‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 38 sur 314 · LIVRE VI. — MENACES DE GUADE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — MENACES DE GUADE

Au sein derAssembléelégislative, les Girondins continuaient à pousser de tout leur pouvoir à la rupture de la paix. Ils avaient fait décider que le roi serait invité à accélérer les préparatifs de guerre et le rassemblement des troupes aux frontières, de façon à ce qu'on se trouvât en état d^agir dans le plus bref délai (1 & janvier) . Ce fut dans cette séance qu'après avoir annoncé à tous les princes la résolution où était la nation française de maintenir la constitution ou de périr avec elle, Guadet s'écria d'une voix terrible : « Marquons d'avance une place aux traîtres, et que cette place soit l'échafaud (1). » Sur sa proposition, TAssemblée avait déclaré infâme, traître à la patrie, et coupable du crime de lèsenation tout agent du pouvoir exécutif, tout Français qui, directement ou indirectement, prendrait part à un congrès dont, l'objet serait d'obtenir une modification de la constitution, ou à une médiation entre la nation française et les rebelles conjurés contre elle. Ainsi se nuançaient de teintes de plus en plus sombres les paroles des orateurs. Emportée par des colères assez compréhensibles d'ailleurs, la France insensiblement gravitait vers la Terreur, laquelle n'enfanta pas l'émigration , comme on l'a trop souvent répété, mais fut enfantée par elle.

Robespierre n'en persistait pas moins à lutter avec une énergie croissante contre les tendances belliqueuses de la Gironde et la précipitation irréfléchie avec laquelle on s'efforçait de jeter la France sur l'Europe. Le 18 janvier, ayant pris la parole aux Jacobins pour présenter quelques observations au sujet du comtat Venaissin et d'Avignon, où d'épouvantables massacres avaient été commis, il attribua ces scènes sanglantes à la longue hésitation qu'avait apportée l'Assemblée constituante à prononcer la réunion de ce pays à la France, et en dernier lieu au retard mis par le ministre des affaires étrangères de Lessart à l'exécution du décret d'annexion ; puis il revint à son idée favorite, et trouvant une sorte de connexité çntre l'oppression sous laquelle gémissaient les patriotes avignonnais et les intrigues ourdies à Paris contre la liberté et la constitution , il s'attacha de nouveau à prouver que la cour voulait la guerre i)Our concentrer la force publique entre ses mains, isoler l'armée des autres citoyens, et se rendre maîtresse de la Révolution (2).

La puissance de cet argument n'avait pas échappé aux orateurs de

tonte Téiité, que Robespierre accusait la Gironde de ne hasarder la guerre que pour compromettre la France, en s^arrangeant avec les rois {Histoire de laHévolution, t. III, p. 375).

(1) Voyez le Moniteur du 15 janvier 1792.

(2) Journal dts débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitutloîif nmnéro 130.

sa HISTOIftE DE ROBESPIERRE

la Girofide. Aussi, voyant conobien il avait oontribué à refroidir Tenthousiasme belliqueux du peuple, commencèrect-ils à changer de tactique, et après avoir reproché à Robespierre de s'être montré trop défiant à l'égard de la cour, après s'être, pour ainsi dire, portés garants des bonnes intentions du pouvoir exécutif, prétendirent-ils que la cour était maintenant opposée à la guerre. Nous entendrons bientôt un des leurs, Louvet, soutenir avec force cette nouvelle thèse; et Brissot, abandonnant son système de guerre restreinte contre les émigrés et les petits princes d'Allemagne, système sur lequel il était, à l'origine, par&itement d'accord avec le pouvoir exécutif, va demander la guerre contre l'empereur, l'accusant d'avoir violé le traité de 1756 en devenant l'àme d'une coalition contre la France ; ce qui n'empêchera pas le Girondin Gondorcet de présenter le ministre Narbonne comme l'homme le plus essentiel de la situation, après avoir longuement insisté dans son journal sur la nécessité de rompre la paix (1).

Robespierre n*avait jamais cru que la cour voulût sérieusement la guerre; les apparences seules suffisaient, selon lui, à la complète exécution du plan ministériel. Comment pouvait-il se ranger à roptnion de ses adversaires, lorsqu'il voyait à la tète de l'armée un chef sans caractère, connu pour sa duplicité, qu'on avait entendu demander une couronne civique pour son cousin Bouille, ce général tout couvert du sang des victimes de Nancy, et qui lui-même avait présidé aux massacres du Ghamp-de-Mars? A ce propos, il ne put s'empêcher de manifester son^étonnement d'avoir lu le matin, dans un journal patriote, dit-il, dans le Patriote français, une lettre où était incriminé le civisme des habitants de Metz, si vanté l'avant-veille par son collègue Anthoine, et où se trouvait l'éloge le plus pompeux du général La Fayette. Ainsi mis en cause , Brissot crut devoir s'excuser en disant qu'il n'avait eu aucune connaissance de cette lettre, extraite du Moniteur et insérée à son insu par son collaborateur. A quoi Robespierre répondit que, s'il en avait parlé, c'était parce qu'il l'avait lue dans un journal jouissant d'une grande réputation de paU'iotisme. « Jamais, » poursuivait-il, c je n'ai attaqué M. Brissot, nos principes sont les mêmes, je n'ai réfuté que son opinion. » Que l'Assemblée nationale déclarât la guerre, disait- Û en terminant, il le comprenait, mais à la condition de déployer un grand caractère, de mettre l'ordre dans le royaume, de prévenir la trahison des ministres, d'opérer enfin tout le bien que pouvaient faire des législateurs (2).

(1) Voyez la Chronique de Paris, numéro 38 de Tannée 1792.

(2) Journal des débats et de la correspondance, etc. Par une singulière inadvertance^ M. de Lamartine confond cette séance avec celle du surlendemain, où, & la demande

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