LIVRE VI. — Lfi DROIT DE GRACE
asefélidta de l'observation du président, qui lui fournissait une occasioD de prouver son attachement à la constitution (1).
SoD discours eut un succès prodigieux. « Ce n'est point assez pour oous, > s'écria Manuel, c d'avoir entendu le héros de la Révolution ; il faut Dous pénétrer de ses principes et de ses sentiments, qui sont ceux de la liberté (2). » Ce discours devait avoir, selon le procureur de la ooouDune, une influence énorme sur l'opinion publique ; il demanda dûDc qu'on l'envoyât à toutes les'sections de Paris; cette proposition bi immédiatement adoptée, et l'impression du discours votée d'enthoosiasme (3).
Le même jour se présentaient au club des Jacobins des députés du troisièffle bataillon des volontaires de Paris, en garnison à Laon, dans le département de l'Aisne. Us venaient au nom de leurs camarades se plaindre d'avoir été désarmés par des chefs inciviques , et prier la société de donner à quelques-uns de ses membres la mission de se livrer à une infonnation sur ce point. Le président promit que leur cause serait prise €& considération, et, séance tenante, Robespierre et CoUot-dlIerboîs brent nommés commissaires à l'eflet de s'enquérir des faits.
Le lendemain, l'affaire des soldats de Chàteauvieux, de ces soldats pUés d*abord, puis décimés par leurs officiers, affaire dont se préoccupait beaucoup l'opinion publique, amena au sein de la société une discussion assez vive. L'Assemblée législative avait, comme on Ta vu, décrété leur mise en liberté; mais ce décret ne pouvait être agréable à la cooT» dont les partisans avaient été jadis jusqu'à demander une couronne civique potir Bouille qui avait provoqué les événements de Nancy; on craignait donc que le roi ne refusât sa sanction. Collot-d'Herbois avait pris sous sa sauvegarde ces malheureuses victimes de l'aristocratie militaire. Il monta tout ému à la tribune des Jacobins : on lui écrivait de Brest, araionça-t-il, que jamais le décret rendu en faveur des Suisses de Chàteauvieux ne serait sanctionné, mais qu'en revanche, €t par une dérision barbare, le ministre avait envoyé des lettres de
(1) Voya 1« Jmnmî deê iébmia Hiêla (mrupmtiameê iê la SoeUU dm Amis de to fwmiiirJM, Bmméro 142.
A AM. INwMr»ibjrME<MaimJlotep<mv«iN*tftiiioy^ uh6. de 45 pages, avec cette mentioxi à la suite : c La Société a délibéré riuipteuion ^ oe disconn dans sa séance du 10 février 1792. Guadet, député à rAssemblée natio-
grâce pour cinquante forçats, peut-être les plus grands scélérats du bagne, quand la constitution n'accordait à personne le droit de grâce. Ces paroles excitèrent une violente tempête contre le ministre de la justice, « le plus mauvais des ministres et le plus méprisable des citoyens, » suivant le député Albite, qui l'accusa d'avoir, n'étant pas investi du droit de grâce, abusé du décret d'amnistie en l'étendant à des galériens ordinaires. L'exaspération ne connut bientôt plus de bornes. On entendit Manuel déclarer que le moment était venu où il était absolument nécessaire qu'un homme pérît pour le salut de tous, et que cet homme devait être un ministre.
Ce fut au milieu de l'effervescence causée par les paroles de CoUotd'Herbois que Robespierre monta à son tour à la tribune. Profondément indigné lui-même de la ligne politique suivie par les ministres, il ne venait m les excuser ni rien ajouter à l'indignation dont ils étaient 1 objet; il tenait seulement à éclaircir un fait important, à relever une erreur de Collot-d'Herbois relativement au droit de grâce. Un décret 1 avait en effet formellement ôté au roi , mais ce décret n'était point entré dans l'acte constitutionnel, contrairement à la demande qu'il en avait faite lui-même au sein de l'Assemblée nationale. Depuis, Duport, qui jadis avait soutenu contre l'abbé Maurv que le roi ne saurait être mis en possession du droit de grâce, était parvenu à ajouter au chapitre des jurés un article en vertu duquel ce droit se trouvait implicitement rendu au roi. L'ajournement avait bien été prononcé sur cet article; mais, par cela même, le décret en vertu duquel le droit de grâce était interdit au chef de l'État se trouvait également suspendu. Suivant lui, le roi était donc revenu, à l'égard du droit de grâce, au point où U en eUit avant la constitution, et l'on ne saurait présentement le lui contester. Ces paroles ramenèrent le calme comme par enchantement, et la discussion en resta là (1). Le veto précédemment opposé par la cour aux décrets concernant les émigrés et les prêtres fanatiques pouvait faire cramdre le même sort pour le décret relatif aux soldats de Châteauvieux, mais il n'en fut rien ; le roi le revêtait de sa sanction, à
1 heure même où Collot-d'Herbois exprimait hautement la crainte d'un refus.
rJîl^Mer^n ?"rr"?^ ®'"ryî"> I^°»«»'»t' Louvet,F. Polverel fils, «m'doZ „n, .^^; î" C""^''- ^ °"°'*™ 1*2 du Journal des débat,, etc. en
donne une analyse assez étendue. Il ne se trouve ni dans les œu»r<» de Rob^pierw publiées par Laponneraye, ni dans YHUtoire par,me,.tair, rf, ,a KéZulL ^^
(1) Jom^l de, débat, et de la correepondanc, de la Société des Ami, de la Con,tUutiof,. ' xiiiinéro 143. >