‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 57 sur 314 · LIVRE YI. — MOYENS DE SAUVER LA PATRIE · texte numérisé non relu

LIVRE YI. — MOYENS DE SAUVER LA PATRIE

seors, eux qui, revêtus de toute la force et de la dignité de la plus puissante nation de l'univers, étaient suffisamment ariflés pour anéantir toutes les conspirations, il ajoutait : a 11 en est temps encore, qu'ils rq^nnent leur énergie, qu'ils se servent de la nôtre, et la guerre dTfle est étouffée, et la guerre étrangère est impossible par conséquent. Nous sommes encore la même nation, le peuple est plus éclairé : cen*est point lie la Révolution qu'il est fatigué, mais de la tyrannie qui hii en arrache les fruits. Nos représentants peuvent donc trouver au milieu de nous toutes les ressources nécessaires pour conserver la liberté conquise et forcer ses ennemis à respecter notre constitution. Qu'est-ce donc que ce cri du désespoir, parti tout à coup du sein du Séoat : i La liberté est perdue; il n'est plus en notre pouvoir de la t retenir en France ; c'est en Allemagne qu'il faut la chercher ; ce n'est «qn'en faisant la guerre aux puissances étrangères que nous pouvons < triompher de nos ennemis du dedans; la liberté ne peut jamais être « achetée qu'au prix du sang et des calamités; c'est à travers des tor- ( rents de sang que nous devons la poursuivre ; c'est sur des monceaux ( denctimes humaines qu'il faut fonder son trône ; il faut bouleverser «l'Europe pour devenir libres avec elle : tel est l'arrêt du ciel, que tous ( les peuples ont subi. » Quel langage ! Est-ce donc en vain que le ciel a iaitpour nous des prodiges qu'il a refusés aux autres peuples, et préparés pour ce siècle? Est-ce en vain qu'au sein de la paix, environnés de h force invincible d'un peuple magnanime, nos représentants ont pu promulguer la Déclaration des droits éternels de l'homme, et poser I» principes fondamentaux de l'ordre social et de la prospérité publiée? De quel droit doutent-ils de leur force et de notre zèle, quand iKRis ne cessons de leur jurer que nous sommes prêts à mourir pour ^iéiéndre leur ouvrage et nos droits? »

I)eui choses manquaient, suivant lui, à notre Révolution : des écri- ^ profonds, aussi nombreux que ceux soudoyés par le ministère, et ^ bommes riches , assez amis de la liberté pour consacrer une pvtie de leur fortune à la propagation des lumières et de Tesprit P^lic, car il ne désespérait pas de vaincre les ennemis de l'intérieur pvles armes de la raison, jointes à celles de la loi et de l'autorité nationale. La guerre extérieure, au contraire, entraînerait fatalement la giKrre civile, il le craignait. Que si les ministres persistaient à ne pas avoir et à ne pas imposer à tous le respect de la constitution, il n'était ïul besoin d'un bouleversement général à l'intérieur pour les renver- ^t ou d'aller les combattre en Allemagne ; il suffisait de l'union de ^ les patriotes; une minorité pure et courageuse lui paraissait même ^pable de tenir le pouvoir exécutif courbé sous le joug des lois et

devant la majesté nationale, a Non, » s*écriait-il en terminant, c je ne croirai jamais cllie, dans les circonstances où nous sommes» la lâdieté, la sottise, la perfidie soient faites pour triompher du courage, du génie et de la vertu. Si les hommes vertueux désespèrent de TAssemblée; s'ils ne peuvent plus lutter contre le torrent de Tintrigue et des préjugés, ils peuvent mourir à la tribune, en défendant les droits de l'humanité; ils peuvent dénoncer les traîtres à leurs commettants, leur dévoiler avec franchise la cause de nos maux, et laisser du moins un grand exemple à la postérité et des leçons terribles ain tyrans.

a Et à quel plus digne usage réserveraitron sa vie ! Ce n'est point assez d'obtenir la mort de la main des tyrans, il faut l'avoir méritée; il ne faut pas avoir préparé le succès de leurs crimes par son imprévoyance et par sa faiblesse. S'il est vrai que les premiers défenseurs de la liberté doivent en être les martyrs, ils ne doivent mourir qu'en entraînant avec eux la tyrannie au tombeau; il faut que la mortd*un grand homme réveille les peuples endormis, et que le bonheur du monde en soit le prix. »

Tel fut cet important discours bien peu connu jusqu'à présent, et ï peine mentionné par les historiens qui m'ont précédé. On n'y troave pas ces foudroyantes apostrophes contre les émigrés et les prêtres fanatiques dont on était accoutumé d'entendre retentir les échos de l'Assemblée législative; mais en cela il nous semble beaucoup plus pratique. Nul doute que, si le pouvoir exécutif et l'Assemblée nationale avaient résolument pris l'initiative des mesures proposées par Robespierre, ils n'eussent mené à bonne fin la Révolution, sans se jeter dans les hasards d'une guerre souhaitée consciencieusement par un grand nombre de patriotes comme un moyen d'avoir plus vite raison des émigrés et des conspirateurs, mais également attendue avec impatience par ceux-ci conune la voie la plus prompte pour arriver à écraser la Révolution.

Quand, sous l'Assemblée constituante, s'était discutée l'organisation de la haute cour, Robespierre, on s'en souvient sans doute, avait insisté fortement afin qu'elle fût établie à Paris même, sous les yeux du Corps législatif; son opinion n'avait pas prévalu, et la ville d'Orléans avait été désignée pour siège à ce tribunal. Comme il venait de manifester le vœu de le voir transporter k Paris, le député Broussonnet, qui ce jour-lk présidait les Jacobins en l'absence de Guadet, lui reprocha, au moment où il descendait de la tribune, d'avoir parlé contre la constitution. Aussitôt Robespierre fit amende honorable ; il avait oublié, dit-il, que le décret concernant la haute cour était un article constitutîonne], et

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