‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 90 sur 314 · LIVRE VII. — REFUTATION DES DISCOURS DE BRISSOT ET DE GUADET · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — REFUTATION DES DISCOURS DE BRISSOT ET DE GUADET

la liberté, et que par tous les moyens vous devez vous efforcer de déjouer.

Il se disposait à entreprendre la réfutation des discours de Brissot et de Gaadet, quand La Source, qui présidait, mandé à i*Assemblée législative, dut céder le fauteuil. Un ancien membre de la Constituante, Prieur (de la Marne), se trouvait présent, on lui offrit la présidence, comme pour honorer en lui un des vétérans de la Révolution. Tout réœmment arrivé à Paris, fort peu au courant de la question, tenant sans doute ses renseignements des Girondins, avec lesquels il sympathisait alors et dont il se sépara quand il eut mieux jugé la situation, Prieur fît, au lieu d'accepter le fauteuil, qui kit pris par Danton, une assez violente sortie contre Robespierre, tout en le conjurant de s'associer à lui pour rétablir la paix au milieu des patriotes. Sans s'émouvoir, Robespierre se^contenta de répondre que personne ne pouvait faire qu'il ii*eùt le droit de repousser les inculpations dirigées contre lui du haut de la tribune des Jacobins et que son honneur outragé et les considérations les plus importantes lui commandaient de réduire à néant (1); pois il commença en ces termes : « Je ne viens pas vous occuper ici» quoiqu'on en puisse dire, de l'intérêt de quelques individus ni du mien; cestla cause publique qui est Tunique objet de toute cette contestatioii : gardez- vous de penser que les destinées du peuple soient attachées à quelques hommes, gardez-vous de redouter le choc des opi« nions et les orages des discussions politiques, qui ne sont que les douleurs de l'enfantement de la liberté. Cette pusillanimité, reste honteux de nos anciennes mœurs, serait l'écueil de l'esprit public et la sauvegarde de tous les crimes. Elevons-nous une fois pour toutes à la hauteur des âmes antiques, et songeons que le courage et la vérité paivent seuls achever cette grande Révolution.

« Âu reste, vous ne me verrez pas abuser des avantages que me donne la manière dont j'ai été personnellement attaqué; et, si je parle arec énergie, je n'en contribuerai que plus puissamment à la véritable paix et à la seule union qui convienne aux amis de la patrie. »

Après avoir bien nettement expliqué sa situation et celle de ses adversaires, rappelé qu'il n'avait en rien provoqué la dernière scène dont la société avait été témoin, scène précédée d'une diffamation révoltante répandue contre lui et d'autres patriotes; après avoir rapideznent esquissé les principaux traits du volumineux discours de Brissot; s'être plaint qu'un membre, qu'il n'avait jamais attaqué en aucune

(1) Journal dei débats et dt la corretpondance de la Société des Amis de la Constitution^ tmniéro 1B5.

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manière, eût trouvé moyen d'enchérir sur ce discours; après avoir fait allusion à une poursuite en diffamation exercée par Rœderer contre Collot-d'Herbois, il témoignait son profond étonnement d'être, avant d'avoir nommé personne ni expliqué le véritable objet de ses grieis, si violemment accusé par des adversaires qui usaient contre lui et de leur crédit actuel et de l'avantage qu'ils avaient de parler tous les jours k la France entière dans des feuilles périodiques. « Je suis calomnié à l'envi par les journaux de tous les partis ligués contre moi; je ne m'en plains pas ; je ne cabale point contre mes accusateurs ; j'aime bien que l'on m'accuse; je regarde la liberté des dénonciations dans tous les temps comme la sauve^rde du peuple, comme le droit sacré de tout citoyen; et je prends ici l'engagement formel de ne jamais porter mes plaintes à d'autre tribunal qu'à celui de l'opinion publique; mais il est juste au moins que je rende un hommage à ce tribunal vfaiment souverain, en répondant devant lui à mes adversaires. » Et, en effet, c'était la seule juridiction à laquelle il se fût jamais adressé. Diffamé, calomnié chaque jour, du temps de l'Assemblée constituante, par les libellistes gagés de la cour, l'avait-on entendu s'élever contre les licences de la presse , et, comme les Malouet, réclamer sans cesse des décrets de prise de corps contre les écrivains ? L'absurdité d'une foule d'inculpations comme celles de chef de parti, d'agitateur, d'agent du comité autrichien, ne valait pas la peine qu'on les réfutât, mais le caractère et l'influence de leurs auteurs méritaient, selon lui, une réponse. Quand, par exemple, Brissot ne craignait pas de lui demander ce qu'il avait fait pour se permettre de censurer la conduite des autres, Robespierre pouvait-il garder le silence, bien que son adversaire eût tenté de lui fermer la bouche d'avance en l'accusant de sacrifier la chose publique à son orgueil et de vanter sans cesse ses services? Brissot savait bien que cela n'était pas vrai, il savait bien que Robespierre ne s'était jamais mis en cause que lorsqu'on l'avait forcé de repousser la calomnie; mais c'est chose si commode et si bien de nature à réussir qu'un appel à l'envie !

Provoqué cette fois encore, Robespierre allait parler de lui, mais en des termes où se reconnaît l'honnête homme, le grand citoyen qui dit franchement et sans orgueil ce qu'il a fait. Ne sont-ce point de nobles accents que ceux-ci : « Jamais personne ne m'accusa d'avoii exercé un métier lâche, ou flétri mon nom par des liaisons honteuses et par des procès scandaleux ; mais on m'accusa constamment de défendre avec trop de chaleur la cause des faibles opprimés conlrt les oppresseurs puissants; on m'accusa, avec raison, d'avoir violé le respect dû aux tribunaux tyranniques de l'ancien régime, pour les for-

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