‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 52 sur 314 · LIVRE VI. PEUPLE ET BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. PEUPLE ET BOURGEOISIE

protestations de Robespierre, elle partagea la nation en citoyens actifs et en dtoyens inactifs, valut au maire de Paris, surtout de la part des jornnaux dévoués aux Feuillants, les plus violentes invectives. Il ooDstatait simplement, en définitive, un état de choses établi par la constitution. Mais où il eut tort, suivant nous, ce fut en consacrant luimême ces termes, lorsqu*après avoir parlé des services rendus par le peuple à la bourgeoisie en faisant cause commune avec elle pour ac- * complir la Révolution, il déclara que leur union seule pourrait la conserver; il fallait dire leur fusion, leur fusion intime, ce que ne cessa de réclamer Robespierre jusqu'au dernier jour de sa vie. Partisan de la guerre, Pétion terminait sa lettre, pleine, du reste, des sentiments les plus patriotiques, en exprimant Tespoir qu'au premier coup de canon toutes les divisions disparaîtraient. Illusions, hélas 1 trop tôt démenties parla réalité.

Peat-étre Pétion généralisait-il trop, car- ces sentiments étroits et posoDoels n'étaient pas ceux de la bourgeoisie tout entière. Les membres ^ la société des Amis de la Constitution appartenaient à la bourgeoisie ; il en était de même de ceux du club des Cordeliers, beaucoup plus remuants et plus impatients que les Jacobins. Mais une trop nom* Iireuse portion de cette bourgeoisie, dans sa peur et dans son égoïsme, se montrait hostile à la Révolution et témoignait contre elle presque intant d'aversion que la noblesse à la chute de laquelle elle avait tant applaudi. Le mauvais vouloir de cette partie de la nation, l'antapisme suscité entre la bourgeoisie et le peuple encourageaient Âigulièrement la cour à persévérer dans la voie rétrograde où la dirigent d'imprudents conseillers. Peu satisfaite des innovations appor- ^ par la constitution au régime municipal et judiciaire, elle semblait retarder, de parti pris, la mise en activité des lois nouvelles. Les jurés, k tribunal criminel ne fonctionnaient pas encore, et les lenteurs de ^ organisation soulevaient des plaintes légitimes. Manuel reparut, le 6 février, à la tribune des Jacobins, pour signaler ces délais aux- <IQ^isilatu*îbuait les désordres dont la capitale était le théâtre. Paris, ^'il, serait beaucoup plus tranquille si M. Robespierre remplissait ^fonctions d'accusateur public. Lui-même se plaignait de n'être pas ^iKore installé dans sa place de procureur de la commune, où l'avait ^PP^ la confiance de ses concitoyens. Robespierre, prenant ensuite la Parole, annonça qu'il était parfaitement au courant des intrigues mises Aœovrepour différer l'établissement des jurés. Il était bien permis fc croire, du reste, que la nomination de ce magistrat populaire, vue ^*Qn fort mauvais œil par le pouvoir exécutif, n'était pas étrangère au fêtard apporté k l'installation du tribunal criminel. Robespierre se

consolait aisément de ne pouvoir exercer ses fonctions de magistral en servant le peuple comme citoyen. 11 avait promis, en terminant so dernier discours sur la guerre, de peindre la conspiration ourdie contr la liberté, d'indiquer en même temps les moyens les plus propres réprimer les ennemis de la Révolution et à étouffer à la fois la guerr intérieure et celle extérieure, il déclara qu'il était prêt à tenir son en * gagement. Mais le surlendemain avait lieu la nomination des officier municipaux, et la plupart des citoyens, obligés de se réunir dans leur sections, eussent été privés de l'entendre ; sur l'observation d'un d ses membres, la société remit au vendredi suivant, 10 février, Taudi tion du discours de Robespierre (1).

La nécessité de prendre d'énergiques mesures pour réprimer lei intrigues et déjouer les conspirations des ennemis de la Révolution était reconnue par tous les hommes sincèrement attachés à h constitution ; et certainement l'Assemblée législative serait arrivée l d'excellents résultats, si sa bonne volonté ne se fût pas heurtée aijQ résistances de la cour, si ses meilleurs décrets n'eussent pas été frappa d'impuissance par le veto royal. Elle était d'ailleurs tiraillée en sens contraires, divisée en deux camps : une partie de ses membres paraissant s'inquiéter fort peu des attaques continuelles dont la constitution était l'objet de la part des émigrés et des prêtres, et préchant une indulgence hypocrite; l'autre inclinant vers la sévérité, même excessive, et disposée à entrer, dès ce moment, dans la voie des rigueurs terribles. On comprend quel encouragement trouvait la cour dans l'attitude des premiers. Un député de Paris, nommé Gorguereau, ayant été chargé de présenter un rapport et de soumettre un projet de décret au sujet de la pétition incivique des membres du directoire du département, avait entamé, dans la séance du k février au soir, le procès de la Révolution, et, critiquant l'adresse rédigée par Robespierre au nom de la société des Amis de la Constitution à l'effet de signaler à l'attention de l'Assemblée nationale une pétition qui émanait d'un corps administratif et invitait le gouvernement à résister à un acte des représentants de la nation, il avait fulminé un véritable réquisitoire contre les sociétés patriotiques dont, en cette circonstance, il aurait dû plutôt se montrer le défenseur. A diverses reprises il s'était attiré les démentis d'un certain nombre de membres du comité de législation au nom duquel il était censé parler ; et quoique en terminant il eût proposé de déclarer nulle et illégale la pétition présentée au roi par les Talleyrand, les

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis dt la Co»*"'*''^*''' numéro 140.

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