‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 54 sur 314 · LIVRE VI. MOYENS DC SAUTCft LA PATRIE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. MOYENS DC SAUTCft LA PATRIE

8 fappdait aussi tes efforts vainemeot tentés par lui pour Caire fioender les officiers de l'armée et réorganiser leur cadre sur des bases plas conformes à U nouvelle constitiitâon de la Fraooe ; pour s'opposer au renvoi de tous les soldats patriotes, ignominieusement chassés des corps par l'aristocratie militaire ; pow obtenir knr rappel, ou bien que, si l'on éprouvait des difficulté à les réintégrer dans leurs régiments, on en formât du moins des légions qui seraient la plus douce espérance du peuple et le plus ferme rempart de la liberté. Ces mesures, il en était convaincu, eussent sauvé l'État en prévenant tontes les intrigues et les complots tramés depuis cette époque; aussi n'hésitait-il pas k les proposer de nouveau à l'Assemblée législative, à laquelle l'énergie et la prévoyance étaient plus nécessaires encore qu"^ TAsseroblée constituante, persuadé qu'il serait téméraire de s'aventurer dans une guerre étrangère avant d'avoir pris ces preniires précautions. Une autre condition essentielle de salut à ses yeux, c'était la vigilance continuelle des sections, c 11 faut que le peuple Tdlle poar se défendre, » disait-il, € quand la tyrannie veille pour le perdre. > Évoquant le souvenir des services rendus à la cause de la liberté parles districts de la capitale, dont un décret de l'Assemblée constituante avait interdit les réunions permanentes, il engageait l'Assemblée législative ï autoriser les sections à s'assembler sans entraves, comme aux preaiiers jours de la Révolution, croyant sincèrement que de Talliance ÎDtioe du peuple avec ses représentants renaîtraient bien vite la conto, l'esprit public et toutes les vertus civiques accourues d'abwd sortes pas de la liberté.

Poor vivifier et régénérer en un instant le pays, il conseillait l'em- ^ d'un moyen dont Texpérience avait déjà démontré l'utilité et la sagesse : il voulait parler d'une confédération civique, fraternelle, de toutes les gardes nationales de France. Invitez, disait-il aux représentants du peuple, invitez tous les citoyens armés à envoyer des députés, Ici*' mars prochain, au chef-lieu àe chaque département, et que là ib renouvellent dans un saint transport le serment de vivre libres on fc mourir. On se rappelle le prodigieux succès des premières fédéra- ^,cn 1790; l'union, la concorde, l'espérance, toutes choses nécessaires au triomphe de la Révolution en sortirent, et c'est avec raison fi'uQ écrivain moderne les a magnifiquement décrites^ nous pouvons

^'^^ taa seols Girondins Parmement des classes pauvres (Ht</. de la Révolution^ ^lllf f. 384) et d'écrire, ce qui est pins fort : c Les piques données à tont le peuple, "^itédaui Tannement... furent repoussées de Robespierre « (p. 412). Est-oe igno- ^■tt? ett-ee prévention? L*un et Fautre sans doute. Invoquez donc Tautorité de *• Miehélet comme historien I

dire chantées (1). Ah! certes, dans les circonstances présentes, elles eussent pu avoir, croyons-nous, d*incalculables effets, tirer tout d*im coup le pays d'embarras, à la condition d*étre essentiellement populaires, c Loin la triste splendeur,le faste corrupteur des cours, » s'écriait Robespierre avec l'accent d'une âme vraiment républicaine ; « loin toutes les petites intrigues apprêtées pour réveiller les sentiments serviles; loin toutes les petites idoles; point de bottes de Charles XU, ni de cheval de Caligula ou d'aucun autre tyran ; mais, en revanche, que les emblèmes sacrés de la liberté brillent partout; que les pures devises du civisme et de la vérité éclatent sur les drapeaux, sur tous les monuments simples que le patriotisme aura élevés ; que les noms sacrés de l'égalité, de la patrie, sortis de tous les cœurs, prononcés par toutes les bouches, fassent retentir l'air du plus délicieux de tous les concerts pour l'oreille des bons citoyens ; qu'élevés par ce sentiment sublime et tendre, que ne connurent jamais les âmes corrompues des despotes et des courtisans, tous les citoyens se jurent une éternelle union dans les douces étreintes de l'amitié; qu'ils baignent de larmes généreuses ces armes que la patrie leur confia pour sa défense ; que des actions de justice et d'humanité achèvent d'embellir et de couronner ces fêtes. * La paix publique n'en serait point troublée, continuait-il, sauf aux yeux des tyrans, qui nomment paix l'immobilité des esclaves, cette tranquillité trompeuse précédant souvent des éruptions de volcans, et qui nomment anarchie, désordre et sédition, les convulsions de l'humanité écrasée par le despotisme.

Il importait donc de ranimer l'esprit public, non point par des secousses désastreuses, mais par les moyens paisibles qu'il indiquait. C'était aux représentants du peuple, à la capitale, à ses fonctionnaires et à tous ses citoyens de donner l'exemple, en se rendant au Champ de la Fédération; et, s'adressant à la municipalité de Paris, il l'engageait à venir, Pétion à sa tête, réparer solennellement les erreurs de celle qui l'avait précédée. < 0 Pétion! » poursuivait-il, car il ne perdait jamais l'occasion de rendre hommage à son ami, « tu es digne de cet honneur, tu es digne de déployer autant d'énergie que de sagesse dans les dangers qui menacent la patrie que nous avons défendue ensemble; viens, sur les tombeaux de nos frères, confondre nos larmes et nos âmes; enivrons- nous des plaisirs célestes de la vertu, et mourons le lendemain, s'il le faut, sous les coups de nos communs ennemis. » Il

(1) M. Michelet. Voyez le t. I«» de son Histoire de la Bétolutiofi, Mais ce qui semblait à cet historien, si magnifique, si utile en 1790, devient en 1792 c une recette vague et faible » (t. III, p. 374). U est vrai que cette fois c*est Robespierre qui la propose.

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