‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 72 sur 314 · LIVRE VII. LA QUESTION RELIGIEUSE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. LA QUESTION RELIGIEUSE AUX JACOBINS

pouvait être scrutée par chacun, chercher à le frapper traîtreusement et à le perdre dans le sein de toutes les sociétés affiliées des départements.

Divisés sur la question de la guerre, dans un débat qu'avaient aggravé des personnalités soulevées par Brissot, les Girondins et Bobespierre allaient se diviser de nouveau sur la question de Dieu, et cette fois encore, personne ne le peut nier, si la querelle s'envenima, ce fut par la faute des premiers.

Imbu des idées religieuses de tous les grands philosophes spiritualistes, plein du déisme de Rousseau , joignant aux théories de la sensation et de la raison celle du sentiment» Robespierre ne pouvait comprendre Tunivers, Thumanité, Tordre admirable qui préside à toutes choses en ce inonde, sans l'intervention d'une puissance supéneure, d'un être unique, intelligent et conscient, créateur, ordonnateur nprème, et qu'il appelait Dieu. Quand plus tard, réagissant contre le iDatérialisme grossier dans lequel la Révolution avait paru un marnent pbttgée, il obtiendra de la Convention nationale une solennelle déclantionde reconnaissance de l'Être suprême, il sera tout simplement Uèle à la croyance de sa jeunesse, de toute sa vie, laquelle avait été eeOe de Voltaire et de Rousseau, ces deux grands génies dont le souffle poissant animait la Révolution française. Y avait-il rien là qui, de près ou de loin, ressemblât à ce dieu stupide, fait à l'image des tyrans de h terre et dont tous les despotes invoquent sans cesse le nom pour légitimer leurs abus de pouvoir 7 Y avait-il surtout dans cette religion  pure du déisme quelque chose d'analogue à cette intolérance de toutes les vieilles sectes, et dont l'athéisme lui-même n'est pas oempt? Pas plus que les libres penseurs de la Gironde, Robespierre te croyait au dieu des prêtres, à ce dieu vindicatif et jaloux; pas plus 91'eux il n'entendait permettre à des ministres d'une religion impla- Qble de torturer les consciences sous prétexte de sauver les âmes ; en matière religieuse, sa devise était : tolérance absolue; ce qui impli- <|uait nécessairement la liberté de tous les cultes. Chrétiens, catho- ^ues et protestants, juifs, musulmans, déistes et athées, adorateurs h Brahma et de Yishnou, avaient, à son avis, un droit égal au respect de leurs aoyances. Quant à lui, se refusant à penser que tout était périssable dans Thomme , et que l'esprit s'engloutissait tout entier 'vec la matière dans les profondeurs du tombeau, il était plein de foi <hDs rimmortalité de Tâme, et se plaisait à voir dans l'avènement de b Révolution française, dans le triomphe de la justice et du droit sur b force, un signe manifeste de la protection de la Providence. Et voilà pourtant ce que les Girondins, ou du moins les principaux d'entre

eux, né craignirent pas de taxer de superstition, ce dont ils lui firent un véritable crime.

Ce dut certainement être une solennelle et dramatique séance que cette séance du 26 mars 1792 aux Jacobins, où se produisit ce choc terrible entre les matérialistes et les spiritualistes de la société des Amis de la Constitution, et où Robespierre se vit contraint de défendre à la fois et ses convictions religieuses et la liberté de conscience attaquée dans sa personne. La grandeur de la discussion peut se juger même d'après le compte rendu des débats donné par le journal de la société, si grossièrement rédigé qu'il soit. La querelle naquit à l'occasion d'une adresse relative à la situation de la chose publique, présentée par Robespierre, et destiriée aux sociétés affiliées. Nous allons analyser avec soin cette adresse, et in^ter sur les trois points qui donnèrent lieu aux vives récriminations du girondin Guadet, afin de permettre i nos lecteurs de décider en toute connaissance de cause de quel côté furent le bon droit et la modération, de quel côté l'injustice et l'intolérance (1).

Après avoir, en quelques mots, dépeint la conspiration permanente organisée contre la liberté et la constitution; après avoir montré la guerre civile et la guerre étrangère prêtes h fondre sur nous, les prêtres agitant les torches du fanatisme et de la discorde, des directoires perfides complices des ennemis de la Révolution, la guerre

(1) On est véritablement navré quand on lit, dans V Histoire de la Rérotutiw frw ^aise par M. Michelet (t. III, ch. vi), les pages où rémincnt écrivain rend compte ^« cette séanœ à jamais fiuneiue. Impossible de dénaturer, de travestir plus cavalière^ ment les faits ; partout, à la place de la vérité grave et simple, la fantaisie de l'U' teur. Son intolérance n*a pas de bornes. Il commence par calomnier très-gratuiteinent Robespierre en Faocusant c dVxploiter ce grand nom de la Providence, » et d'être disposé à passer c au besoin à Thypocrisie religieuse. » Certes, si en mati^ de religtM quclqu^un se montra peu hypocrite, ce fut Robespierre; mais il avait la toU^isof que les Girondins n^avaient guère, comme le prouva Guadet. » Si « ce miel de reu* gion » était insupportable à la Gironde, c'est que ses membres, nous appnad M. Michelet, étaient « nourris de la philosopliie du siècle, plus que jamais en latte avec les prêtres. » Nous le savons bien; mais qu'avaient à faire les prêtres avec cette idée de la Providence, si noblement invoquée par Robespierre? Est-ce que eelBi-<s n'était pas nourri aussi de la philosophie de Rousseau? Pourquoi donc, par exeapKi M. Michelet omet -il de citer les premières ligues de cette circulaire où Robeepi^ montre les prêtres secouant les torches du fanatisme et de la discorde, et le passage de sa réponse à Guadet où il déclare qu'il ne confond pas FÊtemel qui a créé lamatiert et l'humanité avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé? Ah! c'est que M^^ chelet, à la remorque de Condorcet, et suivi lui-même de quelques disciples, tient absolument ù nous présenter Robespierre comme un prêtre. « Il était né prêtre, etc. » Ajoutons que dans tout ce chapitre, comme du reste dans beaucoup d'autres eodioiB du livre de M. Michelet, règne une effroyable confusion, au milieu de laquelle le 1^' teur peu versé dans les choses de la Révolution a toutes les peines du monde ^ * reconnaître. *

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