‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 73 sur 314 · LIVRE VII. — ADRESSE REDIGEE PAR ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — ADRESSE REDIGEE PAR ROBESPIERRE

encoaragée par la cour quand aucune mesure n*avait été prise par elle, soit pour la prévenir, soit pour la faire avec succès; quand les soldats patriotes avaient été chassés, persécutés même par le ministre Narbonne ; quand les gardes nationales se trouvaient sans armes ; après avoir montré enfin, d'un côté, la faiblesse et Tignorance, de l'autre, le despotisoie, rbypocrisie et la haine présidant aux destinées de la France, Robespierre ajoutait : « Sans le courage inébranlable des citoyens, sans la patience invincible et le sublime caractère du peuple, il était permis à l'homme le plus ferme de désespérer du salut public, lorsque la Providence qui veille toujours sur nous beaucoup mieux que notre propre sagesse, en frappant Léopold, parut déconcerter pendant quel- (jœ temps les projets de nos ennemis. » Tenant dans leurs mains la paix on la guerre, les Français, pou4teuivait-il, étaient maîtres de leur sort, à la condition de ne pas s'endormir dans leur léthargie ordinaire, d'écouter la voix de la prudence et de la raison, de forcer les choses à prendre une tournure franche et plus sincère que la politique des tjrrans, sous peine de lasser la bonté céleste qui, jusqu'ici, s'était : obstinée à les sauver malgré eux.

0 se proposait donc de développer avec exactitude aux yeux de la i tttion toutes les manœuvres employées par le pouvoir exécutif pour \ détourner la Révolution de son but, et d'exposer en même temps à ses i concitoyens la ligne de conduite prescrite par les circonstances actoeOes. Quant aux vues perfides du gouvernement, était-il permis de les révoquer en doute, lorsqu'elles s'étaient si clairement manifestées ^ns la correspondance dont le dernier ministre des affaires étran- 8^1 le prédécesseur de Dumouriez, avait été obligé de donner lecture irAssemblée nationale; lorsque ces aveux de complicité de la cour de hnce avec les ennemis extérieurs, on les avait recueillis de la bouche ^^ de Léopold ; lorsque cette cour reprochait précisément aux sûdétés pauiotiques ce que leur reprochait l'empereur d'Autriche, de ^^^er le gouvernement en se livrant à toute espèce de dissertations ^voulait, comme lui, les détruire en les accusant, sous la dénonciation ^ague de républicanisme, d'entretenir des factions au sein de l'État? C'étaient là, disait-il, des complots divulgués par des pièces diploma- %s, et qu'il était indispensable d'afficher partout comme un monu- ^Dt éternel des principes astucieux et des artifices employés par les ^nspour entretenir les agitations du dedans et susciter la guerre au I ^s. On verra plus tard combien la cour était plus criminelle encore fK ne le soupçonnait alors Robespierre. Les perfides l poursuivait-il ^parlant des partisans de la cour, des Feuillants, ils ont réussi à ^I^Qser une foule de bons citoyens ! « Sous le nom de modérés, ils ont

eu rimpudence de se déclarer les protecteurs de la constitution et de représenter ses vrais amis comme aussi opposés au bien général que cette espèce d'hommes qu'on appelle aristocrates ; pour mieux dissimuler leur dessein , ils ont fait former des sociétés, et ils ont arboré une devise qui affectait le plus grand rigorisme en fait de constitution!! Un des instigateurs de ces intrigues si bien entrevues par Robespierre, de ces prétendues sociétés populaires où figuraient des ouvriers aox gages de la cour, Bertrand de Moleville , le propre ministre de Louis XVI, se chargera de nous éclairer là-dessus afin que nul n'en ignore (1). Passant ensuite aux nouveaux ministres, Robespierre se montra, comme nous l'avons dit plus haut, plein de convenance à iear égard , et leur rendit toute la justice possible, en témoignant l'espérance de voir bientôt leurs acilions les mettre au-dessus de tout éloge (2).

Quand Robespierre eut cessé de parler, l'impression et l'envoi de son adresse furent demandés à grands cris ; mais quelques membres s'y opposèrent avec non moins de vivacité. Il se produisit, pendant un moment, un tumulte tel, que le président (c'était l'évéque de Paris) crut devoir se couvrir. Le calme étant revenu peu à peu, un des membres les plus remuants du parti de la Gironde, Guadet, monta à la tribune, et se faisant l'interprète des opposants, il demanda pour trois motifs le renvoi de l'adresse à des commissaires. Dire, comme Tarait fait Robespierre, qu'on demandait la guerre sans but et sans y être préparé, lui semblait une critique amère de toutes les sociétés patriotiques et en particulier de celle des Jacobins, lesquelles, selon l'orateur, avaient été l'avis de la guerre, et la preuve il la voyait dans cessii cent mille citoyens inscrits sur les registres des départements pour marcher à l'ennemi. Prétendre ensuite, ajoutait Guadet, que la natioa était maîtresse de la paix ou de la guerre, et lui montrer la paix comiue le seul moyen de salut, c'était donner tort d'avance à un ministire patriote et semer le découragement parmi les sociétés populaires. A cet égard il s'en fallait de beaucoup que Robespierre eût été aussi affirmatif qu'on aurait pu l'inférer des observations de Guadet; mais où la critique de l'orateur girondin se montra dans toute son amertumei ce fut au sujet de ce passage de l'adresse où Robespierre avait, en

(1) Voyez les Mémoires de Bertrand de Moleville, vbi suprà. C'est une chose asMi curieuse que presque toutes les perfidies et les intrigues de la cour aient été dévoilées par ses propres agents.

(2) Voyez toute la première partie de cette adresse dans le Journal des débats et et la correspondance de la Société, Ce journal avait promis la suite pour le numéro soi- Tant ; il ne Ta jamais donnée, mais la partie qu'il a reproduite est précisément celle qui attira Guadet à la tribune.

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