‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 64 sur 314 · UTRE VII. — RECLAMATION CONTRE LE COMITE DE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

UTRE VII. — RECLAMATION CONTRE LE COMITE DE CORRESPONDANCE

persistait à regarder comme la plus dangereuse pour la patrie et la liberté (1).

Le lendemain, lecture fut donnée de cette circulaire, laquelle se termioait par ces mots : « Le système de la guerre est celui qui domine daos la société. » Le rapporteur du comité de correspondance, le Giroodin Santhonax, entreprit de la justifier en citant cet exemple d'un soldat anglais qui, mutilé par des Espagnols, s'était écrié à la barre du parlement d'Angleterre qu'au moment où il avait souffert cette insulte, il s'était souvenu qu'il était citoyen anglais, * avait recommandé son ' âme à Dieu et 'sa vengeance à sa patrie. Et comme ce peu de mots avaient suffi pour armer l'Angleterre contre l'Espagne, l'orateur en ooDduait que les insultes prodiguées partout à la France légitimaient parfaitement l'adoption du système de la guerre. A la longue agitation qui se produisit dans la société, le rapporteur du comité de corres'^ pondance put juger combien peu exacte était son assertion. Suivant le député Albite, on aurait dû se contenter de dire qu*il avait été énoncé d'excellentes choses pour et contre la question. C'était le plus court et le plus simple moyen de terminer l'incident, mais cette proposition n'ayant pas été acceptée, Robespierre monta à la tribune.

0 commença par rendre justice aux principes développés dans la circulaire en discussion, et sous ce rapport il en appuyait lui-même renvoi aux sociétés affiliées. Il n'avait donc nullement l'intention d'inculper les signataires; seulement il trouvait mauvais que le comité eût soogé à l'envoyer sans l'avoir soumise à l'appréciation de la société. Maintenant, comme la société des Amis de la Constitution n'était point one assemblée délibérante^ il était infiniment dangereux, suivant lui, ^ la présenter comme tout à fait décidée pour tel ou tel parti. Son ht était d'éclairer l'opinion, et elle y arrivait en faisant distribuer au public et aux sociétés affiliées tous les discours prononcés dans son ^; en allant au delà, elle outre-passait sa mission. A quoi visaient tous les esprits consciencieux? poursuivait Robespierre. A enseigner ^ à instruire par des discussions sages, exemptes de tout esprit de P^; si, comme le prétendaient ses adversaires, toutes les sociétés patriotiques inclinaient pour la guerre, il n'était pas besoin de le leur ï^péter sans cesse, il était surtout contraire aux véritables intérêts du pays de leur adresser des lettres remplies d'assertions inexactes. Si l'on jugeait utile de correjjpondre par des circulaires avec les sociétés ^Sliées, au moins fallait-il leur envoyer le résumé impartial des diffé-

n /onnial iet débats et de la eorre$jpondance de la Société det Amis de la Constitution^ «naérol49.

rentes opinions émises; c*était là, disait-il en finissant, Tunique moyen d'éclairer le pays sans compromettre la société mère des Amis de la Constitution.

Accueillie par de chaleureuses acclamations, la proposition de Robespierre fut combattue par Louvet avec un acharnement ridicule. N'ayant aucune espèce d'arguments sérieux à opposer aux raisons décisives da préopinant, l'auteur de Faublas se lança dans des lazzi qui lui attirèrent quelques applaudissements peut-être ironiques; mais il souleva une partie de l'Assemblée en terminant une de ses phrases par le dicton trivial : Mariez-vous, ne vous mariez pas ; la parole lui fut retirée conformément à l'article X du règlement, et il se vit contraint de quitter la tribune au milieu des murmures et deis huées (1).

De ce jour Louvet, déjà aigri par les succès qu'avait obtenus Robespierre dans les débats relatifs à la question de la guerre, devint son ennemi juré ; et dans ce cœur, où se jouaient les amours faciles, se développa tout à coup une de ces haines immenses, sans mesure, qui du chantre des voluptés cyniques et des plaisirs libertins allait faire un maniaque de calomnie, un Zoïle de la pire espèce. Quelques jours après, présidant les Jacobins à la place de Bazire, le 2 mars, il ne laissa pas échapper l'occasion de manifester sa rancune ; voici à , quel propos. On avait lu la veille, à l'Assemblée nationale, des lettres . de la chancellerie de Vienne en réponse à la demande d'explications adressée par le gouvernement français, sur l'injonction du Corps législatif. Léopold, tout en protestant de ses efforts pour le maintien de la paix, laissait percer Fintention bien évidente de s'immiscer dans les affaires de notre pays, quand, pour le bien-être de la France et de l'Europe entière, il se prétendait autcwisé « par les provocations et les dangereuses menées du parti des Jacobins » à démasquer publiquement les membres de cette secte pernicieuse comme les ennemis du roi et de la constitution, comme les perturbateurs de la paix et du repos public. Un fou rire accueillit ces insinuations ridicules, qui semblaient un écho lointain des déclamations feuillantines (2], et l'Assem-

(1) Journal des débaU et de la correspondance de la Société des Amis de la ConstiMi» numéro 150.

(2) Voyez dam le JTokiCmw da 3 nm 1792 Kn» les^oGameatilDS teifb*^ du l" mars et les explioations du miniitre de Lessart. S^il faut a'ea rajK^^ madame de Staël, placée à merveille pour être bien renseignée à ce styet, le foctom impérial serait parti du cabinet ra%me des Tuileries, «c (^elques députés de VA»- «emblée oonstitiante, » dit-elle, cBarnave, Buport, TavoioBt composé, et le ^^"^^ fut envoyé par la reine, à Bnixelles, à M. le comte de Mcrcy Argenteau, qui âvoit été ambassadeur d'Autriche à Paris. » {Considérations sur la Révolution française^ 3* partie, C y.) Barnave devait payer cher son apfnû mystérieux à la poUti^oe oootse-f'^^^ lutionnaire.

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