UVRE VI. DERNIER DISCOURS SUR LA GUERRE
dks contre la Révolution, Torateur apercevait la main de la cour; elle seule, en accordant aux émigrés un appui constant, en s*opposant à des décrets protecteurs de la constitution, et en facilitant par cela même l'exportation de notre numéraire, avait amené le peuple au point de soofaaiter la rupture de la paix comme un remède suprême. Ed vain la dépeignait-on comme ne voulant plus la guerre, parce qa*après avoir mis tant d'empressement à la provoquer, elle parlait «ajoordliui des dispositions pacifiques manifestées par les princes allemands, ne pourrait-ce être là une tactique de sa part pour amener tous les patriotes à se ranger à l'avis des partisans de l'action? La cour, suivant lui, ressemblait à une courtisane qui, après avoir excité par ses agaceries les sentiments qu'elle voulait inspirer, les enflammait par une résistance simulée. Sans doute, après avoir inutilement représenté que les puissances étrangères avaient fait cesser tout prétexte de guerre, elle k déclarerait sur les réquisitions réitérées de l'Assemblée nationale, mais afin de fournir ainsi à ces puissances l'unique prétexte qu'elles attendissent pour donner une apparence légitime à leurs attaques contre notre Révolution.
Le pouvoir exécutif, disait-on encore, voulait ajourner la guerre au printemps , et à cette époque, ajoutait-on, elle serait fatale ; entreprise tout de suite, au contraire, elle deviendrait le garant de notre liberté, la source même de nos prospérités. Illusion ! car s'il appartenait à l'Assemblée nationale d'adresser au roi des messages et des invitations, c'était an monarque à préparer et à diriger l'action, c Vous convenez avec mû, 9 disait Robespierre, c qu'il est impossible de briser les entraves dont notre constitution vous environne, et que nous devons respecter rdigieusement les droits de la royauté. » Au roi seul appartenait l'iniliitive , sans la cour on ne pouvait rien décréter sur la guerre ou sur lapaix(l). Et même, en supposant sanctionné le décret de l'Assemblée, le pouvoir exécutif n'en demeurait pas moins mattre de choisir son. moment; mille moyens légitimes lui permettaient d'attendre, sans affectation, l'heure choisie par la cour pour l'accomplissement de ses desseins. Si donc il ne dépendait pas de la nation de saisir elle-même l'instant favorable au succès et de diriger les hostilités, l'opinion des partisans de la guerre lui semblait à bon droit funeste. Ah ! si cette
jl) £t e'flit en quoi M. Michelet, qui présente la cour comme ayant une peur effrojable de la gaerre, a commis une erreur au moins étrange lorsque, animé de lapaanon belliqueuse des Girondins, il semble reprocher à Robespierre le délai apporté à la dédasation de guerre (t. III, p. 373). Est-ce que, sous peine de sortir des •liaiitcs de la constitution, 1* Assemblée pouvait priver le roi de son droit d'initiative et ki imposer le choix du moment? Mais tel a été Taveuglement de M. Michelet» Hft eas eomsidérations élémentaires lui ont tout à fait échappé.
00 HlSTOiaE DE ROBESPIERRE
guerre tant vantée était vraiment celle d'un peuple contre la tyrannie! Mais non,c'était celle du despotisme contre le peuple. C'était pourquoi, dès le début, il avait repoussé un tel système. La seule gaerre à entreprendre aujourd'hui, poursuivait-il, c'était celle de la raison et de la constitution contre les ennemis intérieurs. Un caractère sévère et digna à l'égard des agents du pouvoir exécutif, une inflexible austérité de principes, des lois propres à réveiller l'esprit public, à soulager, à élever le peuple, à réprimer les ennemis de la liberté et de la constitu* tîon, tels étaient les remèdes que l'Assemblée législative devait oi^Xh ser aux maux présents, remèdes autrement puissants que le suprême moyen de la guerre, laquelle, dans les conditions actuelles, était i ses yeux pire que le mal.
Était-il si difficile de pénétrer les véritables sentiments de la cour, si conformes à ceux des ennemis du dedans et du ddiors? De qods généraux avait-on fait choix ! répétait-il. On avait pensé, il est vrai, qu'une trahison même serait favorable à la cause de la liberté. Mais, même en trahissant, il fallait bien y compter, la cour conserverait les apparences de la légalité, car le génie de la tyrannie avait inventé bien des espèces de trahison. Il fallait s'attendre à voir les ennemis, émigrés ou autres, traités avec infiniment de ménagements, et tous les patriotes impitoyablement persécutés. Quant à lui, en considérant les généraux choisis par la cour, il rédoutait une victoire à l'égal d'une défaite, sachant quelle influence un général victorieux exerce sur son armée et au milieu des partis divers qui divisent une nation. Certes les soldats étaient patriotes pour la plupart, et c'était une injustice inutile d'avoir présenté son opinion comme une insulte à ces soldats français dont il avait été le défenseur au sein de rAssemblée constituante. N'avait-il pas élevé constamment la voix en leur faveur quand, par des vexations de tous genres et des cartouches infamantes, on les punissait du crime de patriotisme? N'avait-il pas été dénoncé comme un factieux, comme un perturbateur de la discipline, par tous les courtisans militaires appartenant à l'Assemblée constituante, par ces colonels, ces officiers dont, comme Mirabeau, il avait demandé le licenciement? Mais sa sympathie pour les soldats ne l'empêchait pas de reconnaître que les armées permanentes étaient l'institution la plus redoutable à la liberté. « Le législateur, n disait-il, a sait que les corps armés ne sont pas plus à l'abri de Terreur et de toutes les faiblesses humaines que les corps pacifiques et politiques; et, pour citer le plus imposant de tous les exemples, si l'Assemblée constituante, dont la majorité voulait la liberté de bonne foi, a été assez faible, assez peu éclairée pour ébranler son propre ouvrage; si.