LIVRE VU. LES BUSTES DES VIVANTS ITS
glants outrages, arrêté le cours de la Révolution, conduit la nation française de la liberté à un état dMncertitude fatal, remplissant le royaume de ses émissaires, et cherchant à semer la discorde parmi les patriotes, le second n*ayant péché que par faiblesse. Il conclut donc en insistant pour qu*une partie des sommes recueillies fût employée en œuvres de bienfaisance et de patriotisme, et que les bustes « du coupable La Fayette et du faible maire de Paris j> disparussent de THôtel-de- Ville.
Tallien prit ensuite la parole. Il annonça que la société des Amis de la Cûnstitution de Versailles avait arrêté que, durant le séjour des soldats de Chàteauvieux dans cette ville, le buste de Louis XVI, placé dans la salle de leurs séances, serait couvert d'un voile, et il proposa aux Jacobins de Paris d'imiter cet exemple (1). Mais, fidèle à son système de respect envers la constitution, Robespierre combattit la motion de Tallien, et, après avoir signalé le danger de confondre dans une indignation commune un roi voué dès sa naissance aux habitudes du despotisme avec les traîtres qui lui prêtaient leur appui pour accabler la liberté naissante, il prononça ces paroles remarquables : « Comme ami des lois, j*aime à écarter tout ce qui est étranger à la constitution et 3UX principes qu'elle a consacrés; c'est pour ces motifs que j'oublierai celui que la constitution a placé à la tête du pouvoir exécutif, pour ne voir que les scélérats qui l'entourent. » Il fallait donc laisser de côté Louis XVI et toute sa famille, et s'en prendre des maux survenus et de la prolongation des malheurs de la France aux intrigants dont s'environnait le pouvoir exécutif. On ne soupçonnait pas encore la trahison directe et personnelle du roi. Bornons -nous, disait Robespierre, à ce qui peut intéresser la liberté, et ne donnons à ses ennemis aucun prétexte de nous imputer les crimes dont ils voudraient nous rendre coupables pour avoir un motif de l'anéantir. « Soyons toujours les amis de la constitution, car les amis de la constitution sont les amis de la liberté et de la paix. Nos ennemis ne veulent que le désordre ; quand la paix règne» ils expirent. » Inflexible à l'égard des adversaires, connus ou cachés de la Révolution, il voulait essayer de les vaincre en restant dans les limites de la légalité, sachant à combien de périls les agitations de la place publique exposent la liberté. Aussi se trouvait-il souvent dépassé par des patriotes peu tolérants. A peine avait-il fini de parler, qu'un futur membre de la Convention, l'officier municipal Panis, se leva pour proposer à la société d'exclure de son sein tous les
(1) Le Journal de» débats et de la correspondance, etc., ne dit mot de cette proposition, mais eUe fut faite évidemment, puisque c'est à elle que répond Robespierre, 'lont autrement, les paroles n'auraient aucun sens.
représentants de la commune convaincus d'avoir voté pour le maintien des bustes de La Fayette et de Bailly. Ce fut encore Robespierre qui combattit et fit écarter cette motion comme contraire à la liberté des opinions, et, sous son inspiration, la société se contenta de décider qu'on adresserait une pétition à la municipalité pour Tenlèvement des bustes de tous les hommes encore vivants dont se trouvait décoré rnôlel-de-Ville (1).
Quelque temps après, il requit pour lui-même Tapplication de cette mesure, favorable, selon lui, au maintien des principes de la liberté. Voici à quelle occasion : Un des secrétaires venait de donner lecture d'une lettre par laquelle la société des Amis de la Constitution d'Autun annonçait qu'elle avait formé une confédération avec les autres sociétés patriotiques du département, et placé dans la salle de ses séances le buste de Robespierre à côté des bustes de Pétion et de Mirabeau. Un membre, se levant alors, signala ce fait comme contraire* à Tarrêlé par lequel on avait proscrit les bustes d*hommes vivants. Mais, selon Doppet, la société mère ne pouvait imposer ses arrêtés aux sociétés affiliées comme règle de conduite. Robespierre se chargea de répondre, n'admettant pas une exception en sa faveur a une mesure provoquée par lui-même. Sans rien enjoindre aux sociétés afBliées, on était parfaitement en droit, dit-il, de les engager à se conformer à des principes avoués par tous les bons citoyens. La société fut de son avis, et prit une résolution dans ce sens (2).
La cérémonie organisée pour fêter la délivrance des soldats de Chàteauvieux devait avoir lieu le lundi 9 avril ; le 6, on vint annoncer aui Jacobins que, les préparatifs n'étant point terminés, on serait forcé de la différer de quelques jours. Mais ce retard paraissait inopportun 1 Robespierre. Que les décorations fussent prêtes ou non , il ne fallaii pas, à son avis , remettre cette fête du peuple et de la liberté, nom dont il la baptisa aux applaudissements de la société, et qui lui fut conservé. Sans doute il admirait ces décorations ingénieuses auxquelles travaillaient les plus éminents artistes comme pour rendre hommage
(1) Voyez le Jowmal du débati et de la correfjtondance de la Société det Amii éê U Conêtitutkm^ numéro 168.
(2) Tbid., numéro 179.