‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 82 sur 314 · LIVRE VII. — LES TYRANS SEULS SONT CODPABLES l'îl · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — LES TYRANS SEULS SONT CODPABLES l'îl

donc, poursuivait^il, la fête prochaine ne pouvait impliquer aucun caractère d'hostilité contre la garde nationale ; mais étai|-U possible de présenter Bouille comme le seul coupable ? Non , car ce général de la coor avait toujours marché un décret à la main , décret rendu sur les rapports mensongers des officiers en garnison à Nancy et du ministre de la guerre La Tour-du-Pin. Or n*étaient-ce point La Fayette et ses amis qui, la veille du jour où avait été rendu ce décret fatal, avaient répandu dans l'Assemblée constituante le fiel et la calomnie, qui lui avaient coupé la parole, à lui Robespierre, qui s'étaient opposés violemment à toute discussion de nature à éclairer l'Assemblée, et, une fois le crime commis et couvert par eux d'un voile impénétrable, avaient demandé des couronnes civiques pour les assassins et ordonné des fêtes dans tout le royaume afin d'éterniser le souvenir de ces affreux massacres? Au lieu de dire : Bouilli seul est coupable^ il fallait donc dire : Lts tj/rans seuls sont coupables. On était sûr de voir tous les bons citoyens se rallier dans un sentiment commun, quand ils auraient été édifiés sur le principal auteur des intrigues à l'aide desquelles on était parvenu jusqu'ici à mettre obstacle à la fête. D'universels applaudissements avaient éclaté quand Robespierre avait montré La Fayette tenant encore dans ses mains, toutes couvertes du sang des victimes du 1 7 juillet, les moyens d'anéantir la liberté. Merlin (de Thionville) prit la parole après lui. U raconta que, peu de temps avant le massacre de Nancy, un aide de camp de La Fayette était venu demander à Thionville deux cents hommes, et que lui-même, officier municipal alors» avait répondu : 8 Les gardes nationales de Thionville périront jusqu'au dernier homme pour repousser l'ennemi, mais elles ne consentiront jamais à marcher pour assassiner leurs concitoyens. :» Il demanda donc, lui, qu'on adoptât pour devise : La Fayette seul est coupable. Ces diverses propositions ayant été mises aux voix et adoptées, Merlin, Santerre, Tallien et quelque autres furent chargés d'aller sur-le-champ faire part des résolutions des Jacobins au comité central des sociétés patriotiques (1).

Ensuite parut à la tribune un homme qui, relié par tous ses antécédents et par sa famille à l'ancien régime, n'en avait pas moins embrassé avec ardeur les opinions démocratiques. C'était le prince de Hesse , frère puîné du landgrave de Hesse-Rothembourg. Attaché depuis longtemps au service de la France au moment où éclata la Révohilion, il se trouvait en 1792 commander la ville de Perpignan; là il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire, et, de concert avec les administrateurs, accusa le ministre Narbonne de laisser sans défense

(l) Jonmal des dvbals et de In correspondance de la Société des ÀmU de la Constitution huint'ni 173.

T. II. la

toute cette partie de la frontière. Il avait adressé sa dénonciation ï Brissot, qui s'était bien gardé de rien révéler. Après s'être plaint amèrement de n*eB avoir vu aucune mention dans le Patriote françoiSy le prince parla assez longuement des départements méridionaux, où, selon lui, existait un projet de contre-révolution depuis Perpignan jusqu'à Arles. « On y veut la liberté », s'écria-t-il, « mais je vous dirai avec M. Robespierre que vous n'avez pas h perdre un instant. » Il termina son discours, plein des sentiments les plus patriotiques, en réclamant la faveur d'aller mourir sur les frontières pour sa pairie adoptive (l).

Le- surlendemain, Robespierre renouvelait sa motion d'appliquer à des œuvres de bienfaisance une partie des fonds destinés à la fête des soldats deChâteauvieux, et proposait en même temps à la société d'associer à cette fête les gardes-françaises, qui, dès l'origine de la Révolution, avaient fait preuve de tant de dévouement à la cause delà liberté, et pour cela avaient été l'objet de persécutions constantes de la part des éternels ennemis de l'égalité ; cette dernière proposition avait été reçue par d'unanimes acclamations.

Le même jour, une lettre , par laquelle le commandant de la garde nationale de Màcon réclamait le désarmement de tous les citoyens, à l'exception des gardes nationaux, ramenait Robespierre à la tribune. Cette demande lui paraissait être d'accord avec un système imaginé depuis longtemps, et consistant à réduire singulièrement le nombre des gardes nationales, à en exclure tous les citoyens peu fortunés, et à désarmer ainsi la portion la plus nombreuse du peuple, afin de la livrer à la merci de celle dont les intérêts se trouvaient plus en rapport avec les intérêts de l'aristocratie. C'était le système de La Fayette ; on devait donc le repousser avec indignation. Au même instant, et comme pour donner plus de poids à ses paroles, on dénonçait une délibération prise par le bataillon des Filles-Saint- Thomas contre la fête des soldats de Château* vieux. Robespierre s'opposa à la lecture de cette délibération , œuvre de quelque aristocrate, car il se refusait à croire qu'il y eût dans Paris un bataillon assez gangrené pour prendre un tel arrêté. 11 lui semblait au-dessous de la dignité de la société de s'occuper de la dénonciation d'un pareil écrit, signé d'un lieutenant nommé Paindavoine ; c'était aux magistrats à faire ce qu'ils jugeraient convenable. Sur sa proposition, la société passa dédaigneusement à l'ordre du jour.

Le lendemain lundi 9 avril, les soldats de Chàteauvieux arrivèrent

(1) Jùumal des débats et dsla correspondance de la Société des Amis de la ConstittUion^ numéro 173. Le prince de Hesse, après avoir servi la Révolution française, à laquelle il demeura loyalement attaché de cœur, mourut pauvre à Francfortf le 19 mars 1821, à Tâge de soixante-dix ans.

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