UYRE VI. — INSTALLATION DU TRIBUNAL CRIMINEL
Tous les crimes intéressant directement le sort de la liberté et le dénoûment de la Révolution n*étaient point de la compétence de ce magistrat, la connaissance en appartenait à la haute cour nationale ; il en était de même des faits concernant la liberté de la presse, pour lesquels le procureur' syndic du département , le commissaire du roi elle tribunal de district avaient été, lors de la révision, substitués à Taccasateur public et au tribunal criminel. Robespierre tenait à éclairer ses concitoyens à cet égard, afin qu'il n*y eût aucune espèce de malentendu. Malgré cela les fonctions d'accusateur public n'en étaient, à ses yeux ni moins importantes, ni moins utiles ; aucune place, dans un temps ordinaire et sous Tempire régulier des lois, n'eût mieux convenu i son caractère ; mais ce n'était pas sans regret qu'il voyait approcher l'heure d'exercer la magistrature dont il était revêtu , parce ^, dans son opinion, le rang le plus convenable pour les membres k TÂssemblée constituante était celui de simple citoyen. Au moment A a avait provoqué le décret qui les excluait de la législature suivante, il avait été sur le point de les engager à renoncer à toutes diarges publiques, môme aux places électives, mais il avait été détûonié de ce dessein par les conseils d'un homme auquel l'attacbaient, dit-il, les nœuds de la plus tendre amitié, par Pétion, et O s'était applaudi de s'être abstenu. Ici revenait dans sa bouche le plus flatteur éloge de cet ami qui devait cependant le trahir : c Je l'ire que le courage et les vertus de Pétion étaient nécessaires au salut de la France. » Les dangers mêmes courus par la liberté lui indi- ^Nentla voie à suivre; il donnerait à ses fonctions les jours entiers, à la Révolution une partie de ses nuits ; mais si sa santé et ses forces ne loi permettaient pas de cumuler ses devoirs de magistrat et ceux de ôtoyen, il n'hésiterait pas à sacrifier sa place à ses principes, son intérêt particulier à l'intérêt général; car il était, selon lui, un devoir supérieur à celui de poursuivre le crime ou de protéger l'innocence devant un tribunal particulier : c'était celui de défendre la cause de l'humanité, de la liberté, comme citoyen et comme homme, au tribunal de l'univers et de la postérité. Et" il terminait en ces termes cette sorte ^ profession de foi magnifique : « Dans de tels moments, le poste d'un ^de l'humanité est au lieu oCi il peut la défendre avec succès. Les devoirs de chaque homme sont écrits dans sa conscience, dans son caraaère. Nul mortel ne peut échapper à sa destinée ; et si la mienne était de périr pour la liberté, loin de songer à la fuir, je m'empresserais de voler au-devant d'elle (1). »
fl^ Ce dîsooars, extrêmement rare, ne se trouve ni dans les Œuvres de Robespierre, Publiées par Laponneraye, ni dans VHiitoire parlementaire de la lie'colution. Il a été
180 HISTOIRE DE ROBESPIERI^
Nous avons dû analyser avec quelque développement ce discours si peu connu, dont aucun historien n'a cité d'extrait, et où sont tracés si nettement les devoirs du véritable magistrat criminel, c'est-à-dire duma-gistrat chargé de concilier les intérêts de la société avec le respect de la liberté civile et toutes les précautions indispensables pour que Tinnocence ne vienne pas à être opprimée par trop de zèle. Ah ! pauvre grand calomnié, qu'on poursuit encore de tant d'injures banales dictées par l'hypocrisie et propagées par l'ignorance, il faudrait désespérer de la justice des hommes, si tant de preuves éclatantes de la douceur et de la modération de tes principes étaient impuissantes à redresser l'opinion et à réformer trop de jugements téméraires!
résnmé en quelques lignes par le Jowmtil det dibat$ tt de la eorretpondanc», etc., numéro 144. La société des Amis de la Constitution en ordanna Timpression, et il a paru sons ce titre : Discours prononcé par Maximilien Robespierre ^ à la Société de* Atmis de la Constitution^ le jour de Vinstallation du tribunal criminet dans le département de Paris (in-fi" de 10 iMiges, de Timp. du Patriote prançois)^ sniiri de cette meatioii : Ijl société a arrêté l'impression de ce discours dans sa séance du 15 février 1792.
Bàzibe, député à T Assemblée nationale, président ; LAifTHENAS , vice - président ; Bboussounst ^ Bamgai., Boibouton, Loubtau^t, Louybt, F. POLYEKEL fils^ secrétaires, n 7 a dans le texte 5 février au lieu de 15, mais c'est une erreur typograpliique.
