‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 99 sur 314 · LA TRIBUNE DES PATRIOTES · texte numérisé non relu

LA TRIBUNE DES PATRIOTES

dins entretenaient aux frais du ministre de l'intérieur, comme le leur reproche un de leurs amis, le Genevois Dumont (1), une foule d*écrivaiileurs, sous prétexte d'éclairer la nation et de former Topinion publique, mais en réalité pour servir leurs rancunes et leurs passions* Cependant aux écrits calomnieux répandus contre Robespierre, et circulant rapidement dans toutes les parties du pays, grâce à Tintermédiaire du ministre Roland, répondirent des brochures nerveuses, serrées, d'une logique implacable, et qui, sous les accusations vagues, irréfléchies, mensongères des hommes de la Gironde, montraient à nu reovie, l'intérêt, Tégoïsme, Tambition étroite, c'est-à-dire les plu3 mesquines passions en jeu [2}. Un journaliste, supérieur à tous les journalistes girondins, se mêla de la partie et vint servir de contrepoids : Camille Desmoulins reprit sa plume fme et acérée pour défendre son ami, n'ayant pu de sang-froid rester simple spectateur d'une lutte où une coalition d'ambitieux faisait rage contre le patriotisme le plus ardent et la vertu la plus pure. « 0 mon cher Robespierre, » s'écriait-il, a il y a trois ans que je te donne ce nom 1 Qu'on relise mes écrits dans le moment de ma plus haute admiration pour les Mirabeau, te La Fayette, les Lameth et tant d'autres, je t'ai toujours mis à part; j'ai toujours placé ta probité, ton caractère et ta belle Ame avant tout, etf ai vu que le public, tout en riant de mes écrits, a jusqu'ici confirmé ines jugements, six mois ou un an après que je les ai colportés. » Grâce à de généreux amis venus au secours de son impuissance, Camille avait pu fonder, de concert avec Fréron, son nouveau journal, h Tribune des Patriotes. « Nous ne t'abandonnerons point sur la Mche, au milieu d'une nuée d'ennemis, » continuait-il. «Les efforts de toasœs faux patriotes acharnés aujourd'hui contre toi seul, nous les <iiTiserons, en attirant sur nous leur haine et en combattant à tes côtés, <M)opour toi, mais pour la cause du peuple, de l'égalité, de la constitution qu'on attaque en toi (3). » Et combien avait raison Camille Dessins! Quand le colosse sera abattu, la Révolution rétrogradera, et, l^bien longtemps, le peuple, le vrai peuple, la nation enfin dispant(n de la scène politique.

y SMrenlrtmr Mirabeau^ par Etienne Damont, p. 396.

(2) Voyez entre autres Y Intrigue dévoiléf, ou Bobespierre vengé de» intrigans tt du y^f^mùs det amhilieui^ par Delacroix^ membre delà société des Jacobins. Paris, 1792, ®*i tTec cette épigraphe : « Victrir causa dits placvit, eed ricta Catoni, »

P) IWtene dee Patriotes, ÀTertissement à la suite du numéro 1«% p. vij.

Parmi les patriotes que les Girondins poursuivirent avec un étrange acharnement, nous ne saurions omettre Marat; envers lui aussi ils dépassèrent la juste mesure. Qu'ils aient éprouvé pour cet écrivain solitaire et farouche une instinctive répulsion, nous le comprenons; et en cela ils se trouvèrent d'accord avec Robespierre. Marat fut le soupçon vivant de la Révolution ; il rendit à la cause de la déoQOcratie d'incontestables services; mais combien il lui eût été plus utile si de ses pages énergiques il eût effacé toutes les hyperboles sanglantes! L'erreur des Girondins fut de ne voir que ce côté-là de ses écrits et de ne pas lui tenir compte de tant de morceaux où sont glorifiées la Ré* volution, la liberté, l'égalité, la fraternité. Ils étaient, nous l'avons prouvé déjà, d'une intolérance inouïe à l'égard de tout ce qui blessait leurs sympathies et leurs intérêts; comme beaucoup de nos libéraux modernes, ils comprenaient surtout la liberté... pour eux, et certainement ils auraient pu dire comme ce personnage de la tragédie de Sertorius ;

La liberté n'est rien quand tout le monde est libre.

Si les Thermidoriens, dont Marat fut le dieu, eurent le tort de lui décerner les honneurs du Panthéon, les Girondins eurent le tort plus grand encore de vouloir le livrer à l'échafaud, et de donner ainsi le fatal exemple de toucher à l'inviolabilité de la représentation nationale, de porter la main sur les mandataires du peuple. Robespierre sut se tenir entre ces deux extrêmes à l'égard de l'Ami du peuple; et s'il estimait en lui le patriote sincère, il ne pouvait s'empêcher de blâmer énergiquement ses excentricités de langage et ses itof fréquents appels à la violence populaire. Ce fut donc, de la part des Girondins, non-seulement un mensonge odieux, mais une maladresse insigne de prétendre que Robespierre disposait de la plume de Marat C'était bien mal connaître l'âpre journaliste que de le supposer capable d'obéir à une inspiration autre que la sienne. Mis ainsi en demeure, Marat entra dans la lice à son tour pour combattre les assertions de Guadet, répétées et commentées par tous les journaux girondins. U consacra tout un numéro de sa feuille à raconter les dissensions auxquelles avait été en proie la société des Jacobins, et qui étaient le sujst

Page 1