‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 39 sur 314 · UVRE VI. ENCORE LOUVET · texte numérisé non relu

UVRE VI. ENCORE LOUVET

limnédiatement après reparut à la tribune l'auteur de Faublas, Pour la seconde fois il venait prendre Robespierre corps à corps, en usant toutefois encore des plus grands ménagements envers un homme dont la voix courageuse, avouait-il, s'était constamment opposée aux décrets liberticides rendus par T Assemblée constituante. Si dans ses discours, dont il ne contestait pas l'éloquence, il cherchait en vain des raisons solides et des mesures efficaces; si, prétendant que Robespierre état dans Terreur en montrant la cour comme intéressée à la guerre, il l'engageait, d'une façon un peu naïve, à reprendre courage et à voter avec les partisans de la guerre, il lui reconnaissait dumoins le mérite d'avoir balancé à lui seul l'opinion de tout un peuple , et lui rendait pleine justice, quand il le montrait « toujours calme au milieu des tempêtes, invariablement fixé sur les éternels principes de la morale et^ la philosophie, supérieur, très-supérieur aux séductions d'une cour corruptrice et inaccessible à toute autre ambition que celle d'une véritable gloire. » Puis« faisant établir par la postérité une sorte de parallèle entre lui, inconnu, et le tribun < aimé du peuple, et, ce qui valait nieax, digne d*en être aimé, > il se représentait allant vers Robespierre, lui montrant l'aMme, et, sur son reftis d'ouvrir les yeux, persistant à conjurer seul le danger et sauvant son pays. C'était peut-être un peu puéril; néanmoins il y avait dans ce discours de grandes beautés, et nous ne nous étonnons pas qu'il ait obtenu beaucoup de succès ntoie au milieu des Jacobins, où les partisans de la guerre avaient visiblement diminué. Louvet sans doute était sûr de toucher la corde sensible cbez des auditeurs français quand il nous peignait courant 8Qs à tous les aristocrates de l'Europe , convertissant les soldats de Tempereur, désarmant ses barons, ramenant ses évêques ii une évangéiiqae médiocrité, renvoyant ses moines à Rome et mariant ses religieuses; lorsqu'enfin il montrait notre Déclaration des droits assise sur fe trône impérial même, à l'ombre du drapeau tricolore (1). Mais c'était là précisément le côté faible de son argumentation : prétendre impo^ aer, les armes à la main, une constitution, l'ordre, la liberté même à «peuple» c'est le comble de l'imprudence, quelquefois de l'iniquité; et tout esprit animé d'un véritable sentiment philosophique partagera cette répulsion que manifestait Robespierre pour les missi<mnaire$

le Dnmlx, Robespierre et Brinot se jetèrent dans les bras Tnn de Pantre (HisioiTê eu Girondins j t. II, p. 67 de la !'• édition).

(l) Ce discours, dont on trouve un extrait dans le numéro 130 du Journal dei débat* ^éela eorrespondancef etc., fut imprimé par ordre de la Société (in-S^ de 12 pages)*

A la séance suivante, Brissot revint lui-même à la charge. Il avait ét^ comme accablé sous le poids du dernier discours de Maximiiien, aussi sa réponse se ressentit-elle de Tamertume qui remplissait son cœur. Oubliant que, si quelques personnalités avaient été introduites dans le débat, elles venaient uniquement de son fait, et que tout récemment encore son adversaire Tavait, à diverses reprises, traité de député patriote, il se plaignit d'avoir été inculpé en quelque sorte. Cela était tout à fait inexact, mais Tambitieux Brissot s'était senti piqué au vif, et il ne pouvait pardonner à Robespierre de l'avoir deviné. Il se vanta bien d'être conmie lui innocens vitœ scelerisquepurus^ d'une vie intègre et pur de tout crime ; mais la comparaison était un tant soit peu prétentieuse; Camille Desmoulins et André Chénier devaient se charger de remettre les choses à leur véritable place.

Après avoir donné sur ses relations avec La Fayette des explications qu'on ne lui demandait pas, Brissot déclara qu'il avait rompu ouvertement avec lui depuis le massacre du Champ-de-Mars. Robespierre, on s'en souvient, avait dit, sans faire d'ailleurs aucune allusion personnelle, qu'il ne convoitait le ministère ni pour lui ni pour ses amis. — Moi non plus, répliqua Brissot, comme si ces mots se fussent, sans aucune espèce de doute, adressés à lui ; moi non plus je ne spécule sur le ministère ni pour moi ni pour mes amis. — Or, à quelques mois de là, il se chargera de se donner un démenti à lui-même, en allant prendre , pour ainsi dire, son ami Roland parla main afin de l'installer au ministère de l'intérieur. En finissant, et toujours comme si les premiers torts n'avaient pas été de son côté, il supplia Robespierre de terminer une lutte scandaleuse, selon lui, et qui ne donnait d'avantage qu'aux ennemis du bien public.

Quand Brissot eut achevé, un commun ami, un vieillard, un lettré, le traducteur de Ju vénal, Dusaulx, monta à la tribune, parla avec éloge de Robespierre et de Brissot, et exprima le désir de voir ces deux généreux citoyens terminer leur querelle par un embrassement. A peine avait>il dit, que les deux adversaires étaient dans les bras Tun de l'autre et se donnaient l'accolade, aux applaudissements de la société attendrie d'un tel spectacle (1). Ensuite, et afin sans doute qu'il n'y

(1) La plupart des journaux populaires de l'époque rendirent compte de cette scène. Voyez le Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Con«ft7tiiion^ numéro 131.

Page 1