‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 53 sur 314 · UVRE VI. — MOYENS DE SAUVER LA PATRIE · texte numérisé non relu

UVRE VI. — MOYENS DE SAUVER LA PATRIE

Beamnetz, les Larodiefoucauld, les Desmeunîers, il était descendu de la tribooe au milieu des murmures improbateurs de l'Assemblée. L'émotion produite par ce discours s'était calmé difficilement; et l'on avait entendu Yergniaud s'écrier, après avoir dénoncé la coalition des puissances étrangères, les correspondances des ennemis du dehors avec ceux du dedans : « On croirait que le Rhin coule au milieu de cette salle, et je ne dirai pas de quel côté sont les conspirateurs (1). » Quelques jours après, l'Assemblée législative, assimilant la seule absence des émigrés à on délit d'un caractère suffisant pour mériter une peine, décrétait la mise en séquestre de leurs biens sous la main de la nation.

C'était là une mesure d'une gravité extrême. Examinons maintenant quels étaient, selon Maximilien Robespierre, en dehors de ce séquestre dont il reconnaissait l'utilité, les moyens de sauver FÉtat et la liberté, au moment où déjà la tribune de l'Assemblée législative avait retenti des motions les plus rigoureuses. Assurément ses remèdes sembleront bien bénins, bien doux, bien pâles, à côté des violentes apostrophes des Isnard et des Guadet; mais qui oserait lui en ùîre un reproche? II croyait encore à la possibilité de tout concilier par les voies légales, en se renfermant toujours scrupuleusement dans les limites de la constitution, comme il le dit lui-même. Nous verrons tout à llieure combien l'humanité eût eu moins à gémir peut-être, si les remèdes prescrits par lui eussent été énergiquement et immédiatement appliqués.

Grande était Taffluence aux Jacobins le 10 février, car on savait d'avance qu'il devait parler. Beaucoup de dames accourues pour l'entendre, n*ayant pu trouver place dans les tribunes, sollicitèrent la faveur de pénétrer dans la salle; mais on craignit que leur introduction an sein même de la Société ne nuisit au bon ordre des délibérations et leur demande ne fut point admise.

Indiquer à son pays les moyens de se préserver à la fois du double fléau de la guerre civile et de la guerre étrangère, tel était le dessein de Torateur. 11 n'avait pas, semblable à un empirique, l'intention d'aller les chercher au delà des bornes du possible; la simple observation, les leçons de l'expérience suffisaient à la cure des plaies dont on cherchait

(1) Voyez le Moniteur du 6 février 1792.

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la guérison. Pour rendre à sa patrie le bonheur, la liberté, la santé et la vie, il avait à proposer des remèdes communs comme le bon sens, mais aussi les plus salutaires. « Ce n*est point par des mesures partielles, incohérentes, ce n'est pas même par des traits passagers de sagesse et d'énergie qu'on amène une révolution à un terme heureux, mais par un système sagement combiné et constamment suivi, en remontant aux premières causes des désordres, en les attaquant avec une fermeté soutenue. C'est avec ces principes que j'examine les questions qui nous intéressent. » Deux causes, selon lui, exposaient à la guerre intérieure et extérieure une nation plus redoutable que jamais à l'Europe par l'exaltation même de la liberté nouvellement conquise : la trahison intestine et les entraves opposées au développement de sa force et de sa liberté; mais ces causes, on pouvait les supprimer sans peine, et s'il était facile de tout bouleverser par l'enthousiasme et la violence, il était bien plus facile, à son sens, de tout affermir par la sagesse et par la fermeté.

Et d'abord, depuis deux ans que les éventualités de guerre se présentaient à tous les esprits, avait-on pris toutes les précautions nécessaires pour y faire face? Sans doute on avait nommé des généraux, créé de nouvelles fonctions militaires pour les partisans de la cour, tout cela dans l'intérêt du despotisme ; mais était-on parvenu à obtenir l'armement de tous les citoyens, et surtout de ces volontaires prêts à vol^ à la défense de nos frontières? Le ministre Duportail n'avait-il pas nompé l'Assemblée constituante sur le nombre des armes renfermées rians nos arsenaux et sur la prétendue impossibilité de s'en procurer d'autres? Rappelant alors que dès cette époque il avait demandé l'interdiction sévère de l'exportation de nos armes à l'étranger et la distribution immédiate de celles dont on pouvait disposer à toutes les gardes' nationales du royaume , à commencer par les départements frontières, il ajoutait : c Je proposai d'ordonner que toutes les fabriques du royaume s'appliquassent sans relâche à en forger de nouvelles^ jusqu'à ce que les citoyens fussent convenablement armés. Je demandai que l'on fabriquât des piques, et que l'Assemblée nationale recommandât cette arme , en quelque sorte comme sacrée , et les exhortât à ne jamais oublier le rôle intéressant qu'elle avait joué dans notre révolution; je lui proposai d'appeler tous les citoyens à la défense de rÉtat et de la liberté, en effaçant toutes les distinctions injurieuses et impolitiques qui les séparent (1). »

(1) Dans son discoui*s du 18 décembre, aux Jacobins, Robespierre s^était encor» écrié : (( Il faut avant tout, partout, sans relûchc, faire fabriquer des armes ; il faut armer le pevpU^ ne fût-ce que de piques. 2> Ce qui n^empêche pas M. Midièlet d^t-

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