha à GoUot d'Herbois ce cri d'alarme : « Voilà donc la conspiration découverte! » Une agitation extraordinaire s'était emparée de toute la gauche. Barère arriva à point pour ramener le calme en blâmant comme dangereuses et intempestives les mesures proposées par Guadet; puis, pour consoler la Gironde, il obtint de la Convention un décret portant formation d'une commission de douze membres chargée d'examiner les actes et arrêtés de la commune de Paris depuis un mois. Cette mesure, bonne en elle-même si cette commission OMnpre-
(1) Voici la lettre de Robespierre : « Paris, le 10 mai 1793, j*ai appris qiu le tribunal révoliitioxmaire devoit nommer nn médecin; je vous indique et aux répuUioaîttB le citoyen Théry, recommandable par ses talents dans Fart de guérir et par son patriotisme. U n'est pas indifférent aux bons citoyens de oonnoitre les lummiea qni méritent leur confiance. Je me suis fait un devoir devons annoncer un patriote qui a des principes et une conduite ferme dans la ligne révolutionnaire. Vous ne négligeces point Poccasion d'être utile à un républicain.
RoBsanEiiRB.
€ Au eiioym Fou%u$t de 7atfietU«, ocensaliiir ou Tribunai rétoUiUonnairê d JPiarCr. i
En marge est écrit : < Pris en très-grande considération. Montak^ , prindtnt, •
c Jean-Baptiste-Joseph Théiy, accepté comme médedn du tribunal, le 11 juin, d^rès l'avis unanime de mes confrères. UovtajxÉj prénd$nt. * (Archives de Temiûxe.)
(2) MoniUwr du 19 mai 1798.
(3) Journal de» Matt et de la eorreepondance de la SocUté dee Jacobine^ numéro 415.
LmdE X. — CU6B oMmiiiTE «vos
wat dEuàB 8011 sein oMf ma jdrité de làernbu^ës impArthux et désfaitéressés, dévouât une chose détestable si, comme cela était à craindre, «Aie se trouvait exdusiveme&t a>mpo8ée -de membres appartenant à la faction giroôttine. Les Grondins n'adoptèreilit avec tant d'empressémeât la proi^osition âe Barère que parce qu'ils étaient certains de fonner cette conimission entièrement à leur gré, d'exercer par elle Qfiie Téritable dictature et d^annihiler le comité de Salut public, lequel n'arait alors, p(nxr ainsi dire, aucune influence sur la marche des afiEsâres. Babaut Saint-Edenne, Karvélégan, Boyer-Fonfrède, Saint- Martin, Vigée, Boileau, Henri Laririère, Bergœing, Gomaire, Molle- Vault, Gardien et Bertrand, tels furent les membres dont se composa cette fameuse conmdssion des Douze. A partir de ce jour jusqu'à la fin du mds, la Convention devint une arène où se croisèrent les apostrophes les plus violentes et dès dénonciations respectives. Mais la formation de ce comité eut des résultats plus fâcheux encore; elle porta au comble l'exaspération des sections parisiennes, dont les commissaires, réunis à rarchevéehé, songèrent, dès lors, à résister à des mesures contre-révolutionnaires qu'on prévoyait. Telles étaient les fureurs qu'on entendit à la Convention Vergniaud et David se traiter mutuellement d'assassin (1). La commisssion des Douze semblait comme à plaisir remjdir Paris d'alarmes. D'heure en heure elle accueillait des dénonciations plus absurdes les unes que les autres, provoquées peutr-ètre ; elle avait besoin d'un complot. Un jour, une députation de la section de la Fraternité vint annoncer à la Convention qu'une affreuse conspiration se tramait, tendant au massacre des représentants du peuple, et TAssemblée s'empressa de décréter que cette section avait bien mérité de la patrie. A peine instruite de ce fait, la commune somma les dénonciateurs de venir lui donner les renseignements nécessaires afin que les prét^dus conspirateurs fussent immédiatement livrés aux tribunaux. On ne sut nonmier personne. La commission des Douze n'en contmua pas moins de s'acharner contre la municipalité parisienne, comme si elle eût juré de la pousser à bout. Les véritables conspirateurs, si conspirateurs il y avait, c'étaient les Girondins, qui, réunis chez Talazé, en comité secret, délibéraient d'avance sur les mesures à arracher à la Convention. Ce fut ainsi que, dans la séance du 2& mai, Vigée, au nom de la commission des Douze, évoquant un complot imaginaire, proposa à l'Assemblée de s'entourer d'une, garde formidable, et, malgré les énergiques protestations de Danton, ce projet, vivement appuyé par Vergniaud, ftit voté d'urgence. Les Giron-
(1) JToiitlaiif du 22 mû 171»a. Sémm dn lundi 20.
dins se crurent entièreooient œattre» de la situatioa, ce fut prédaé-
meut ce qui les perdit.
Le soir» aux Jacobins, comme on faisait entenidre de vagues accusations contre le général Kellermann, présent à la séance, Robesinerre pria la société de laisser là les questions de personne pour &*oecuper des dangers de la patrie. Quant à Kellennann» il allait voler à de iMmveaux combats, c'était à lui à prouver son civisme par sa conduite à la tête de nos armées, c Apprends, » lui dit Robeq>îerre, ^ apprends qu'il existe des républicains en France... Les généraux se regardent conune des souverains; ils se croient les dictateurs de la République... Eh bien 1 Kellermann, apprends qu'il est encore des républicain^ purs et énergiques, et vois quels ennemis tu aurais à combattre si tu osais trahir la patrie. » D'unanimes applaudissements retentirent à ce fier langage. Quand le calme se fut rétabli, Robespierre se plaignit amèrement du décret rendu dans la matinée. Et quel moment choississaitHKi pour s'entourer d'une garde que la faction des intrigants composerait de créatures de son choix? celui où la capitale se dégarnissait de ses défenseurs les plus énergiques pour les envoyer en Vendée. Il montra la faction girondine conspirant contre les patriotes, et, pour les proscrire, appelant à son aide, d'une part, une garde fournie par des corps administratifs vendus, et de l'autre le pouvoir judiciaire, a Elle a, » dit-il, « établi un tribunal révolutionnaire composé d'hommes vertueux..., mais les membres de ce tribunal vont cesser leurs fonctions et ils seront remplacés par les affidés et les créatures de la faction, qui, pour assurer l'exécution de ses trames oriminelles, a créé une commission composée de membres tous pris dans le côté droit. » Il ignorait jusqu'à quel point étaient fondés les bruits répandus contre les personnes de quelques représentants ; mais, ce dont il ne doutait pas, c'était du complot dont il entretenait la société. Quant à lui, il était disposé à combattre jusqu'à la mort les agents de cette horrible conspiration, et, pour sauver la liberté, prêt à tous les sacrifices, à commencer par celui de sa liberté. < Il n'y a point d'armée contrerévolutionnaire qui puisse me faire pâlir, il n'y a point de faction qui puisse me faire trembler quand j'ai la foudre de la vérité à lancer contre elle » (1), Et à l'heure où Robespierre s'exprimait avec une telle énergie, les Girondins, il ne faut pas l'oublier, exerçaient encore une véritable dictature.
(1) Journal des débats et ds la correspondance de la Société des Jacobins, miméro 420.