‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 98 sur 314 · LIVRE VU. MADAME DE LACROIX · texte numérisé non relu

LIVRE VU. MADAME DE LACROIX

amie dont nous avons déjà cité quelques lettres, madame de Chalabre, c votre génie doit trouver le remède à nos malheurs. Il n'y a que TOUS pour ainsi dire qui me laissiez quelque lueur d'espérance (1). » Void maintenant ce qu'à la date du 12 mai 1792 écrivait à Prudhomme uoedame de Lacroix, demeurant à Paris, rue Christine, n* 3 : — « J'ai Iq jusqu'à ce jour, monsieur, avec beaucoup d'intérêt, vos numéros ée& Révolutions; je les lisois, non point pour apprendre ce qui se passoit (j'en étois fort instruite), mais pour admirer en vous le véritable langage de là liberté. J'aimois à vous entendre dire des vérités; je me disois; Voilà véritablement un homme. Vous avez détruit le diarme par vos derniers articles sur l'incorruptible Robespierre. Dans I*uii TOUS dites : Nous connoissons peu M. Robespierre, et dans l'autre vous le déchirez en pièces d'une manière bien sanglante. J'ignore nntérét qui a pu vous faire tenir ce langage, puisque vous ne le con- Doissez pas; mais ce que je n'ignore pas, c'est que cela nuit à votre réjxitation et à vos intérêts. Comme je n'en aurai plus à vous lire, laites-moi le plaisir de ne plus m'envoyer vos numéros ; je n'aime pas âme nourrir Tesprit de calomnies atroces. Gardez mon argent, j y gagnerai encore, puisque je n'aurai pas la douleur de vous trouver coupable une troisième fois, à moins qu'ayant été induit en erreur, puisque vous dites ne pas le connottre, vous ne vous rétractiez, ce qui est d'an homme ami de la vérité. »

Le rédacteur des/? A?o/wf tons de Paris ^ en répondant à cette lettre, se défendit assez mal ; mais, de son nouvel article, il est un aveu précieux étirer: les Révolutions de Pam reconnaissaient elles-mêmes que, dans les temps difficiles où l'on vivait, la meilleure tactique des ennemis de la Révolution était de faire harceler Robespierre par tous les partis, d'accoler sur sa tête les calomnies de tous genres et de lui supposer les ^tentions les plus sinistres, les liaisons les plus criminelles, dans l'espénnce de désorienter par là les patriotes, dont il était la boussole (2). Or c'était là précisément ce qu'on avait à reprocher aux Girondins, dont laœauvaisefoi, à l'égard de Robespierre, éclatait à toute occasion. Ainsi, oe sachant comment expliquer son triomphe aux Jacobins dans la séance «Ju 30 avril, le journal de Condorcet n'hésite pas à tromper ses lecteurs P^r un grossier mensonge, et il a l'impudence d'avancer que la majesté s'était d'abord prononcée contre Robespierre (3), quand au confire, comme on l'a vu, l'arrêté déclarant calomnieuses les articubtionsdeBrissotet deGuadet avait été adopté à l'unanimité. Plus juste

W lettre en date du 20 mars 1792. Voyez Papiers inédits, etc., t. I, p. 176. P) BécoItt/iofM de Paris, numéro 149, p. 309, 311. (3) Chronique de Paris, numéro du 2 mai 1792.

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se montra Gorsas : « Nous estiDOkons, nous aimons M. Robespierre, » écrivit-il ; « c'est parce qu'il aime sa patrie et la liberté que nous sommes jaloux de soa estime (1). » C'était là réparer noblement une criante injustice. Que de désastres eussent été évités, si les hommes de la Gironde avaient montré cet esprit de conciliation ! Mais vous apaisereE plus facilement les flots de la mer en courroux que les bouillonnements de la vanité blessée. Ambition inassouvie, amour-propre froissé, jalousie poussée au suprême degré, tout concourut à jeter les Girondins hors des limites au delà desquelles toute réconciliation devenait impossible.

De tous les témoignages de sympathie adressés à Robespierre dans la rude guerre qu'il eut à soutenir contre la Gironde, la leUre de madame de Lacroix fut, sans aucun doute, un de ceux auxquels il attacha le plus de prix, parce qu'une telle lettre partait d'un cœur tout à fait désintéressé et candide, et il y fut certainement plus sensible qu'à Tappui qu'il rencontra, par exemple, en cette circonstance dans le Pèrt Duchesne^ qui reprocha, non sans raison, aux Girondins de se conduire envers Robespierre comme jadis les Lameth et les Barnave (2). Il ne tenait guère aux éloges de cette feuille, parce que, selon lui, elle déconsidérait la Révolution par son langage grossier. Elle remplissait, en effet, dans le parti populaire, le rôle des AcU$ du Apôtres dans le parti royaliste; ses mdlleurs articles, car il y en eut quelques-uns d'excellents, étaient gâtés par de déplorables exagérations de forme. Aux yeux de Robespierre, comme à ceux de tous les vrais démocrates, le rôle de la Révolution était de grandir le peuple et non de l'abaisser; le niveau doit s'établir sur les sommets, non dans les bas-fonds. C'est pourquoi il n'aimait point les tendances désorganisatrices de la feuille d'Hébert, et le véritable peuple se sentait bien pluç en communion de sentiment avec celui qui sans cesse lui prêchait le respect de lui-même, lui faisait entendre un ferme et digne langage, et cherchait à l'élever à la hauteur de ses destinées immortelles, qu'avec l'écrivain trivial qui lui parlait la langue des halles» comme s'il n'était pas capable de comprendre les nobles pensées noblement exprimées.

Autour de Robespierre se rangèrent quelques écrivains patriotes mais en assez petit nombre ; car si le peuple même, si la nation penchait de son côté, la majeure partie des gens de lettres inclinait yen la cour et vers la Gironde, où ils trouvaient plus de i»*oGt. Les Giron-

(1) Courrier de» qwitrt^ingt'troiM déparUmena, au 3 mai 1792.

(2) Voyez le Père Duchêsne^ numéro 131.

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