LIVRE VH. TRIOMPHE DE ROBESPIERRE
I iDSsi avait été, la veille, rangé parle Patriote fratiçois au nombre des I Feuillants. Après une longue agitation, La Source mit aux voix la question de savoir si la parole serait conservée à Robespierre; et, à sa iCODiiisioD, rassemblée se prononça dans le sens de Taffirmative, ^réprouvant par ce vote la coupable partialité de son président.
Ce dont Robespierre venait entretenir la société n'était donc point JDtérieor à la paix jurée la veille, et rompue aussitôt par ses adversaires. Au moment où il commençait à parler de récrit où il était si ooeileaient déchiré, et qui allait circuler dans les départements, ferébides signatures d'hommes ayant, disait-il, quelque réputation de ptriotisme, une voix lui cria : « Imprimez. » — «Je n'ai ni la liste civile «lecoavertdes ministres, » répondit-il avec raison. — Dans la brochure i laquelle il faisait allusion, on l'accusait d'avoir un parti, non pas dans ^ société, dont on voulait ménager les susceptibilités, mais dans les trtees, ouvertement dirigées par lui et ses aides de camp, disait-on, «t d'être à la tête d'une faction cherchant à semer le trouble et les èisioDs au sein de la société. On a pu voir combien la proposition iwiversée eût été plus juste. Avec quel empressement les Girondins fi'a?aient-ils pas mis leurs contradicteurs au rang des membres du PHnité autrichien ! Robespierre ne se trompait donc pas quand, montole libelle de Brissot, il disait : « Toutes les fois que celui qui
^l ceci trouvera des improbateurs, le peuple sera un ramas de tegaods, de factieux. » Depuis trois ans, ajoutait-il, je^n'ai pas été fipGsé à des atrocités pareilles. Brissot et Guadet, nous l'avons dit, l^ieot imprimé leurs discours d'une manière toute différente de celle te ils les avaient prononcés» et ils avaient ajouté dans leur écrit des l'uses que sans doute ils n'eussent point osé dire en face, à la tribune te Jacobins; Robespierre, avec non moins de raison, se plaignit de «procédé indigne, déloyal. Il se défendit victorieusement du reproche iuffiériié d'avoir jamais insulté l'Assemblée législative, prenant d'aillé ï témoins tous ses collègues de la société, et laissant à leur
yaulé, àleur probité, à prononcer entre ses calomniateurs et lui. ^ Au milieu des applaudissements redoublés qui accueillirent les der- [■^res paroles de Robespierre, le président La Source, de dépit peut- *^i quitta le fauteuil pour se rendre à l'Assemblée législative, où il y •^it séance, et l'ingénieur Dufourny de Villers prit sa place. Immédia- ^nt ce dernier proposa à la société de déclarer calomnieuses les l's^ons de Brissot et de Guadet; d'unanimes bravos éclatèrent alors, 1^ tous les chapeaux s'agitèrent en signe d'approbation. La société, ^f^t indispensable de démentir les diffamations et les calomnies dodues par Brissot et par Guadet, et commentées par les journaux
girondins, de rendre, en un mot, témoignage à la vérité, aux principes et à la conduite de Robespierre, déclara solennellement qu'elle regardait comme contraire à la vérité la manière dont Brissot et Guadet avaient rendu compte des faits qui s'étaient passés dans son sein, et les inculpations dirigées contre Robespierre comme démenties par la notoriété publique autant que par toute sa conduite. En outre, elle arrêta, également à Tunanimité, que cette déclaration, signée de La Source, président et député a l'Assemblée législative, de Choudieu et de Ducos, également députés, de Perey et de Pépin, secrétaires, serait imprimée à ses frais et envoyée à toutes les sociétés affiliées (1). Ainsi la condamnation des Girondins, la constatation formelle que d'eux, et d'eux seuls, venait l'initiative des calomnies, se trouva signée par deux de leurs amis, La Source et Ducos, et une juste déconsidération en rejaillit sur eux. Battus une seconde fois dans cette nouvelle campagne contre Robespierre, ils ne se découragèrent pas, et leur exaspération s'accrut du triomphe éclatant de leur adversaire (2).
Parmi les .feuilles publiques qui, dans cette querelle, prirent parti contre Robespierre, on vit avec étonnement figurer un journal important, qui jusqu'alors n'avait guère songé à lui reprocher de ne pas rendre justice au peuple et de se donner en spectacle ; nous voulons parler des Révolutions de Paris^ dont si souvent jadis Brissot avait
(1) Voyez \e Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de laConS' titution^ numéro 187. Ce journal se garde bien d^ailleurs de donner la déclaration de la société ; elle parut, à l'époque, dans la Tribune des Patriotes, numéro l, et à la fin du naméro l»*" du Défenseur de la Constitution, p. 64. MM. Bûchez et Roux l'ont reproduite dans V Histoire parlementaire, t. XIV, p. 168.
(2) M. Michelet, qui, ce semble, se croirait perdu si une fois il rendait justice k Robespierre, se trouve fort en peine pour raconter cette victoire si méritée. Ce grand cri de la conscience de toute une société indignée d'injustifiables calomnies, il l'explique par Tintervention de quelques Cordeliers ardents comme Legendre et Merlin, venus, dit-il, pour entraîner la masse des indécis, et par le bruit qui, selon lui* s^ répandit dans Paris, le 30 avHl au soir, d'un désastre de nos armées sur les frontières, et qui aurait irrité les patriotes contre les Girondins {Hist, de la Rérolution, t. III. p. 436). Or ce jour-là, comme le fait très-justement remarquer M. L. Blanc (t. VI, p. 355 , le désastre arrivé aux frontières n'était pas connu encore. Il ne fut divulgué que le lendemain 1" mai à l'Assemblée législative, par le ministre de la guerre, et il n'en avait été nullement question aux Jacobins dans la séance du 30 avril, comm« ^ est facile de s'en rendre compte.