‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 97 sur 314 · UVRE VU. — LES REVOLUTIONS DE PARIS · texte numérisé non relu

UVRE VU. — LES REVOLUTIONS DE PARIS

senti les rudes atteintes. Dans deux numéros consécutifs parurent contre Robespierre des attaques» tempérées, il est vrai, par les restrictioDs les plus élogieuses, mais attaques d*autant plus traîtresses qu'on pouvait supposer le trait parti d*une main impartiale et désintéressée. Quel était donc ce mystère d'évolution de la part d*une feuille habituée depuis trois ans à considérer Robespierre comme Tancre de salut de la Révolution, comme le type incarné du patriotisme et du dérouement à la cause populaire? Comment donc en un plomb vil Tor purs'était-il changé aux yeux de ce journal, dans les pages duquel ce grand nom de Robespierre avait été si souvent cité avec admiration? U est essentiel de donner quelques explications au sujet de cette attitude des Révolutions de Paris, relevée à la charge de Robespierre par des écrivains qui ont ignoré ou n'ont pas voulu en révéler ]fi secret. Dans un premier article, plein de ménagements pour Brissot dont le tort, suivant le journaliste, était de s'être montré trop mystérieux et d'aToir témoigné beaucoup trop d'enthousiasme pour Condorcet, on reprochait à Robespierre l'agitation des esprits, c'est-à-diire qu'on le rendait précisément responsable des torts des Girondins; ces torts, du reste, on se gardait bien de les attribuera son cœur. Le second article, beaucoup plus malveillant , était une paraphrase des critiques haioeuses de Brissot, adoucies toutefois par quelques éloges, car il Ulaiteocore éviter de heurter de front, dans l'intérêt même du jour- Q2i) les sympathies de lecteurs accoutumés à un autre langage, et qui, ibon droit, eussent pu s'étonner d'une conversion si brusque. Aussi âufflérait-on complaisamment tous les services rendus par Robespierre à la Révolution, au peuple, à la liberté ; puis se croyant quitte, -f allais dire envers sa conscience ! — l'auteUr de l'article rééditait à nouveaux frais toutes les articulations calomnieuses de la Chronique ^ Paris et du Patriote françois. On faisait un crime à Robespierre d^aroir parlé des petites provocations de ses ennemis, au lieu de dénoncer la conspiration dont il prétendait tenir le fil. Était-ce bien un rédacteur des Révolutions de Paris ou un collaborateur de Brissot et de Condorcet qui parlait ainsi? Et quelles étaient donc ces petites pro- ^ocatiims? On les connaît déjà; mais le nouvel allié de la Gironde prend sur lui-même de nous en donner un échantillon assez caractéristique : c On avoit été jusqu'à dire que Robespierre s'étoit rendu à une conférence tenue chez madame de Lamballe, en présence de Marie-Antoinette, et que c'étoit à l'issue de ce conciliabule qu'il s'étoit d^ de sa place d'accusateur public, afin de la laisser occuper par l'ancien ministre de la justice. » L'auteur de cet article se récriait ta: répondre à une imputation aussi odieuse lui eût paru une injure

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à Robespierre ; mais le trait n'en était pas moins lancé, et Ton n'ignorait point qu'il se rencontrerait de bonnes âmes pour le ramasser.

