‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 93 sur 314 · LIVRE VII. — TENTATIVE DE PETION POUR APAISER LES ESPRITS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — TENTATIVE DE PETION POUR APAISER LES ESPRITS

XVIIÏ

L'offre pacifique de Robespierre, dédaignée des Girondins, avait été entendue de Pétion : Tâme toute contristée de la division qui régnait au camp des patriotes, le maire de Paris était accouru le surlendemain aux Jacobins en médiateur. Des deux côtés il comptait des amis, mais déjà il inclinait secrètement pour les Girondins, alors en possession du pouvoir, et avec lesquels ses fonctions le liiettaient en relations plus intimes. Qui ne sait comme, fatalement pour ainsi dire, l'exercice de rautorité ébranle les plus fortes convictions? Sa propre demeure, lUtel même de la mairie, s'il faut en croire Camille Desmoulins, avait, durant le dernier séjour de La Fayette à Paris, servi d'asile à des réunions formées des membres les plus opposés de l'Assemblée législative; on y avait vu figurer Brissot et Beugnot, Jaucourt et Ouadet, Ramond et Vergniaud, etc., mais on avait eu soin d'en écarter b patriotes dont la présence et la perspicacité eussent été importes. On était parvenu à lui persuader que La Fayette et Narbonne iXNirraient devenir les soutiens les plus fermes du parti populaire ; et à Camille Desmoulins qui, un jour, à la maison commune, émettait de grands doutes sur la possibilité de rattacher ces deux hommes à la cause de la démocratie, il avait répondu : c Mais oui, je les crois avec nous, sinon par patriotisme, au moins par intérêt (1). » Il était * donc sur la pente où l'on glisse insensiblement, et au bout de laquelle, ^ans s'en douter en quelque sorte, on subit certaines capitulations de conscience.

Cependant il n'en fit pas moins de très-louables efforts pour amener ^ réconciliation entre tous ces patriotes, dont la plupart étaient si ôncères; il eut même des accents qui eussent attendri des esprits OH}ins passionnés et moins injustes que les Girondins. Et comment un apaisement pouvait-il être facile, quand le lendemain même du jour où Robespierre, en terminant son éclatante justification, avait proposé la paix à ses adversaires, Brissot, furieux d'avoir vu la victoire lui happer, avait eu, dans le paroxysme de l'exaspération, l'infamie d'écrire : « Trois opinions partagent le public sur M. Robespierre : ^ uns le croient fou, d'autres attribuent sa conduite à sa vanité

(^) Voyez la IWbiifM des Patriotes, nninéro 1.

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blessée, un troisième parti le croit mis en œuvre par la liste civile... (1). » Peut-être Pétion eût-il pu trouver quelques paroles pour blâmer les provocateurs de cette regrettable polémique; peut-être eût-il dû flétrir au moins d*un mot de si odieuses calomnies; car enfin il n'en avait pas eu connaissance sans frémir; son cœur s'était épanché dans celui de Robespierre; il lui avait avoué toute Thorreur qu'il res^ sentait des trames ourdies pour le perdre (2). Pourquoi donc tant de ménagements? Sans doute il craignait d'éveiller des susceptibilités ombrageuses, intraitables ; mais, en voulant plaire à tout le monde, il n'sh boutit à aucun résultat. N'avait-il pas lu, dans la journée même, un article du journal de Condorcet où on le rangeait parmi les ennemis de Robespierre-, dont on attribuait cependant le succès « aux dignes amis du digne Pétion? )» C'était le cas de donner un démenti formel à la Chronique de Paris qui, s'inspirant des calomnies éditées la veille par le Patriote français^ répandit contre Robespierre un nouveau torrent d'injures : intrigant^ insensé^ fougueux bavard^ Jupiter denuntiatWy Mazaniello, telles étaient les gentillesses que, par la voie de son journal, le philosophe Condorcet adressait à un homme qui s'était permis de i)enser autrement que lui sur la guerre, et qui avait le tort de le dépasser en popularité (3). Et la veille encore, avec quel fiel n'avait-il pas imprimé, renouvelant un ignoble mensonge de Guadet, en y ajoutant, n'avait-il pas imprimé, dis-je, que Robespierre avait été proclamé tribun du peuple par la feuille de Marat {k)t Un peu plus de fermeté de la part de Pétion eût sans doute donné à réfléchir aux Girondins , les eût arrêtés peut-être dans la voie déplorable où ils étaient entrés ; son indécision, sa mollesse leur furent pour ainâ dire un encouragement (5).

Robespierre voulut parler ensuite, se plaindre des nouvelles calomnies insérées contre lui dans les feuilles girondines du jour et de la veille; il réclama en vain la parole. La Source, qui présidait, mit tout en œuvre pour clore une discussion où ses amis, il le sentait bien, fini-

(1) Patriote françois, numéro 992, du samedi 28 avril 1792. M. Miclielet, comme on le pense bien, ne dit mot de tout ceci, sans quoi il lui eût été difficile de travestir aussi étrangement qu'il l'a fait, d'un bontàPautre de son livre, le rôle et lecarac* tère de Robespierre.

(2) Voyez à cet égard les explications fournies par Robespierre lui-même dans 1« séance du 30 avril aux Jacobins {Journal des débals et de la correspondance de hi Société, etc., numéro 187.

(3) Chronique de Paris, du 29 avril 1792.

(4) Chronique de Paris, du 28 avril 1792.

(6| Voyez le discours de Pétion, dans le numéro 186 du Journal des débats et de l(i corresporûiance de la Société, etc.

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