LIVRE VU. — DEFENSE DES SOUETES PATRIOTIQUES
plusieurs motions tendantes à empêcher les représentants de la nation d'assister aux séances des assemblées populaires (1). Quelques membres voulaient même qu'il fût interdit à tout député de faire partie d*aucooe société patriotique. Merlin (de ThionvlUe)» dont la parole n'avait pas peu contribué à décider l'Assemblée à passer à l'ordre du jour, jura fièrement, le soir aux Jacobins, après avoir raconté ce qui avait eu lieu dans la journée, jura, au nom de la Déclaration des droits et de la liberté, de ne jamais abandonner les Jacobins. Nous verrons plus tard comment il fat infidèle à son serment.
Bi^)espierre remonta ensuite à la tribune, rendit pleine justice au patriotisme du préopinant et engagea vivement ses concitoyens à ne pas s'occuper des intrigues ourdies contre les sociétés populaires, soit dans la salle du Manège, soit dans celle des Feuillants. Apre et sévère iitsoD langage à l'égard des ennemis de la liberté, de ces partisans du despotisme, essentiellement lâches et vils, ditnJ., et qui n'oseraient certainement pas tenter une entreprise contre les droits du peuple, slls ne comptaient sur 'des appuis étrangers. £t quels étaient ces ioBOûss qu'on entendait sans cesse à présent clabauder contre les sociétés patriotiques? Des intrigants qui jadis les avaient prônées, alors que, pour satisfaire leur ambition personnelle, ils avaient jugé indispensable de les opposer à la cour. Voulait-on une fois pour toutes n'avoir plos à redouter la rage de ces conspirateurs formidables, investir l'Assemblée nationale de la force nécessaire pour déjouer toutes les trames du despotisme? Le secret était bien simple : il n'y avait qu'à se dégager de l'esprit d'intrigue, à substituer l'intérêt général à l'intérêt particulier, qui seul divisait les sociétés populaires. Un citoyen invariablement attaché à la liberté ne devait connattre, selon lui, ni l'intrigue ni Fambition. Dix représentants d'un grand caractère, au sein de f Assemblée législative, bien pénétrés de la causp du peuple et décidés à mourir pour elle, lui paraissaient suffisants au salut de la liberté. ( Oui, Messieurs, » poursuivait-il, a la voix d'un représentant du P^Ie fera trembler la tourbe infâme des esclaves et des tyrans; et je 1^ CD fait que, si plusieurs hommes animés du sentiment impe- ^ que vient de manifester à cette tribune celui qui a parlé avant ^ se succédaient à la tribune du peuple pour dénoncer les vils ^conspirateurs qui veulent replonger le peuple français dans Topprobre, les ministériels et tous les intrigants de l'Assemblée nationale rentre- 'îicnt dans la poussière. Qu'ils le fassent aujourd'hui, qu'ils le fassent '^^^^t et je garantis l'opprobre à tous les ennemis de la constitution.»
(1) MonUeur du 24 février 1792.
Avait-on à redouter la dissolution des sociétés patriotiques, lorsque non-seulement à Paris, mais dans toute la France, elles étaient environnées de la puissance et de la majesté du peuple? Elles seules, en se divisant, pourraient être le propre instrument de leur ruine. Quant au tyran qui oserait porter la main sur elles, il ne le voyait pas, et jetait un défi hautain aux Feuillants et aux aristocrates de rAssemblée législative de proposer une loi contre ces sociétés. La faiblesse et l'ambition de leurs membres étaient de nature à prêter des forces à leurs ennemis ; le vrai moyen d'être invincible était donc, selon loi, de fermer son cœur à l'intrigue et à la bassesse, de dédaigner les honneurs, de préférer à tout le simple titre d'ami de la constitution et de citoyen (1). L'orateur d'une députation du faubourg Saint-Antoine admise à la séance prit aussitôt la parole et s'écria : « Nos piques sont prêtes à vous soutenir ; nous avons juré de vivre libres ou de mourir : les hommes du Ik juillet ne jurent pas en vain. »
Un membre de la société, nommé Mendouze, ayant ensuite proposé à ses collègues, de procéder à un scrutin épuratoire, Robespierre combattit très-vivement cette motion, qu'il regardait comme peu propre, dans le moment, à concilier les choses, et, sur sa demande, la société s'empressa de passer à l'ordre du jour.
Vers la fin de cette séance des Jacobins, Billaud-Varenne s'était levé pour réclamer le rappel à l'ordre du comité de correspondance qui, dans une circulaire destinée aux sociétés affiliées, prétendait peindre l'esprit de la société mère sans Tavoir, au préalable, consultée. Or, dans cette lettre, on présentait la société des Amis de la Constitution comme s'étant prononcée en faveur de la guerre. Cela était complètement faux ; aussi personne ne fut-il étonné d'entendre Robespierre réclamer égalementfdans la séance du 2/i, contre l'erreur manifeste et probablement volontaire du rédacteur, et demander, d'abord, qu'il ne fût permis à aucun comité d'envoyer d'adresses ou de lettres sans qu'elles eussent été communiquées à la société ; ensuite, d'être admis à prouver qu'il ne s'était nullement rallié à une opinion qu'il
(1) Voyez dans le Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis as la Constit^aiony numéro 1148, ce diicoun très-imparfaitement résumé sans doute.