‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 78 sur 314 · LIVRE vu. DEBATS RELATIFS AUX SUISSES DE CHATEAUVIEUX 1C · texte numérisé non relu

LIVRE vu. DEBATS RELATIFS AUX SUISSES DE CHATEAUVIEUX 1C

la majeure partie des membres qui appartenaient à TAssemblée législative se trouvant absents, on proposa à la société de retarder cette lecture jusqu'au dimanche. Ce jour-là était, en général, consacré à la réception des diverses députations, et par conséquent peu propre aune discussion sérieuse ; Robespierre en fit l'observation ; un membre ayant insisté, il déclara que le dimanche il ne lui serait pas possible d'assister à la séance. Alors une voix : « Où donc est le civisme de M. Robespierre?» Le brasseur Santerre releva vivement cette inconvenance, à Toccasion de laquelle éclata un immense tumulte ; force fut au président de se couTrir. On peut encore juger, par cette apostrophe indécente, à quel point certaines personnes, offusquées de la popularité de Robespierre, poussaient Tintolérance à son égard. Quant à lui, profitant du premier moment de silence, il monta à la tribune pour annoncer que, ne pou- Tant se résoudre à voir la tranquillité de la société ainsi troublée à son sujet, il retirait son projet d'adresse (1). Les Girondins triomphaient; ib se crurent alors entièrement maîtres des Jacobins.

On s'occupait beaucoup en ce moment de la prochaine fête en Thonneordes soldats de Châteauvieux, et cette solennité pouvait devenir l'occasion d'une réconciliation générale entre les patriotes; cartons sans exception. Girondins et autres, montrèrent une unanimité toudiante dans le désir de consacrer par une cérémonie populaire la délivrance de ces victimes de l'aristocratie militaire. Condorcet et CollotdUerbois, Brissot et Camille Desmoulins, Vergnîaud, Robespierre et Guadet se trouvaient réunis à cet égard dans un sentiment commun. Plus vives en furent les colères des Feuillants et des royalistes purs ; une polémique ardente s'engagea de part et d'autre, et ce ne fut pas la Ènle du poëte Roucher, d'André Chénier et de Dupont de Nemours si Ton ne s'égorgea pas dans Paris, tant ils s'ingénièrent à persuader à la garde nationale que cette fête était une insulte dirigée contre elle.

André Chénier ! Qui ne s'attendrit au souvenir de ce nom illustré par quelques strophes immortelles, et par la fin déplorable de celui qui le portait! Mais aussi combien injuste et passionné André Chénier se mon-

0) /ournal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitutioft, amnéro 169.

no HISTOIRE DE ROBESPIERRE

tra envers celte Révolution française dont il avait paru d'abord adopter les principes 1 II faut lire dans le Journal de Paris ses articles pleins d'amertume et de fureur contre les sociétés patriotiques, dont son frère Marie- Joseph prit la défense en cette occasion. Craignant d'être regardé comme l'auteur de ces articles si contraires à son opinion, celui-ci adressa au Journal de Paris une lettre ayant pour but de mettre te public en garde contre toute confusion, et qu'il termina en déclarant « qu'il se ferait toujours gloire d'être membre de la société des Aoiis de la Constitution, séante aux Jacobins de Paris (1). » Cette réclamation ayant été appréciée en termes d'une excessive malvelllaiice, l'auteur de Caïm Gracchus répondit par une nouvelle lettre dans laquelle on lisait : c Je vous remercie sincèrement de m'avoir épargné l'opprobre de votre estime, et je suis fâché qu'un homme de mérite comme mon frère soit insulté par vos éloges (2). » Triste effet des divisions politiques qui mettent dans des camps opposés les frères, les parents^ les amis! David, le peintre immortel, avait été chanté autrefois par André Chénier, lequel avait traduit en beaux vers le serment du Jeu de Paume. Eh bien ! l'artiste ayant suivi logiquement la voie révolutionnaire tandis que le poète faisait volte-face, David sacré « roi du savant pinceau » par Chénier, ne sera plus bientôt que le « slupide David. » Et, chose plus triste à dire, dans la querelle où l'entraîna la fête préparée pour les soldats de Châteauvieux, l'irritable poète déshonora sa plume par des mensonges indignes (3), que releva vertement un homme appelée une sombre renommée, CoUot-d'Herbois, ce protecteur juré des victimes de Bouille qu'on pouvait croire engagé alors avec les Iiommes de la Gironde, car récemment on avait vu son nom figurer dans les journaux de ce parti parmi les patriotes recommandés pour le ministère de l'intérieur.

Non moins violent, non moins amer était le médiocre poète Roucber, l'auteur du poème des Mois, si bien déchiré par La Harpe, et qui de VAlmanaeh des Muses dont il avait été longtemps la providence, avait passé à la rédaction du Journal de Paris. Noomié jadis receveur des gabelles à Montfort-l'Amaury par la protection de Turgot, il avait, lui aussi, adopté d'abord les principes de la Révolution ; mais une place de trois mille livres au département de Paris, due à la faveur des Feuil-

(1) Voyez cette leUre d&ns la Journal de Parii du 2tf février 1792, et <Uiiâl« Chronique de Parie du 29.

(2) Journal de Parie du 3 mars 1792.

(3) Voyez le Journal de Parie du 4 avril 1792. André Chénier y raconte de la ^^çon la plus étrange les événements du Champ-de-Mars. Évidemment il ne croyait pas vsi mot de ce qu^il écrivait. Consultez à ce sujet T Histoire portanctUawv, par JiM* Buehez et Roux, t. XIY , p. 65 et suiv.

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