‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 81 sur 314 · LIVRE VII. ATTAQCE CONTRE LA FAYETTE HS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. ATTAQCE CONTRE LA FAYETTE HS

à la Dation ; d*autres occasions ne tarderaient pas à se présenter où l'on aurait encore à exposer les crimes de l'aristocratie, et alors David et les autres artistes auraient le plaisir de voir leurs talents contribuer au triomphe de la liberté; mais il lui semblait indispensable de maintenir la fête au jour primitivement fixé , cette féie à laquelle le conseil général de la commune avait décidé de se rendre en corps (1).

Les aristocrates de toutes nuances , les Feuillants , la faction des Laroelb, des Duport et des Barnave, mettaient tout en œuvre pour empêcher cette manifestation patriotique : à un arrêté fraternel, où le maire de Paris invitait ses concitoyens à ne point paraître en armes, le moâéri Dupont de Nemours répondait p^ un pamphlet où la violence était égale au cynisme du mensonge. Atfk manœuvres et aux intrigues de CCS hommes conspirant pour renverser les projets les plus utiles et semer la discorde, Robespierre voulait opposer la célérité. Le plus grand ennemi de la liberté , celui qui s*opposàit le plus en ce moment an triomphe du patriotisme opprimé, il le désignait hautement : c'était, disait-il, « un général réservé depuis longtemps par la cour à de grands desseins. »

Tout le monde , à ces paroles accueillies par de longs applaudissements, nommait La Fayette. On se ferait une idée singulièrement iaosse de ce général si Ton jugeait sa conduite à Tépoque de la Révolotion par celle qu'il a tenue dans les dernières années de sa vie , lorsqu'après avoir essayé de donner à la France un roi populaire , il passa pour un des représentants les plus élevés de l'opinion républi- ^e. Au moment où nous sommes (en avril 1792], La Fayette était sospect, très-justement suspect à tous les vrais patriotes. Depuis le jour ou Louis XYI avait pris la fuite, le général s'était associé à toutes les mesures comprcssives; on n'a point oublié peut-être le rude accueil que Ini avait fait Danton quand, le voyant revenir aux Jacobins qu'avec les IJnielhet tant d'autres La Fayette avait désertés pour les Feuillants, ii W avait montré en perspective l'échafaud destiné aux traîtres. Après les événements du Ghamp-de-Mars, où les dernières lueurs de sa popularité s'étaient effacées dans le sang, le général avait contribué à altéî^ la constitution dans un sens tout à fait opposé à l'esprit et aux principes de la Déclaration des droits. Enfin , on l'avait vu accepter le commandement d'une armée auquel l'avait appelé la cour par une riolation formelle de la constitution; peut-être avait-il pensé devenir Veo^ ainsi maître des destinées de la France. La Fayette, on ne

(1) Extrait du registre des délibérations du conseil général de la commune. Arrêté '•gaé Pétion, maire, et Royer, secrétaire adjoint^ depuis Royer-Collard.

ne HISTOIRE nE ROBESPIERRE

peut le nier, était alors une véritable puissance , et la cour, sinon la reine, plaçait en lui son espoir. Il n'avait plus à sa disposition la garde nationale de Paris, mais il y avait conservé un parti considérable; le directoire du département lui était tout dévoué , et il- se trouvait à la tête d'une armée nombreuse , du dévouement de laquelle il ne paraissait pas douter. L'attaquer à la face du pays , dénoncer ses manœuvres et ses intrigues, dévoiler hautement ses secrets desseins , si bien pressentis, lui demander compte, au nom de la constitution , d'un mandat donné et exercé en violation d'un article de cette constitution même, n'était point une lâche exempte de périls, et, pour oser l'entreprendre, il fallait un homme de la trempe de Robespierre, dont cependant quelques écrivains ont si gratuitement contesté le courage. •

Le bruit de la présence du général à Paris venait précisément de se répandre, et Brissot, dont la feuille avait annoncé peu auparavant la reprise des séances des Feuillants dans l'église Saint-Honoré (1), n'avait pas manqué de témoigner une surprise profonde de cette soudaine arrivée (2). Que, de la part des patriotes ardents, le général devînt le point de mire des plus vives attaques, c'était donc tout naturel. Robespierre le montra excitant à propos de la fête prochaine les défiances, non pas de la garde nationale, laquelle, selon lui, était le peuple armé et ne séparait pas sa cause de celle des victimes du despotisme, mais les défiances de l'état-major de cette garde nationale, où s'étaient réfugiés tous les partisans de la cour ; il le montra conspirant avec les membres du directoire ; égarant par son hypocrisie une foule de bons citoyens dans la capitale et les départements ; semant la division au sein même de la société des Amis de la Constitution, et d'autant plus dangereux, qu'aux yeux d'un certain nombre de personnes peu éclairées il conservait encore une apparence de patriotisme, et, de concert avec tous les ennemis de la Révolution , se mettant en état de profiter d'un moment de crise pour étouffer la liberté ou forcer le peuple à l'acheter par des torrents de sang et d'incalculables calamités. Robespierre entrevoyait déjà le spectre sanglant du 10 août.

Les organisateurs de la fête avaient imaginé de prendre pour devise : Bouille seul est coupable. Certes, disait Robespierre, ils sont innocents tous ceux qui , trompés par les ennemis de la liberté , ont cru agir au nom de la loi, l'exécuter et défendre la liberté; les gardes nationales de Metz, comme celles de Paris , étaient également patriotes et innocentes à ses yeux; on avait seulement abusé de leur bonne foi. Ainsi

(1) Patriote français^ numéro 964.

(2) Ihid., numéro 974.

Page 1