LIYBE SEPTIÈME
FÉVRIER 1702 — JULN 1792
Sitiatin des pntis. — Lettw k la société dM AnÎB de la ConstiUitioA de Stnubaiirg* —Défeue des sociétés patriotiques. — Bédamatioii contte le comité de conrospondam. ~ Irritation de Louvet. — Le manifeste impérial. — Effet qu'il produit aux JÎMebiiis; opinion de Robespierre. — Quête aux Tuileries. — Les Msrseinais sont MBBciie! ~ Ha aont déHéndna pac Bobeqûaixe. — Les masaierea 4* Avignon. — * Ucnt d^tocusation contre de Lessart. — - Dumouriez est nommjé ministre. — Aver- Bo&4e Robespierre contre le débraillé révolutionnaire. — Sans-culottisme et bonnetsnsfet. — DÛnoariez aux Jacobins. — Lea GHrondiiiB au pouvoir. — Impresskm da ottriotment sur Bi>basf iam. — La question reli^easa aux. Jacobins. — Adiessa K^^gée par Robespierre. — Attaque de Guadet. — Admirable réponse de Robespierre» ~ Appréciations diverses. — Madame Roland et Tathéisme. — Robespierre indisposé. -Lettre d'Augustin.— Robespierre retire son advessej— Déèats sckdA snx sûldatiieGhâteanvieux. — André Chénier et le poëte Roncher. — Las bustes des vivants»
— Les tyrans seula sont coupables ! — Violente attaque contre La Fayette. — Le prâoe de Hesse et Robespierre. — Arrivée des soldats de ditteaavieox. — Les CBont perfeetionnés, — NeaveUe sortie contre La FayettCL — La flte de la liberté»
— MniTsis vouloir du directoire de Paria. ^ Complaiaance de Real pour les Giron- ^- — Bobespierre se démet de ses fonctions d'accusateur public. — Éloge de P^tioa. ~ Thénngne de Mérioourt et Robespierre. — La gaerie déelarée à F Au^ ttiebc — ComnseBt die doit être, ccndaiin seloa Robeq^ierra.* -* Il demande 1» tetution de JUi Fayette.— Jalousie des Girondins. — Calomnies de Condoroet. — Moleste philîppiqne de Bryssot. -— Guadet propose à Robespierre de se condamner i FoitiicisBie. — Réponse de Robespietie. — NoerveUe calemnie de4a Chronttfnê 4êr '■'ML— Dupmrt àa. Tertre nommé accusateur public. — Béfulation des discours da ^^ÔKit et de Guadet. — Tentative de Pétion pour apaiser les esprits. — Colère ^ Gmmdins. — Flétrissure imprimée à Brissot et à Guadet. *- Triomphe 9e '•Iwpisne. — Xea BéoolyttkoM de Pmriê et fe eonfessicn de François. Robert. — Mir ^■•de Laeroix. — La TtUmm de» Patriotes» — Une page de VAmi du peuple, — \ ^^ à la frontière. — Observations de Robespierre sur' les moyens de fkire utile- t ^'^ la guerre. — De la néœsaté et de la nature de la diseii^ine militaire. *- ^^Marres de Briasot. — Le comité de oorrespondanoe des Jacobins et les sociétés '^f^ién — Le Défeneeur de la ConetUution. — Prospectus et exposition des prinôff^-^ Motion deMéchin combattue par Robespierre. — Fureur des Girondins; o^iesMs ealomniea. — Réponse à Condoreet. — Le juge de paix La Rivièie et la '^o^ iadividnelle. — Condamnation de Lecosntre à trois jours de jurison. — Serven tt nimstêre de la guerre. — Dénonciation de Brissot contre le comité autrichien, '^hritstion croissante. — Séance permanente de PAssemblée. — Odieuses insxnua- ^ de Brissot. — Robespierre fait suspendre les affiliations aux Jacobins.' — Ter- '^ lépOBsa k Briisot et autres. — Le maréchal Rochambean. — La société de ^'"^■^•itar. — Des eaaaes nendes delà situation. -^ Honnetfxa funèbres rendue ^Sammcae» — Opinion de Robespierre snr les fêtes publiques. — Le camp de 20,000 hommes. — Du respect dû aux lois. — Le^ Gizondina'«t|{nlaésdu pouvoir»
m HISTOIRE DE ROBESPIERRE
Nous marchons à grands pas vers l'heure des déchirements profonds. Dans ces mois de mars, d'avril et de mai, pendant lesquels nous suivrons Robespierre jour par jour, vont, d'une part, se prononcer de plus en plus le mouvement de résistance qui entraînera la monarchie aux abîmes; de l'autre, éclater avec une incroyable fureur des haines dont les longs débats sur la guerre avaient déposé le germe dans le cœur des Girondins. Trop souvent on a présenté ces hommes comme des modèles de générosité et de désintéressement, comme des âmes sans fiel, comme de purs citoyens immolés par l'envie ; ces complaisantes appréciations ne sauraient tenir devant l'implacable vérité. Certes je ne prétends point révoquer en doute leur patriotisme ; je ne voudrais même pas avoir pour eux de paroles amères, car, je ne puis roublier,ilsonttravaillé, eux aussi, à l'œuvre immense de la Révolution, et je n'imiterai pas ces étranges démocrates qui, pour glorifier la Gironde, frappent à tort et à travers sur les membres du comité de Salut public, sans se rendre exactement compte de la situation, et se font ainsi les échos des mensonges et des diatribes de la réaction. Mais ce qui est notre devoir d'historien, c'est d'exhumer et de mettre sous les yeux du public toutes les pièces d'un procès non suffisamment plaidé. On ne s'est pas assez appesanti sur les causes de la querelle qui divisa Robespierre et les Girondins. Les survivants de la Gironde, associés aux Thermidoriens, ont inondé la france de livres et de brochures dans lesquels, avec un rare cynisme, ils ont tout dénaturé, tout travesti (1), tandis qu'il n'était permis à aucune voix de s'élever , afin de défendre la mémoire des vaincus ; il est temps que justice soit * faite et qu'à chacun soit laissée la responsabilité de ses actes. Depuis longtemps déjà d'éloquents écrivains ont protesté au nom de la justice étemelle ; mais dans une œuvre d'ensemble il ne leur a pas été possible de s'arrêter aux questions de détail; il y avait là une lacune indispensable à combler pour que la vérité fût connue tout entière sur un des plus importants personnages de la Révolution française. Nous n'omettrons donc rien, absolument rien; et quand le lecteur aura vu avec quelle
(1) Avons-nouî besoin de citer le» Etquiêset de Dulaure, VEramen critique àeBéï^^ les Mémoirtê de Louvet, de Meillan, de Dunuid MailUme, etc.? On se demande seiilenient comment ces hommes ont été assez naïft pour croiie que tant de mensonge finiraient par passer pour des vérités historiques.