LIVRE VÏI. — SITUATION DES PARTIS
perfidie les principaux Girondins ont manié Tarme de la calomnie dont fls seront atteints à leur tour, il se demandera, stupéfait, comment on est parreliu à donner le change à Topinion.
Mais partisans de Brissot et partisans de Robespierre avaient, sunun point au moins, les mêmes sentiments : les uns et les autres voulaient le triomphe de la Révolution, avec cette différence qu'à l'amour de la liberté les premiers joignaient l'ambition du pouvoir ; et, pour la satisfaire, ils étaient disposés d'avance à des compromis inadmissibles aux yeux des seconds. Aussi voyons-nous à cette époque les feuilles ministérielles, les journaux des Feuillants, s*acharner de préférence sur les hommes de la Gironde, dans lesquels ils devinaient des rivaux, et c'est contre eux surtout que, dans le Journal de Paris^ André Chénier dirigera ses plus vives attaques. Le ministère pouvait également compter sur le directoire du département de Paris, composé presque entièrement de Feuillants, mais c'était là devant le peuple une mauvaise recommandation, de même que la nouvelle garde du roi, récemment réorganisée et recrutée eo réalité parmi les adversaires les plus décidés de la Révolution, devait être plus funeste qu'utile à la cour, parce que sa composition jeta l'irritation et le soupçon dans le cœur des patriotes.
Des journaux la polémique passa dans la rue; aux théâtres et dans les cafés eurent lieu des scènes violentes, de fâcheuses collisions. Tandis qu'au Théâtre-Français la présence de quelques démocrates connus était saluée d'applaudissements frénétiques, Marie-Antoinette était accueillie, aux Italiens, par les cris de : Vive la Reine! A bas les Jaco- Uns/ et parfois l'enthousiasme des royalistes dégénérait en voies de fait bientôt suivies de représailles. £n même temps éclataient dans les départements, au sein des sociétés populaires, de regrettables scissions amenées par les intrigues des contre-révolutionnaires. Nous avons parlé déjà de celle qui s'était produite à Strasbourg ; comme elle avait camcidé avec l'arrivée de Victor Broglie dans les murs de cette ville. Où l'attribuait généralement aux manœuvres de cet officier (1). Bcd)espierre ayant appris, par une correspondance particulière, les principales causes du dissentiment, et que les citoyens et les militaires de Strasbourg étaient dans les meilleures dispositions, monta à la tribune des Jacobins, le 22 février, pour faire part de ces nouvelles à la société, et lui. proposer d'envoyer aux patriotes alsaciens une adresse qu'à l'avance il avait lui-même rédigée. Après avoir exprimé Tespé-
(1) Jownal det débati 9t de la correspondance de la Sociéti des Amie de la Constitution,
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rance de Toir prochainement cesser une désunion fatale et les boDs citoyens trompés reconnaître leur erreur, il ajoutait : « Votre courage, amis, doit croître avec les dangers de la chose publique. Nbus avons <^ avantage que les puissances humaines ne sauraient nous ravir, •c'est que les efforts du patriotisme sont des succès, c*est que les défaites mêmes de la vertu qui combat pour Thumanîté sont des titres de gloire, tandis que les triomphes de llntrigue et de la tyrannie sont des crimes; le remords les accompagne et Top^MTobre les suit. • n terminait en engageant les patriotes de Strasbourg à ne point se lasser de défendre la cause du peuple et à continuer de semer dans le cœur des hommes les principes de la justice et de la sainte égalité. « Nos enfants, si ce n'est nous, » disait-il, c recueilleront la liberté, et la paix et le bonheur du monde seront notre récompense (1). » Cette lettre, adressée au nom de la société des Amis de la Constitution, produisit, paratt-il, le meilleur effet auprès de la société des lacobinsde Strasbourg, dont Robespierre avait reçu, peu de ten^ auparavant, unqicouronne civique accompagnée de Tépttre la plus flatteuse (2).
Les sociétés patriotiques étaient alors le point de mire des agressions de tous les partisans plus ou moins avoués de la cour; on sentait bien qu'en elles résidait toute la force révolutionnaire. Violemment invectivées par les journaux feuillants, elles étaient, au sein même de l'Assemblée nationale, Tobjet d'attaques, indirectes il est vrai, mais non moins perfides. Toucher ouvertement au droit de réunion, fonneUement reconnu par la constitution, on ne Teùt point osé. La liberté ne saurait exister sans ce. droit primordial antérieur, et s*il est inséparable de quelques agitations, ces agitations, sans aucun danger poor Tordre, pubHc sous un gouvernement conforme «a -véritable voea naâonal, prouvent la vie même d'un peiq>le et valent oertsineaieiic beaocoup mieux que cette immobilité léthargique décorée du nom de tranquillité et de paix. Attaquer de front le droit de néunion semblait donc impossible à cette époque; aassi<dierchait-onàratteiiidlrepardesvoies détournées. Dans cette môme journée du 22 Sévrîer, àrAssemblée législative, les députés YaaUoDC, Lacroix, LéopoU et Mooisaet proposèrent
(1) Adresse insérée dans le imméit) 148 du JounMil dm d^^olt, eto. EUe Htr^^ nrproAvite plus exactement dans un ouvrage de JL Hertz sur les sociétés yolitaqiKS 4» StiBsbeurg pendant la Bérolntion.
(2) Cette lettre a dispam, supprimée sans donte par Conrtms, eommela plQIM<^^^ celles qui poirvn.ient%onorer la mémoire de Robespierre. Il «e nons a pas -été pe»l* d'en retrouver la minute , les archives de la société des Jacobins de Strtsboiffg n'existant plus. Nous avons seulement sous les yeux une lettre en date du 5 févner 1792, adressét à RobespierR, «t<eùdlc9tdit? «Jdoasiett^iAâMiéli*»^ vitre lettre en réponse à celle par laquelle elle vous adresse une couronne, etc. >