En lisant ces insinuations perfides, Camille Desmoulins, qui veDait de rentrer dans Tarène du journalisme en fondant la Tribune des Patriotes, ne put s'empêcher d'exhaler son indignation et de s'écrier douloureusement, dans l'averiissement placé à la suite du premier numéro de son journal : « Ce qui est le comble de la perversité, le seul homme que la calomnie avoit respecté jusqu'ici, celui doDt les monarchiens, les 89 et les Feuillans n'avoient osé contester la probité et le patriotisme, des Jacobins n'ont pas honte de le diffamer; c'est Prudhomme qui insinue dans son journal que l'incorruptible Robes* pierre, l'Aristide de la Révolution, « a des conférences chez la Lamballe « avec Médieis- Antoinette, dit-il, et que c'est à l'issue d'une de ces a conférences qu'il à donné sa démission d'accusateur public, pour c faire passer cette place à l'ex-ministre Duport. 2» Il y. a tant de scélératesse dans cette calomnie, il y a tant de perfidie à la faire circuler par Prudhomme, que ceux qui connoissent Robespierre, en voyant une pareille atrocité, prennent tout le genre humain en horreur et sont tentés de fuir dans les forêts avec Timon le Misanthrope. > On eût même pu croire à quelque basse jalousie de métier de la part de Téditeur des Révolutions de Paris ; car, dans ce même article, on reprochait encore à Robespierre « de passer du tribunal de l'accusateur public au .cabinet d'étude d'un folliculaire è la semaine;» allusion au prospectus du Défenseur de la Constitution, récemment publié. Pareil reproche, et en pareils termes, émanant d'un journaliste, était au moins singulier. Quel respect pour ce droit sacré dévolu à chaque citoyen par la Révolution française d'exprimer librement sa pensée! Et comme l'auteur tenait particulièrement à flatter les Girondins, il terminait, — plagiaire d'un mot de Guadet, — en menaçant Robespierre de l'ostracisme s il dédaignait les conseils d'hommes n'ayant jamais consulté, avant d'écrire, prétendait-il, le chapitre des considérations (t).

Or, au nombre des rédacteurs du journal les Révolutions de Paris^ se trouvait un écrivain du nom de Robert, mari de mademoiselle de Kéralio. Ce Robert, membre du club des Cordeliers, voyant les Girondins au pouvoir, se sentit pris d'une ambition démesurée, et, recommandé par Brissot, il demanda à Dumouriez la place d'ambassadeur ï Constantinople. Dans une Confession publiée vers cette époque par

(l) Voyez les numéros 146 et 147 des Révolutions de Paris, Le premier article est intitulé ; Scandale donné par la société des Jacobins; le second : A Masimilien Robesjiierre.

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FnoçMS Robert, en réponse à ub artide de la Ckrtmiqm de Parti qm l'iTait accosé de devoir une somme de deux cent mdlle livres, il racoDU Im-méme les soUlGitatioiis auxquelles il s'était livré, ses espérances et ses mécomptes. Il faut lire, dans les Mémoires de madame Roland, les curieux portraits de Robert et de sa femme, € aux trousses de Dumouriez et à celles de Brissot (1). > On comprend maintenant qud inlérèl avait ce rédacteur du journal de Prudhomme à écrire des choses agréables an député girondin ; et, comme Camille Desmoulins en fait iogénieusement la remarque, on croit voir le patriote Robert présen* tant ï Brissot le numéro 4 &6 des Révolutions de Paris^ en lui disant : f Tenez, voilà tout ce que j'ai pu dire en consct^nce contre Robespierre. > Mais l'article parut certainement beaucoup trop/ modéré, et c'est pourquoi saus doute le cordelier Robert ne fut pourvu d'aucune sorte de canonicat. L'auteur du second morceau contre Robespierre était, assure Desmoulins, un journaliste nommé Maréchal, intrigant qui avait vendu sa plume à tous les partis, et présentement la mettait au senice des Girondins, dispensateurs des places et des faveurs. Combien il s'était montré plus habile! c C'est celui-là qui attrapera l'amkassade, » disait encore Camille (2). On ne pouvait, en effet, s'empêcber de remarquer que tous ceux qui avaient pris parti contre Robespierre avaient été pourvus des premiers emplois dans le ministère, et, parmi les favoris de la Gironde, on citait Real, Chépy fils, BoisgayoD, Mendouze, Noël, Lanthenas, Polvcrel et Santhonax, qui, lui ^, avait collaboré à la rédaction des Rivoluiions de Paris ; ce dont il n'avait pas manqué de se faire un titre aux yeux des patriotes quand, poor une apostrophe indécente adressée à l'évoque de Paris présidant l6 Jacobins, il avait failli être chassé de la socié^^ (3). Un jeune bomme, membre de la société des Amis de la Constitution, s'étant plaint un jour de ne pouvoir obtenir une place : « Que ne faites^voas un bon discours contre Robespierre? lui dit-on, et avant huit jours vous serez placé ! (&) > Eh bien ! tout le secret des attaques de la presse girondine est là. Et combien n'est-on pas épouvanté de la puissance <feruitrigue, de la sinistre influence de l'intérêt privé, quand on voit ^journal comme les Révolutions de Paris se donner de tels démentis ^brûler ainsi ce qu'il avait adoré (5)! Mais attendons qudques jours,

