‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 77 sur 314 · LIVRE VII. MADAME ROLAND ET L* ATHEISME · texte numérisé non relu

LIVRE VII. MADAME ROLAND ET L* ATHEISME

S était écrié : ■ Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. » — «Je YOQs paraîtrai peut-être un cagot, » disait le rédacteur en terminant, c mais Rousseau, mais Voltaire, mars la constitution elle-même le sûDt conmie Robespierre et moi (1). »

Cette absence absolue de croyances, qui forme un des traits distioctiij» de la Gironde et des révolutionnaires les plus exaltés, des Ibermidoriens, n'était cependant point dans le cœur de Théroïne des Girondins, de madame Roland, beaucoup plus grand homme que son mari, suivant l'expression très- juste de Louvet (2), et que la plupart despersomiages de son parti, peut-on ajouter. Admiratrice passionnée de Robespierre jusque dans les premiers mois de Tannée 1792, madame Roland, nous Tavons dit déjà, ne se sépara point de lui sur une question de principes, car Robespierre mourra en Thermidor, fidèle à ses convictions de 1789; et quand, vers le mois d*août de Tannée où Dous sommes parvenus, la glorieuse femme rompra tout à fait avec lui, ce sera uniquement pour affaire de cœur : la passion violente qu'elle ressentait pour Buzot, passion révélée tout récemment par des documents imprimés aujourd'hui, avait surtout contribué, selon nous, à Teotraîner dans le camp des Girondins, où elle suivit Télan de son cœar dans une affection restée d'ailleurs pure et chaste.

De convictions et de principes, en effet, elle sera bien plus avec Robespierre qu'avec ses amis de la Gironde, quoiqu'elle ait écrit contre lui dans des iMémoires rédigés de colère , dont nous avons dû sigoaler déjà les contradictions, les erreurs, et, disons-le, les mensonges. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce passage de ces mêmes Mémoires où, laissant de côté toutes les misères de Tesprit de parti, les rancunes, les haines, où s'élevant à des considérations plus hautes, et comme si les portes d'une prison ne pesaient pas sur elle lourdement, elle trace d'une plume empruntée à Rousseau ces lignes de bmt point admirables : < Les grandes idées religieuses, la croyance en Dieu, Tespoir de l'immortalité s'accordent fort bien avec la philosophie, et lui prêtent une plus grande base en même temps qu'elles lui fonnent le plus beau couronnement. Malheur aux législateurs qui méprisent ces puissans moyens d'inspirer les vertus politiques, et de conserver les mœurs du peuple ! Si c'étoient des illusions à faire naître,

(1) Jonmal de Paris, da 8 avril 1792, à Tarticle Variétés : Le Cadinbt d'études. Pins tord ce joonial revient encore sur le même sujet. « Newton, Descartes, Bofisnet, PtKal, Fénelon, pauvres génies, » lit- on au supplément du numéro du 10 mai, « si vms Toolex être parfaits, allez prendre séance aux Jacobins ; là, tenant en mains un ^Maet Twigp, ron tgob démontrera par mille et une raisons sans réplique, c*est-à- ^par des cris et des hurlements forcenés, qu'il n'y a pas même de Providence. »

C2) Minurintde Louvet (éd. Barrière et Berville, p. 41).

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il faudroit les créer et les entretenir pour la consolation du genre humain(l)... » Et ces sentiments, on les retrouve exprimés avec non moins d'éloquence et de délicatesse dans maint endroit de ses Mémoires particuliers, également datés de la prison de Sainte-Pélagie. Est-ce madame Roland ou Robespierre qui parle? Elle était donc bien plus en communion d'idées avec lui qu'avec les Girondins, qu'avec ce Guadet, dont elle a tracé pourtant un portrait flatteur (2), et qui imputait à crime à un de ses concitoyens la croyance en Dieu.

Robespierre vit bien tout de suite qu'il y avait de la part des meneurs de la Gironde une sorte de parti pris, une véritable conspiration contre sa personne. Il en fut d'abord très-vivement affecté, ne comprenant pas comment, dans l'esprit de certains hommes qu'il avait traités jusqu'ici en véritables patriotes, des querelles particulières et de simples questions d'amour- propre pouvaient dominer l'intérêt général. Un moment on redouta pour lui une sérieuse indisposition, comme nous l'apprend une lettre que nous avons sous les yeux, et par laquelle Augustin Robespierre mande au patriote Duplay de lui adresser au plus vite des nouvelles de son frère. « Mon inquiétude est à son comble, il ne tient à rien que je ne vole à Paris. » Il le chargeait en même temps d'annoncer à Maximilien la convalescence de leur sœur Charlotte, laquelle venait d'être elle-même assez gravement malade (3). Robespierre, du reste, puisant dans sa conscience la force de résister à une coterie puissante, reprit aisément le dessus, et loin de se laisser abattre, il ne cessa de se montrer aux Jacobins, et d'y prendre presque chaque jour la parole, résolu à opposer un front d'airain à ses ennemis, et au besoin à devenir accusateur à son tour.

Dès le surlendemain du jour où il avait été l'objet de l'attaque de Guadet, une discussion assez vive s'étant établie sur le mode de présentation des personnes qui désiraient entrer dans la société, il demanda et obtint que toute présentation fût suspendue jusqu'à nouvel ordre. Pour quels motifs? c'est ce dont le journal des Jacobins n'a pas pris la peine de nous informer; nous savons seulement que la motion de Robespierre fut adoptée après de longs débats (4). Un peu plus tard, le vendredi 30 mars, il fut question de remettre à Tordre du jour la lecture de son projet d'adresse, ajournée à la suite des scènes du 26; mais.

(1) Mémoires de madame Roland (éd. Barrière et Berville), aux Notices hisioriquesy t. I, p. 311.

(2) fbid., t. II, p. 154.

(3) Lettre d^ Augustin Bou Robespierre à Duplay (d' Arras, en date du 29 mars 1792.]

(4) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Consf ifii<»ofi, numéro 168.

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