‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 75 sur 314 · LIVRE VU. — ADMIRABLE REPONSE DE ROBESPIERRE It^S · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — ADMIRABLE REPONSE DE ROBESPIERRE It^S

étouffer cette vérité. Je vais continuer de développer un des principes puisés dans mon cœur, et avoués par tous les défenseurs de la liberté; }e ne crois pas qu'il puisse jamais déplaire à aucun membre de TAssemblée nationale d'entendre ces principes; et ceux qui ont défendu la liberté à TAssemblée constituante ne doivent pas trouver des opposi* tioDs au sein des Amis de la Constitution. Loin de moi Tidée d'embrasser id aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la désunion parmi ceux qui aiment le bien public, mais je dois justifier tout ce qui est attaché sous ce rapport à l'adresse présentée à la société.

€ Oui, invoquer le nom de la Providence et émettre une idée de rÉtre éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me parait à moi veiller d'une manière toute particulière sur la Révolution française, n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m'est nécessaire. Et comment ne meserait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l'Assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, et environné de tant d'ennemis nombreux, me suis soutenu, seul, avec mon âme? Gomment aurais-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme à Dieu? Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m'a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple.

« Qu'y a-l-il dans cette adresse? une réflexion noble et louchante... Je nomme Providence ce que d'autres aimeront peut-être mieux appeler hasard ; mais ce mot Providence convient mieux à mes sentiments. Od a (fit encore que j'avais fait une injure aux sociétés populaires. Ah! certes. Messieurs, je vous en atteste tous, s'il est un reproche auquel je sois inaccessible, c'est celui qui me prête des injures au peuple, et cette injure consiste en ce que j'ai cité aux sociétés la Providence et la Dirinité. Certes, je l'avoue, le peuple français est bien pour quelque chose dans la Révolution; sans lui nous serions encore sous le joug du despotisme. J'avoue que tous ceux qui étaient au-dessus du peuple auraient volontiers renoncé pour cet avantage à toute idée de la Divinité; mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés affiliées que de leur donner l'idée d'une Divinité qui, suivant mon sentiment, nous sert si heureusement ? Oui, j'en demande pardon à tous ceux qui sont plus édairés que moi, quand j'ai vu tant d'ennemis soulevés contre le peuple français, tant d'hommes perfides employés pour renverser l'ouvrage du peuple, quand j'ai vu que le peuple lui-même ne pouvait agir, et qu'il était obligé de s*abandonner à ces hommes perfides ; abrsplus que jamais j'ai cru à la Providence ; et je n'ai jamais pu in-

sulter ni le peuple, ni les sociétés populaires, en parlant comme je l'ai fait des mesures qu'il faut prendre pour la guerre ou pour la paix, ni dans le retour que j'ai fait sur ce qui s'est passé. »

Ces accents exempts d'amertume, touchants et mélancoliques parfois, comme lorsqu'il parlait de l'époque oà, seul au milieu d'une assemblée hostile, il s'était senti soutenu par le sentiment religieux, seml^Iaient un écho de la Profession de foi du Vicaire savoyard. L'orateur se défendit, avec non moins d'éloquence, d'avoir outragé personne en soutenant son opinion contre la guerre, et en présentant Narbonne et La Fayette comme peu dignes de la confiance de la nation. Il parla encore de son estime pour les législateurs patriotes avec lesquels il se trouvait en désaccord sur quelques points (ceci regardait particulièrement Brissot et Guadet), et rappela que, pour sa part, il n'avait jamais trouvé mauvais, lorsqu'il était investi du caractère sacré de représentant du peuple, que des citoyens courageux présentassent à l'Assemblée constituante des observations sur les fautes dans lesquelles elle pouvait tomber, préférant de beaucoup aux plates flagorneries les pétitions où se manifestait le véritable vœu du peuple. Quant aux nouveaux ministres, comment était-il possible de l'accuser d'avoir excité à leur égard les défiances du peuple ? Il n'avait pas fait d'avance leur éloge, cela était vrai, quoique plusieurs d'entre eux lui inspirassent beaucoup d'estime; mais, avant d'en parler, il tenait à les voir à l'œuvre ; c'est pourquoi il n'en avait dit ni bien ni mal, tout en trouvant que le ministère régénéré s'annonçait dans des circonstances heureuses, et en cela il avait obéi à la seule inspiration de sa conscience. 11 n'avait donc rien avancé qui pût décourager le peuple, lequel, ayant jusqu'ici triomphé des plus grands dangers, saurait bien surmonter encore les plus graves obstacles. Le patriotisme, d'où dépendait le succès des révolutions, n'était point, à ses yeux, une affaire de convenance, un sentiment se modifiant selon les intérêts divers, mais un sentiment aussi pur que la nature, aussi inaltérable que la vérité. Si donc il avait développé ce sentiment à son point de vue, dans l'adresse dont il avait donné lecture, c'était dans l'espoir d'introduire la morale dans la politique ; et, en terminant, il demanda à la société de décider si les principes dont il s'était fait l'interprète étaient aussi les siens (1).

(1) Journal dês débats et de la corresp.^ etc., numéro 167. I^ réponse do Robespierre a été reproduite dans ses Œuvres, publiées par Laponneraye, t. I, p. 304; et dws V Histoire parlementaire par MM. Bûchez et Roux (t. XIII, p. 445). Voilà pourtant ce que M. Michelet, dans sa déplorable partialité, prétend être un habile appel à l'envif (t. III, p. 406). Cet admirable cri de la conscience outragée ne trouve mOme pas •çrâce devant lui, et n'est à ses yeux qu'un de ces morceaux, a parfois excellenti, habilement travaillés, qui tenaient longtemps la lampe allumée passé minuit v»

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