‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 74 sur 314 · LIVRE VII. ATTAQUE DE GUADET \Gï · texte numérisé non relu

LIVRE VII. ATTAQUE DE GUADET \Gï

quelque sorte, placé la Révolution française sous la protection divine. Or, en admettant même que cette intervention de la Providence eût paru inutile à un disciple du baron d*Holbacli, était-il juste, était-il opportun d'en faire l'objet d'un reproche violent contre un homme dont on savait la conscience si pure, et dont, en tous cas, il eût été de h plus simple convenance de respecter le sentiment religieux? Mais icilaissons parler Guadet lui-même : « J'ai entendu souvent dans cette adresse répéter le mot de Providence; je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous; j'avoue que ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais cru qu'un homme qui a travaillé avec tant àe courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme pût concourir à le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition. » Un certain nombre de membres du club pensaient sans doute comme les Girondins à cet égard, car les paroles de Guadet fureqt accueillies par des applaudissements, mêlés, il est vrai, de murmures improbateurs (1).

1; Voyez le discours de Guadet dans le Journal des débats et de la correspondance i'h Société, numéro 167.

n t paru, en 1861, une Histoire des Girondins (2 vol. in-8<*), par M. J. Guadet, serra du représentant. Le seul nom de l'auteur indique dans quel esprit cette œuvre a dû être conçue. Nous comprenons très-bien le sentiment pieux auquel a obéi M. Guadet, en écrivant son Histoire des Girondins; mais nous comprenons moins ^ail ait fait, à Tégard des adversaires des hommes dont il a entrepris le panégyrique, précisément ce qu^il reproche aux précédents historiens qui se sont montrés sévères povr la Gironde ; nous comprenons moins que lui aussi ait repris contre Robespierre • tontes les vieilles thèses des libelles de 1793. > M. Louis Blanc, dont il semble susp-cter Timpartialité, s'tôt montré mille fois plus juste -envers les Girondins qu'il ne •^est, lai, envers les hommes de la Montagne. Il se garderait bien, dit-il (t. I, p. 122 'ie la 2* édition), de citer Montgaillard sur une question sérieuse, mais il n'hésite pas (P- ^}, quand il s'agit de présenter Robespierre comme envieux et méchant, à s'appBjer sur Tautorité de madame do Staël!!! Il est vrai qu'il la renforce du témoignage ^^ ma<lame Roland ; mais il se garde bien de dire que madame Roland a eu elle- Bône l'idolâtrie de Robespierre, et que l'illustre femme est devenue hostile à l'immortel tribun, juste au moment où l'homme qu'eUe aimait d'un amour éperdu sacri- E^tsa vieille amitié pour Robespierre à ses sympathies plus récentes pour la Gironde, bïQte-puissantc alors.

Inutile d'ajouter que M. Guadet omet complètement d'avouer que, dans cette rejrrettable lutte entre Robespierre et les Girondins, ceux-ci furent les agresseurs ^l«nts et passionnés, et poussèrent jusqu'au chef-d'œuvre l'art de la calomnie. Vodez-vous, par exemple, savoir comment cet historien raconte la séance du 26 mars? < Bobespierre vint lire au club un projet d'adresse aux sociétés affiliées, projet éta- Isat viugt aUusions insidieuses contre le nouveau ministère ; il demandait si ce ministère était le triomphe de l'intrigue ou celui de la liberté? Guadet assistait à la séance, 0 repoussa les attaques de Robespierre, Robespierre répliqim, et cette discussion pas- ^ana singulièrement l'auditoire. . . s (P. 211 .) On voit comme tout cela est travesti, oon* ^reà la vérité. £t de cet étrange reproche de Guadet à Robespierre d'avoir invoqué le iy>m de la Providence, pas un mot. Sans doute c'était embarrassant à dire pour M. Guadet neveu; mais, en dissimulant ainsi les choses les plus essentielles, il est assurément lort commode de donner tort ix ses adversaires. M. J. Guadet se garde bien également

' 0 étrange modération des Girondins, ô tolérance tant vantée! II n'était même pas permis d'invoquer ce grand nom de la Providence, sous peine d'être accusé par eux de vouloir ramener le peuple soos l'esclavage de la superstition ! A cette attaque inattendue, que répon(iït Robespierre? Se montra-t-il irrité, comme Guadet sans doute n'eût pas manqué de l'être à sa place? Se répandit-il en récriminations amères? On va en juger. « Je ne viens pas, dit- il, combattre un législateur distingué. » — Il n'y en a pas, il n'y en a pas! s'écrièrent aussitôt plusieurs voix. — « Je veux dire un législateur distingué par ses talents. » Guadet, pensait-il, l'avait sans doute mal compris, car leurs principes étaient les mêmes, il le croyait. Puis, après avoir attesté le patriotisme et la gloire de son contradicteur, et établi en quelques mots comment son honneur se trouvait engagé à soutenir des principes reconnus par tous les peuples du monde, il continua en ces termes : « La première objection porte sur ce que j'aurais commis la faute d'induire les citoyens dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme; mais ce n'est point induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la Divinité; j'abhorre autant que perâoone toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir secret de l'Éternel qui a créé la nature et l'humanité, mais je suis bien loin de le confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s élaye la faiblesse humaine pour s'élancer à la vertu. Ce n'est point un vain langage dans ma bouche pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n'en avaient pas moins de morale pour croire à l'existence de Dieu. > Arrêté un moment par les brouhaha et les cris : < A l'ordre du jour! » « Non, Messieurs, » reprit-il avec fermeté, « vous n'étoufferez point ma voix, il n'y a point d'ordre du jour qui puisse

de nous raconter que, dans sa réponse si belle et si modérée, Robespierre oommcncs par déclarer, en s^adressant à Gnadet, qu'il ne venait pas combattre un législotnr àistingw. On eût trop vu combien peu il y avait d'animosité dam eette réplique» Puis, arrivant au grand déchirement d*avril, il parle bien des attaqtteê de KobesjHerre contre Guadet, mais il évite soigneusement de nous faire savoir que ees alCei^w* étaient une réponse à d^odieuses calomnies imaginées par Goadet, dont le principal gn^ contre Robespierre consistait, comme on le verra plus tard, en ce que oe dernier était t Pidole du peuple. > Permis à M. Guadet de s^étonner (p. 69), oomme son oncle* *t qa*im tel homme soit devenu une espèce dMdole popiûaire; » nous avons dû, quant à nous, prémunir une fois pour toutes le lecteur contre cette prétendue /Kr- Mredet Girondine faite, en oe qui coneeme la vie publique des hommes de la Gironde avec qnelques bribes du Moniteur et des Mémoires qui ne sont, poor la plupart du tempe^ qu'une accumulation de mensonges et de calomnies. (Meiltan, Lottvet, etc.)

Page 1