‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 79 sur 314 · LIVRE VU. — ÀXDRE CHÉNIBR ET LE POETE ROUCHER · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — ÀXDRE CHÉNIBR ET LE POETE ROUCHER

iants, membres da directoire, l'avait rejeté dans le parti de la cour, si nous nous en rapportons à un journal populaire du temps (1). Toujours est-il que Roucber se chargea d'être ïinsulteur gagé de Robes* pierre. Et en quels termes ce défenseur des intérêts feuillants apostropha-t-il le grand citoyen qui, au lieu de vouloir la liberté et l'égalité pour uoe petite portion de la nation seulement, avait, aux yeux d'une partie de la bourgeoisie, l'immense tort de les revendiquer pour le peuple tout entier, et de proclamer comme le corollaire obligé de Fooe et de l'autre le dogme de la fraternité ?

Vers cette époque, et pour des motifs que nous expliquerons tout à l'heure, Robespierre avait cru devoir donner sa démission de ses fonctions d'accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris. Il faut lire les réflexions que suggère cette détermination à l'un de ces hommes présentés par les mensonges départi comme des types de modération, de douceur et de convenance : « Les faits que poursuit le tribunal criminel ne sont pas ordioairement les œuvres de la classe qui a quelque chose et qui tranille; et quand par instinct ^ ou par sympathie, ou par calcul, on est le zélateur de la classe qui n'a rien et ne fait rien, on ne peut, à mm de pousser la vertu jusqu'à l'héroïsme, on ne peut invoquer le {laive de la loi contre des clients ou des alliés {2). » 0 travailleurs qui, ewirbés sous votre dur labeur, usez chaque jour pour les besoins de te une portion de votre force et de votre vie ; paysans qui tirez de la terre la uourriture commune; robustes mineurs qui descendez dans les entrailles du sol pour en extraire les matières indispensables à I ilodustrie ; ouvriers qui façonnez les métaux, travaillez le bois, tissez I le lin, la laine, le coton, et fabriquez les étoffes dont nous sommes ; T^; soldats qui donnez à la patrie les plus belles années de votre I JQDKsse; vous tous enfin dont les sueurs produisent les richesses des BatioDs; vous, dont Robespierre a été l'infatigable soutien, pour qui il s'est dévoué jusqu'à la mort, vous l'entendez, au dire de cet écrivain *o<^, vous êtes la classe < qui n'a rien ! » hélas! c'est vrai trop sou- > vent! f et ne fait rieni » Roucher, on le voit, n'eût pas déparé la rédaction des Actes des Apôtres ; il eût été le digne collaborateur de toyou, ce Père Duchesne du royalisme, et Mallet du Pan n'avait rien à iui envier. De ces injures banales et grossières, parties du camp des royalistes, Robespierre se préoccupait peu ; elles ne l'atteignaient pas, ^ ily répondait seulement par le mépris, car elles ne pouvaient avoir la valeur de calomnies répandues par des citoyens réputés patriotes.

(1) BtwteiMfw de Parié, numéro 143, p. 64.

(2) Journal de Parie, numéro du 24 avril 1792, an supplément* j

Le Journal de Paris d'ailleurs s'était prononcé, lui aussi, en faveur des soldats de Châteauvieux ; et si maintenant ses rédacteurs, obéissantà un ordre des Feuillants, les traitaient d'assassins et de brigands, c'était par une de ces contradictions dont l'esprit de parti donne trop souvent l'exemple. « Le sentiment et l'équité étoient pour eux, » avait-on pu lire dans ses colonnes, quelques semaines auparavant, et, selon ses rédacteurs, « le désir de briser leurs chaînes étoit dans tous les cœurs(l). » De toutes parts des souscriptions avaient été ouvertes à leur intention, et la cour elle-même, on s'en souvient, avait apporté son offrande. Dans la séance du 28 mars, Robespierre proposa à la société des Amis de la Constitution d'appliquer ,à des œuvres de bienfaisance une partie des fonds destinés à la fête projetée en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, de secourir par exemple des victimes du despotisme, des prisonniers pour dettes incarcérés par des aristocrates qui auraient usé de ce prétexte pour persécuter des amis de la liberté. 11 demanda ensuite qu'on fît diparaître de l'Hôtel-de-Ville les bustes de Bailly et de La Fayette, de ce dernier surtout, qui portait sur son front l'empreinte des assassinats commis au Champ-de-Mars et à Nancy. On ne pouvait oublier, en effet, que La Fayette avait réclamé une couronne civique pour honorer le triomphe sanglant de son cousin Bouille; c'est pourquoi, pensaient les patriotes, son image devait être un objet injurieuî aux victimes du massacreur de Nancy. Déjà pareille motion avait été soulevée au sein même delà commune de Paris (2). Plusieurs citoyens s'y étaient montrés contraires ; Robespierre s'en étonna. Une voix ayant désigné Dusaulx comme un des opposants : <( Celui qu'on vient de nommer, » reprit l'orateur, et est le plus excusable de tous par des circonstances particulières. » Le vieux Dusaulx était un ami de Bailly, sa résistance était puisée dans un sentiment trop honorable pourqu^on pût la trouver blâmable. L'habitude de dresser des statues aux hommes vivants semblait à Robespierre dangereuse et funeste. On s'était abstenu d'en élever aux amis de la liberté, pourquoi donc cette exception en faveur des partisans du despotisme? Ce sentiment ne lui était pas personnel; il le croyait, disait- il, au fond du cœur de tous les patriotes. « Oui, oui ! » s'écrièrent un grand nombre de voix. En engageant les officiers municipaux à bannir du lieu de leurs séances les bustes du ci-devant général de la garde nationale et de l'ancien maire de Paris, il avait soin d'établir une distinction bien précise entre ces deux personnages, le premier ayant accablé le peuple des plus san-

(1) Journal de Part*, numéro du 2 janvier 1792.

(2) C'était le nouveau nom donné à l'Hôtel-de- ViUe de Paris par un arrêté du ooip municipal en date du 7 mars 1792.

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