LIVRE VU. — FLETRISSURE IMPRIMEE A BRISSOT ET A GUADET
rau tribunat, » s*écria impétueusement Merlin (de Thionville], déclare que je veux être tribun, car moi aussi j'aime le peuple. » pierre reprenant : c Et moi aussi je pense que le zèle d'un bon >yen doit avoir des bornes; mais si cette société doit arrêter qu'il ^sera défendu de répondre à tous les iibellistes conjurés contre moi, déclare aussi que je la quitte pour me renfermer dans la retraite. » paroles furent accueillies par un murmure général au milieu du~ on entendit ces mots : c Nous vous suivrons (1). » Robespierre exa alors comment la démarche de Pétion, à laquelle, pour sa part, urait été tout disposé à se rendre, avait été empoisonnée par de eaux libelles. Ah! si^ après avoir entendu à cette tribune les plus tes dénonciations contre lui, la majorité de la société des Amis la Constitution, devenue l'instrument d'une cabale, étouffait sa voix, idoDC, disait-il, voudrait se charger de défendre la cause du peuple? ii-ce pas une chose déplorable que ce concert de calomnies souescootre sa personne ? Il donna alors lecture de la feuille de Gorsas. ivé à Tendroit où le journaliste girondin le comparait aux Gracques : ' s'écria-t-il, avec une intuition singulière de sa destinée, «on a de me comparer à eux ; ce qu'il y aura de conmiun entre nous it-étre sera leur fin tragique. » Puis, après avoir lu le passage où lui reprochait d'avoir été proposé pour tribun par le journal de
^] Selon le iouma/ des débats et de la correspondance^ etc. (numéro 187), rédigé dans *os tout girondin, ne Tonblions pas, ces mots auraient été prononcés par quelques ^fenuiMs, dans les tribunes; ce que M. Michelet, chez qui le pittoresque ne ^jsnais les droits, traduit ainsi : Voix glapissantes de femmes (t. III, p. 401). Nous pvlé plusieurs fois déjà de Pinfluence de Robespierre sur les femmes ; mais infineoce, ce n^est pas, comme M. Miclielet se l'imagine, an moyen do quelques àe VÉmiU ott du Contrat social qu^on l'obtient, il faut toucher la corde sencdledacœur, et aux grandes vérités sociales et politiques joindre le beau et le ^le lentiment ; ce fut en quoi excella Robespierre et par où il trouva le chemin ÛKs tendres. Mais M. Michelet a une autre façon de nous expliquer le charme l'olie^em exerçA sur les femmes. Il nous le montre parcourant « de ses yeux its et mobiles » toute retendue de la salle, et les relevant fréquemment vers ifribanesdes femmes. « A cet effet, » ajoute-t-il, « il manœuvrait avec une sérieuse deux paires de lunettes, Tune pour voir de près ou lire, Pautre pour distin* P^as loin, comme pour chercher quelque personne. Chacune se disait : C'est moi. » rrni,p. 403.) Voilà, il faut l'avouer, une manière tout à fait neuve et ingénieuse de pDgwrlecœur des femmes. Ainsi donc soyez dépourvu de tous les avantages phy- R^; n'syez ni cœur, ni esprit, ni talent ; ayez Tair à la tribune « d'un triste bâtard P^<>'<^nau conçu dans un mauvais jour, » mais sachez manœuvrer avec dextérité P^ïpiirwde lunettes, et il ne sera femme qui vous puisse résister. En vérité, nous ^*™>ûdons ce secret de M. Michelet, que lui aura sans doute livré quelque indisfM eonfident de Robespierre. On voit comment un éminent esprit, pour avoir voulu ff^iSQr tonte d^ose en un homme vraiment supérieur, et dont il s'est ingénié à faire ***w»tare d'un bout à l'autre de son livre, en est venu à tomber, disons le mot, wltehaige.
222 HISTOIRE DE ROBESPIEftRB
Marat, il demandait s'il avait jamais professé des principes semblabl è ceux qu*on remarquait dans cette feuille, et s'il pouvait être répo coupable des extravagances d*un écrivain exalté. « Mais, » continuai il, «s'il était faux que Marat eût jamais prononcé mon nom; s'il et faux qu*il eût tenu le langage qu'on lui prête! Eh bien! tous c illustres patriotes savent certainement qu'il n'y a pas un mot de te cela dans le numéro de Marat que l'on cite. » C'est vrai! c*est vn s'écrièrent plusieurs voix au milieu des applaudissements. Ainsi trouvaient confondus les mensonges de Guadet, répétés à Tenvi p les feuilles de Condorcet, de Gorsas, de Brissot et par des brochui vendues chez tous les libraires (1). Un peu plus honnête que les autn Gorsas eut du moins la pudeur d'avouer qu'on l'avait trompé en 1 disant que Marat avait désigné Robespierre pour tribun du peuple f Les autres n'eurent garde de se rétracter, connaissant bien la maxîi de Basile : Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque cha A Paris, où les personnages étaient connus, où il était bien plus ai de prendre l'intrigue et la calomnie corps à corps et de la terrass< tout cela n'avait pas grande importance ; mais il n'en était pas de mêi dans les départements où, par leurs journaux, les Girondins possédait une grande influence sur l'opinion publique; et nous ne tarderons p h voir par quelles manœuvres ils essayeront d'égarer les sociétés pop laires de province sur le compte de Robespierre. Profonde fut l'im gnation des membres de la société des Amis de la Constitution quan la brochure de Brissot et de Guadet à la main, Robespierre dénon l'avant-propos cruel où, après la paix jurée en quelque sorte sousl auspices de Pétion, les deux orateurs girondins enchérissaient enco sur leurs calomnies. Le président voulut parler, c'était encore La Sourc Robespierre, reprenant au milieu du bruit : « Vous m'interrompez, nw sieur le président, avant de savoir ce que je veux dire » . La Soui expliqua qu'il avait interrompu l'orateur parce que celui-ci remontai des faits antérieurs au discours de Pétion. Or, là éclatait manifesterai la partialité du président, puisque la brochure contenant les discours Brissot et de Guadet avait été distribuée à profusion au moment ma où le maire de Paris venait offrir sa médiation. — Est-ce que la pj jurée ne doit lier qu'une des parties, s'écria Merlin (de Thionville), sera-t-il permis à l'autre de semer impunément la calomnie? — I
(1) Citons entre autres ; Àvit fraternel à M, Bobespùrre, membre de la 90ciëté Amis de la Constitation, par M. Loiseaa, membre de la mSme société, c Ce pampl est d^un bon citoyen, d'un véritable ami de la constitution, » ne manque pas d*éei Brissot dans ion joumaL (Pairiate /Vatiçoû, numéro 1013.
(2) Voyez le Courrier des quatre^ingt-trois départemetu^ numéro du 8 mai 1792.