‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 65 sur 314 · LIVRE TU. — LE MANIFESTE IMPERIAL · texte numérisé non relu

LIVRE TU. — LE MANIFESTE IMPERIAL

idée, émue d^indignation, vota Timpression du pamphlet impérial. Gnngaieuve, aux Jacobins, tonna fort contre le manifeste de l'empereur d'Autiiche ; il ne manqua pas de faire remarquer que Léopold disait absolument la même chose que tous les calomniateurs des sociétés patriotiques, et demanda qu'une adresse fût envoyée aux sociétés affiliées relativement aux notes diplomatiques lues la veille au sein de FAssemblée nationale. À ce moment Robespierre demanda la parole. Le président (c'était Louvet) n'eut pas l'air d'entendre, et voulut taettre immédiatement aux voix la proposition de Grangeneuve. — «Mais, monsieur le Président, » objecta Robespierre, «j'ai demandé la parole.— Et sur quoi, monsieur, la parole? répliqua sèchement Louvet. —Sur le fond même de la question, sur la motion de M. Grangeneuve, » reprit Robesj^err^. — La société ayant jugé à propos de continuer la Acussion, Louvet se vengea en accordant la parole à Collotrd'Herbois, qQi,prétendait-iL, l'avait demandée le premier. Dans un discours d'une âoquence un peu théâtrale, le chaleureux auteur de YAlmanach du fin Girard engagea les Jacobins à jurer de mourir en s'enveloppant tes les débris du drapeau de la liberté.

Plus grave, plus réfléchi, sinon plus patriote, se montra Robespierre, en mootant après lui à la tribune. Il ne s'agissait pas, à son sens, de jurer de mourir, mais de vaincre ; et les paroles mêmes de l'empereur d'Autriche, en am)ortant la preuve de l'alliance intime des ennemis du dedans avec ceux du dehors, fournissaient les moyens d'éclairer le Bnde et d'assurer la victoire à la liberté. Mais Léopold, disait Robespierre—comme si déjà on eût révélé que le f actum impérial était l'œuvre fa oonsdllers de la reine — Léopold n'est que l'instrument, le préte- ^ le valet d^une autre puissance, composée de tout ce qui existe en ^^ioce d'ennemis de la Révolution. Pourquoi déclarait-on la guerre à toutes les sociétés populaires? Parce que l'on sentait bien qu'en elles i*»iail la force vive de la Révolution française, et qu'au moment où la liberté n'était pas encore parfaitement établie, elles n'étaient autre <^ que le peuple assemblé ain de surveiller ses mandataires et ^^aminer si, pour anéantir la liberté, ils n'abusaient pas du pouvoir V'oQ leur avait confié pour la maintenir. Aussi voyait-on les prêtres *les nobles, conûnuait-il, diriger leurs efforts contre ces sociétés, c'esi^-dire contre le peuple tout entier. Et comme il savait bien déjà ^ le système des ennemis de la liberté et de Tégalité était de tuer hBévolution par la Révolution même, en poussant le peuple aux ex- ^^^) 3 adjurait ses concitoyens de' ne pas se laisser entraîner à des ^^cbes inconsidérées, et de ne pas donner prise, par quelques im- P^^^toiccs, aux violences du iwuvoir exécutif. H les engageait ferme-

ment aussi à écarter ce mot de riptjAlicain^ dont se servaient avec affectation certains écrivains, parce qu'il pourrait, disait-il, « blesser d'honnêtes gens, mais peu éclairés. » C'était un simple mot; il valait donc mieux s'en tenir à la chose, c'est-à-dire aux avantages réels qu'assuraient au pays la Déclaration des droits et la constitution. C'était là, on le sent bien, une réponse directe à ce manifeste impérial où Ton s'était attaché à présenter les Jacobins comme les plus grands ennemis de la constitution.

CoUot-d'Herbois ayant déclaré alors que pour lui, tout en restant fidèle aux principes de la constitution monarchique, il s'estimerait heureux qu'on le crût digne d'avoir été Lacédémonien, ou d'être aujourd'hui Américain des États-Unis, Robespierre reprit la parole, et songeant sans doute à ce duc d'York et à ce duc de Brunswick dont les noms avaient été mis en avant par quelques publicistes, il s'écria, avec un rare bonheur d'expression : « Moi aussi, messieurs, j'aime le caractère républicain ; je sais que c'est dans les républiques que se sont élevés toutes les grandes âmes, tous les sentiments nobles et généreux; mais je crois qu'il nous convient dans ce moment de proclamer bien haut que nous sommes les amis décidés de la constitution, jusqu'à ce que la volonté générale, éclairée par une plus mûre expérience, déclare qu'elle aspire à un bonheur plus grand. Je déclare, moi, et je le fais au nom de la société, qui ne me démentira pas, que je préfère l'individu que le hasard, la naissance, les circonstances nous ont donné pour roi à tous les rois qu'on voudrait nous donner. » D'universels applaudissements accueillirent ces paroles, et séance tenante, Robespierre fut chargé, avec CoUot-d'Herbois et Grangeneuve, de rédiger une adresse destinée à édifier toutes les sociétés patriotiques sur les intentions de la cour d'Autriche (1).

Presque à chaque séance des Jacobins, c'est-à-dire quatre fois par semaine, surgissaient des incidents nouveaux; mille petits faits d'une importance secondaire, négligés jusqu'à ce jour par les historiens» s^y produisaient, qui expliquent bien des événements, et ont par conséquent leur valeur historique. Nous n'omettons, quant à nous, aucun

(1) Journal dit débats 9tdela corretpondance de la Société des Amis ds la Constitvtiar^^ nunéro 153.

Page 1