‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 89 sur 314 · LIVRE VII. •— REPONSE DE ROBESPIERRE 20S · texte numérisé non relu

LIVRE VII. •— REPONSE DE ROBESPIERRE 20S

ni faveurs à attendre de la part du pouvoir executif, mais où la liberté a du moins des garanties et des moyens d*expansion ; et pour tant de sacrifices, de luttes, d*efforts désespérés, tu as recueilli... Tamour du peuple, cette récompense qui sufGt aux grands cœurs. Malheureux ! de cette popularité on te fait un crime, un crime impardonnable; elle gêne une secte d*ambitieux, ceux-là mêmes qui jadis défendaient contre toi une municipalité contre-révolutionnaire. Sans cesse ils voient se dresser devant eux comme un obstacle cette popularité imposante ; partout elle semble leur barrer le passage. Délivre-les donc de ce fantôme importun ; ils sont las de fentendre appeler le Juste, l'Incorruptible. Coupable de ta gloire, de Tamour du peuple, cours expier ce crime dans la retraite; va dans quelque solitude ensevelir l'éclat de ton nom, afin que désormais ils régnent seuls sur la scène de la Révo* htion. Le peuple, qui te doit quelque reconnaissance, pourra bien être mis sous le joug ; la liberté, dont tu as été le plus ferme soutien, périra peut-être, mais n'importe I les envieux n'auront pas Tennui de Toir l'un et l'autre sauvés par toi !

Non content de condamner son adversaire à l'ostracisme, Guadet imagina de diriger contre lui une calomnie tout à fait odieuse. Nous avons déjà parlé de l'éloignement instinctif de Robespierre pour la personne de Marat, au patriotisme duquel il rendait d'ailleurs pleine jostice, mais dont les articles lui paraissaient dangereux à cause de fear exagération et de leur couleur sanglante, dangereux en ce qu'ils tont, selon lui, de nature à porter à de fâcheuses extrémités une partie de la nation et à épouvanter l'autre. Eh bien ! l'orateur girondin foussa l'impudence jusqu'à l'accuser de disposer de la plume de Itrat, et d'avoir fait écrire, dans 1*^4 mi du peuple, que le moment «te venu de donner un dictateur à la France ; puis, par une étrange ^rration de l'esprit humain, après avoir avec tant d'injustice reproché à Robespierre de se vanter, de parler trop souvent de sa personne, il termina par un pompeux éloge de lui-même, en promettant A mourir à son poste et de servir constamment le peuple (1).

Les violents discours de Brissot et de Guadet renfermaient toutes les ittulpaiions accumulées contre Robespierre par les ennemis puissants ntil était entouré ; répondre à ces deux orateurs, c'était réfuter à la ftfe tous ses adversaires. Attaqué de la façon la plus déloyale, avec htoe acrimonie étonnante, et cela gratuitement, sans provocation, pou- !Wt-il garder le silence, et, suivant son habitude, se contenter d'op-

(l) Voyez pour ce discours do Guadet le numéro 184 du Journal de* débats et de la ^^Teepondance de la Société, etc., et la brochure citée plus haut, oii ce discours cle ^let se trouve avec quelques modlBeations à la suite du discours de Brissot.

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poser aux calomnies le plus absolu dédain ? Non ; ear cette fois il avik pour calomniateurs des gens qui jouissaient d'une grande répotatioB de patriotisme. C'était son droit et son devoir de se défendre publique» ment, hautement, et de faire entendre sa justification là où l'accusatioB ft'était si largement donné carrière. Il demanda donc la parole pour h prochaine séance, car Theure était trop avancée pour qu'il pût entrer dans de longs détails; mais il crut devoir à Guadet quelques mots de réponse immédiate. Retournant alors très-habilement quelques-unes des insinuations dirigées contre lui, il convint qu'en effet il existait des orateurs empiriques qui, sous le masque du patriotisme, cachaieH leur désir de parvenir aux places» et, à défaut de vertus, avaient san ; cesse dans la bouche les noms de peuple, de liberté et de philosophiez L'ostracisme ! Mais c'eût été un excès de vanité à lui de se Timposen car c'était la punition des grands hommes, et, disait-il, il n'appartieit qu'à M. Brissot de les classer. Ah ! poursuivait-il, « que la liberté sot. assurée, que le règne de l'égalité soit affermi, que tous les intrigaflti disparaissent, et vous me verrez empressé de fuir cette tribune, et même cette société, si ma retraite devenait utile à la tranquillité blique; alors le plus clier de mes vœux serait rempli. Heureux de félicité de mes concitoyens, je passerais des jours paisibles dans délices d'une douce et sainte intimité. Serait-ce à moi que l'on rep obérait de briguer les places, les honneurs, moi qui ne suis passioi que pour les charmes de la liberté ? »

Ces paroles, heureusement trouvées, excitèrent de bruyants app dissements. Cependant il répugnait à plusieurs membres de la de voir s'engager une discussion où des personnalités seules étaient jeu ; suivant d'autres, au contraire, le choc d'opinions diverses très-utile et servait à édifier le pays sur l'esprit et les vues de cbai Dans tous les cas, après avoir accordé aux discours de Brissot et Guadet une attention de près de trois heures, la société se devait elle-même d'écouter avec une patience au moins égale la justifies de l'accusé. Bazire engagea bien Robespierre à choisir quelques j naux pour arène de la lutte à laquelle il avait été provoqué; mais conseil pouvait paraître ironique, car les feuilles les plus répan appartenaient aux Girondins, la Chronique j le PtUrioU françoi» même les Révolutions de Paris^ passées momentanément dans ii camp. Robespierre, reprenant la parole, promit de se rendre à l'avis Bazire, mais après avoir présenté sa défense en public. Déjà a germé dans son esprit l'idée d'un journal rédigé par lui-même, etd lequel il pût à la fois exposer ses principes et confondre les calooH nies incessantes dont il était l'objet. Quelques jours après paraissait U

LITRE VII. — NOUVELLE €ALOIfNIB DE LA CHRONIQUE DE PARIS 207

Défenseur de ia Cofuiitution^ feuille hebdomadaire, sur laquelle nous aoTons bientôt à nous arrêter.