(1) Jfêmotru de madame Boland (t. II de Tédition Barrière et Berville, p. 173).

(2) Voyez la Tribune dee Pairiotee^ nuxnëro 2L — U s'agit ici, si noua ne nous trorn* P^ àa Sjhrain Maréchal, bien connu depuis.

(3) Vojez à cet égaid le numéro du 9 mai du Cowrrier des qvutn^ wimgt itoie dépar-

(4) Xote de Fréron, dans le numéro 2 de la Tribune de» Patriotee,

(5) M. Michelet, comme on le pente bien, n*a pas manqué de s'araer eontra Robes-

et nous verrons ces mêmes Révolutions de Paris dresser à leur tour, contre Condorcet, Brissot, Vergniaud et Guadet, un terrible acte d*accasation dans un article intitulé : Conjuration contre la libertin et leur reprocher de jouer dans TAssemblée législative le même rôle qu'avaient joué au sein de l'Assemblée constituante les Lameth et les Bamave, qui, disaient-elles, feignirent de mépriser également et Maury, et Cazalès, et Robespierre, et Pétion (1). Que signifie donc cette nouvelle évolution à quinze jours d'intervalle? Est-ce un retour à la conscience! Certaines promesses n'auraient-elles pas été remplies? ou bien la rémunération n'aurait-elle pas paru proportionnée à la complaisance! Ah I qui vous sondera jamais, sombres abtmes du cœur humain!

Comme cela était facile à prévoir, la malencontreuse polémique des Révolutions de Paris contre Robespierre attira k cette feuille une foule de protestations énergiques. Un certain nombre de membres de la société des Jacobins avaient vivement réclamé contre le premier article, ainsi que nous l'apprend le journal lui-même (2); des récriminations naturellement plus violentes se produisirent au second. Du propre aveu de Prudhomme, l'esprit de prévention auquel sa feuille devint dès lors en butte était excusable dans les circonstances actuelles. Combien, en effet, il était justifié, cet esprit de prévention 1

Parmi les plaintes adressées au propriétaire des Révolutions àe PariSy il en est une que nous croyons devoir mettre tout entière sous les yeux de nos lecteurs, d'abord parce qu'elle résume assez bien les griefs des patriotes contre ce journal, ensuite parce qu'elle est d'une femme, et Ton sait déjà de reste quelle influence mystérieuse Robespierre exerçait sur les femmes. Elles le considéraient comme l'homme du destin appelé à guider la Révolution française au travers des écueils qu'elle avait à traverser, et à la conduire victorieuse dans le port. « 0 Robespierre, » lui écrivait, dans les derniers jours de mars, cette

pierre des articles du journal de Prudhomme, mais il s^est bien gardé de nous révélci les sentiments vils auxquels avaient obéi les rédacteurs des Révolutions de Parti en adressant à Robespierre • leur respectueuse mais sévère critique > {Hi9t, de la Aerolitt.; t. III, p. 407).

(1) KévolulioM de Paris, numéro 149, p. 295,

(2) Ibid.^ numéro 147, p. 212.

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