‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 76 sur 314 · LIVRE Vn. APPRECIATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. APPRECIATIONS DIVERSES

Une agitation tumultueuse succéda à l'éloquente improvisation de Robespierre, et longtemps le président se trouva dans l'impossibilité de mettre aux voix l'impression de Tadresse. Sillery-Genlis proposa à la société de voter l'impression de cette adresse comme étant l'opinion personnelle de Robespierre ; une demande de question préalable sur cet amendement fut accueillie par les cris les plus violents, et le président sévit dans l'obligation de se couvrir. La question préalable ayant été rejetée, Tévêque de Paris, qui occupait le fauteuil, comme on l'a vu plus haut, se disposait à mettre aux voix l'amendement de Sillery, et se donnait la peine d'en rappeler le sujet, quand une voix, partie du côtéde la porte, lui cria brutalement: « Point de capucinade^ monsieur le président. » A cette indécente interruption, l'indignation la plus vive se manifesta dans l'assemblée; de toutes parts on demanda le nom de l'auteur d'une telle insolence, et la séance fut levée au milieu d'un inexprimable désordre. Le membre coupable de cette apostrophe s'appelait Santhonax, son nom fut connu le lendemain ; c'était un grand ami de Brissot et de Guadet, dont il embrassa la querelle. Les Girondins le récompensèrent bientôt de son zèle en lui donnant la place de commissaire de Saint-Domingue refusée par Louvet (1).

L'éclat auquel avait donné lieu entre les spiritualistes et les matérialistes, entre les déistes et les athées, l'inutile et imprudente attaque de Guadet eut au dehors un long et profond retentissement. Cependant les journaux girondins, le Patriote françois de Brissot, la Chronique de PariSy de'Condorcet et de Charles Villette, comprenant combien peu était habile l'intolérance manifestée par Guadet en celte drconstance, gardèrent sur Tincident du 26 mars le silence le plus

nttosardes de Dnplay. » (P. 406.) Comme si Robespierre, dont les improvisation» d'tOleurs se répétaient tous les jours, avait pu prévoir qu'en prononçant le nom de 1» Providence il s'attirerait cette mercuriale delà part de Guadet! Il faut être aveugle comme Test M. Michelet pour nier ce qu'eut d'imprévu cette réponse si modérée et fi eahne à une attaque au moins inconvenante. Au moment où nous corrigeons 1ns épreoTes de ce liyre, il se trouve que deux grands orateurs de ce temps, MM. Tliiers et Jales Favre, viennent d'invoquer l'un et l'autre la Providence (séances des 28 et 30 mais 1865} à peu près de la même façon que Robespierre. Que dirions-nous cependant fi quelque Guadet du Corps législatif les eût accusés l'un et l'autre de vou- Imr ramener le peuple sous le joug de la superstition? (1) Mémoiret de Louvet (éd. Barrière, p. 42) .

1«« HISTOIRE DE ROBESPIERAB

complet. Mais les GirondÎDS, ce semble, furent épouvantés en songeant à la force nouvelle que Robespierre pouvait tirer du sentiment religieux. De quelle puissance d*opinion devait être revêtu Thomme qui parviendrait à initier le peuple, non pas uniquement à la notion du droit, mais à celle du devoir, et lui inculquerait, avec les théories attrayantes de l'égalité et de la liberté, les principes sévères de la morale et ridée féconde et éternelle de Dieu! Dès œ jour ils conspirèrent sa perte ; nousallons bientôt les contempler occupés sans cesse à leuroeuvre machiavélique et souterraine, mettant au service de leurs rancunes et de leurs haines personnelles, non-seulement leurs propres forces, leurs journaux partout répandus, mais l'argent de l'État et les portions officielles dont ils étaient maîtres. Sans trêve, sans relâche, sans merci, et sans avoir été aucunement^ provoqués, ils vont s'acharner contre le patriote sincère et convaincu que tant de services rendus à la cause de la Révolution, à la liberté, eussent dû peut-être rendre sacré à leurs yeux. Aveuglés par le démon de l'envie, par une ambition sans bornes, par cet orgueil insensé qu'ils reprocheront à leur adversaire, nous les verrons, pour arriver à leurs fins criminelleSi ne reculer devant aucun mensonge, devant aucune calomnie, devant aucune manœuvre. Qui donc s'étonnera quand, poussé à bout, seul pour ainsi dire contre un ennemi puissant et disposant de toutes les faveurs, de toutes les places, Robespierre sortira, à son tour, des voies de la modération et de la douceur? Nous allons montrer sous son vrai jour la conduite de ces hommes de la Gironde, dont la modération parfaite et la loyauté scrupuleuse ont été chantées par des écrivains ignorants ou de mauvaise foi ; nous allons exhumer contre eux, des profondeurs de l'histoire, de terribles arguments, fournis par eux, irréfragables par conséquent, exposer leurs menées ténébreuses, mettre à nu leur âme enfin; et, tant de preuves à la main^ nous défierons les honnêtes gens de tous les partis de donner tort à Robespierre.

L'injustice de la sortie de Guadet attira à son adversaire des défenseurs d'un jour dans des feuilles habituées pourtant à le poursuivre d'incessantes diatribes. Le Journal de Paris par exemple, où Lacretelle jeune épuisait contre lui l'art de la diffamation, se prononça hautement en sa faveur. Au nom de la morale et de la philosophie, au nom de la constitution, par laqudle était consacrée la liberté de conscience. Fauteur de l'article lui donnait raison « contre les frères huants. > Puis il rappelait qu'un monument avait été récenoment élevé }k Rousseau, lequel avait, en termes si magnifiques, prodamé l'existence de l'Être suprême, et qu'on venait de placer tardivement au Panthéon cet autre philosophe qui avait été plus loin que Robespierre quand il

Page 1