Sommé par un membre de rAssemblée législative de s'expliquer 9ur les complots auxquels il avait fait allusion, Robespierre s*en^ gagea de nouveau à dévoiler les manœuvres qui constituaient, à ses yeux, on plan de guerre civile ; et là il n'était question, quant à présent, m de Guadet ni de Brissot. Robespierre avait surtout en vue La Fayette, dont les Girondins, comme nous Tavons dit, deviendront iûentôt eux-mêmes les accusateurs passionnés. Ôr, prendre Tinitiati^ve des attaques contre ce personnage appuyé d'un côté sur la cour et lurrarmée, de l'autre sur la garde nationale, n'était pas d'un homme pusillanime; c'était s'exposer à d'implacables inimitiés. Robespierre Teoait précisément de recevoir d'un bataillon de la garde nationale «ne lettre menaçante, dans laquelle on lui enjoignait de poursuivre La Fayette devant les tribunaux, sous peine d'y être traduit lui-même et 'è passer pour un intrigant.

A ces menaces, à ces injures, il ne s'arrêtait guère; il n'en contisaera pas moins sa guerre contre le général dont la marche tortueuse ivalait, à ses yeux, à une trahison envers la Révolution; mais il lui lait indispensable de réfuter immédiatement les calomnies du i de la Gironde, calomnies savantes, propagées chaque jour par des ux répandus dans tous les départements. Impossible de pousser loin que la Chronique de Paris la science de la calomnie, et les aphes de Condorcet nous semblent avoir trop complaisamment sous silence les raffinements auxquels se complut, dans cet art , l'ami de Voltaire et de Diderot ; probablement n'ont-ils guère la peine d'étudier ce côté peu favorable de sa vie. Tantôt Robesest dénoncé comme étant payé par le comité autrichien, tôt comme étant d'accord avec les Lamelh. Dans son numéro du avril 1792» la Chronique annonce que, sous prétexte de vouloir la 5, rien que la liberté, Robespierre veut le pouvoir, rien que le voir; elle l'installe déjà à la mairie de Paris et partage le ministère ses amis, parmi lesquels elle n'oublie pas le comte de Pellenc, dent intime de M. de La Marck, dont elle fait le collaborateur de it f La nomination des personnes désignées, > dit-elle, « n'est point plaisanterie ; on assure qu'il en est sérieusement question au châparce qu'elles sont d'un parti qui a toujours été opposé à la e (l ). »0r, — rapprochement singulier, — quand les Thermidoriens ont perdre Robespierre dans l'esprit du peuple, ils feront exacte-

P) CftroBi^ue de Paris^ du 28 avril 1792. Cette calomme de Condorcet, une do»

ment comme Condorcet : ils le transformeront en agent du parti royaliste ; et ces calomnies de la Chronique de Paris et des autres feuilles girondines, nous allons les voir se reproduire à toute heure, saos trêve ni merci. Robespierre avait donc bien raison de vouloir prendre le peuple pour juge entre ses calomniateurs et lui. « Il ne me reste que cette tribune et le peuple qui m*entend, pour me justifier» » dit*ii (1). La société, en effet, décida qu'il sérail entendu à la prochaine séance; suivons-le donc à cette mémorable séance, ob va se prononcer un des plus beaux discours dont jamais tribune française ait retenti.

Le vendredi 27 avril, au moment où Robespierre allait prendre la parole, on vint annoncer que les électeurs de Paris avaient nommé i sa place, comme accusateur public, Tex-ministre de la justice, Duport du Tertre. C'était là une importante victoire remportée par les Feuillants; cela prouve aussi combien était puissant et formidable encore le parti de la résistance à la Révolution, et avec quelle énergie luttaient toos les partisans de la cour. On vit alors, chose assez étrange, les gensqa avalent montré le plus de dépit de la nomination de Robespierre se dé* chaîner contre lui, et lui imputer à crime l'abandon de ses fonctions, tout en s'applaudissant tout bas du choix de son successeur. Et, ptf ; une de ces contradictions assez familières aux Girondins, Guadet ht reprochait amèrement, d'un côté, d'avoir déserté son parti, et, de; l'autre, l'engageait à s'imposer la loi de l'ostracisme. Mais on espéra' irriter contre lui les patriotes sincères en le rendant responsable^ du vote des électeurs. En effet, à la nouvelle de la nomination de Duport, quelques membres se récrièrent, disant : c C'est à M. Robes* pierre que nous avons cette obligation. » Le choix de quelques fonctionnaires publics, répondit-il aussitôt, n'est pas ce qui doit le pto vous alarmer, mais bien le plan général de conspiration formé contre

plus niaises assurément qu'on ait inventées contre Robespierre, a trouvt^ cependant 4eJ p:ens crédules. Nous avons sons les yeux une brochure d'an avocat noniDé J. Dop^ iParis, 1833, in-8« de 31 pag^s), dans laquelle T auteur s^attacUc à établir queRt'*)»; pierre a été en effet un agent do Coblcntz.

(1) Voyez, pour cette séance du 25 avril, le Journal des débats et de la correspondiff* de. la Société^ etc , numéro 184.

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