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LIVRE III. — CORRESPONDANCE AVEC LE CONTROLEUR GENERAL

triompha, et TAsseaiblée, se déjugeant, admit le principe de la rétroactivité, malgré la vive opposition d*un membre du comité féodal nommé Redon, qu'effrayait le trouble qu'un tel décret alerterait dans les familles (1).

Singulier scrupule! on témoignait un bien tendre intérêt à ces propriétaires de biens volés, acquis par d'indignes manoeuvres, on craignait d'inquiéter leurs héritiers dans leur paisible possession i Mais ces communes injustement dépouillées n'avaienlr-elles droit à aucun égard! Et ces propriétés, à bon droit revendiquées par Robespierre, n*étaieot-elles pas celles de tous , c'est-à-dire de ceux qui n'en ont pas? 0 tristes contradictions de la pitié humaine qui presque toujours penche du côté des puissants !

Vers celle époque eut lieu entre M. Lambert, contrôleur général des ftnapces sous Necker, et le député d'Arras un échange de correspondance remarquable à plus d'un titre et sur laquelle il importe de nous anéler un moment.

Robespierre avait, avec raison, amèrement critiqué à la tribune de l'AasemUée nationale notre ancien système d'impôts, réclamé sa compile transformation, et plus d'une fois sa parole éloquente avait juste- BMDt flétri la rapacité, les formes âpres, violentes des employés de la gd)eUe et des aides. 11 n'en fallait pas davantage pour que les ennemis de la Révolution l'accusassent d'avoir excité les contribuables à refuie payement de l'impôt. On alla même trouver M. Lambert; on lui

il q^ Robespierre avait écrit à un chanoine de Paris nommé Moreau, irfcre d'un brasseur de la paroisse de Long, contre lequel, dans le courant de février, avait été dressé un procès-verbal pour refus d'exercice, one lettre pleine de déclamations contre les droits de la régie et ses employés, et que cette lettre, colportée par le chanoine, avait porté à rextrème l'effervescence de la population.

Aussitôt, et sans plus de renseignements, le contrôleur général prit la jdume et écrivit à Robespierre. « informez, » lui disait-il, c les habitants de Long et des paroisses voisines que vous êtes loin d'approuver les entnnres apportées à la perception des impôts ; recommandez-leur l'exacti-

(1) MimOmt du 6 xntf i 1790.

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tude dans le payement de leurs contributions, et l'emploi de voies convenables et décentes s'ils ont à se plaindre de quelques vexations. » M. Lambert terminait sa lettre en le priant de vouloir bien lui communiquer la circulaire qu*il ne manquerait sans doute pas d'adresser.

Grand fut Tétonnement de Robespierre. Il crut d'abord à une mystification. Cependant il se décida à répondre au contrôleur général, à qui il commença par reprocher d'avoir ajouté foi trop légèrement à une calomnie insigne, à un fait absolument faux. « Je vous prie de croire, » poursuivait-il, « que les représentants du peuple n'écrivent point de lettres incendiaires et pleines de déclamations. Je ne sais si les coupables manœuvres des ennemis de la Révolution, qui se développent tous les jours autour de nous, renferment aussi le moyen extrême de fabriquer des lettres pour les imputer aux membres de l'Assemblée nationale qui ont signalé leur zèle pour la cause populaire, mais je défie qui que ce soit de produire celle dont vous me parlez d'une manière si vague. »

Du reste, M. Lambert avait eu soin de le prévenir qu'on ne lui avait pas envoyé copie de la prétendue lettre adressée au frère du brasseur de la paroisse de Long; seulement il pensait que, soit malignement, soit inconsidérément, on en avait altéré le sens; c'est pourquoi il s'était permis de l'engager à écrire dans un sens tout contraire. Me rendre à vos désirs, répondait Robespierre, ne serait-ce pas fournir aux ennemis de la Révolution une occasion de plus de décrier mon dévouement à la cause patriotique? La lettre que j'écrirais ne serait-elle pas regardée comme une sorte de rétractation de celle qu'on m'accuse d'avoir écrite! C'était en vérité trop compter sur la candeur et la baob» — mie des représentants du peuple. Il voulait bien d'ailleurs ne pas pecter la pureté des intentions du contrôleur général. Mais au momc où les amis du despotisme et de l'aristocratie, après s'être vainemi opposés à la constitution, cherchaient à la miner sourdement; lors(p^S se couvrant d'un masque de civisme, s'efforçant de dénaturer b meilleurs sentiments, ils traitaient la modération de lâcheté, le triotisme d'effervescence dangereuse, et la liberté de licence; loi qu'enfin les agents du pouvoir exécutif ne craignaient pas de prodigua aux représentants du peuple des inculpations téméraires, de poursuivre de libelles sacrilèges, il ne pouvait se défendre de rappnp^ cher ce fait particulier du système général de conspirations tramé^^ contre la patrie et contre la liberté. « Je finis. Monsieur, en vous répé^ tant que je ne me suis pas montré assez zélé partisan de Taristocrati^ pour qu'on puisse me soupçonner, sans absurdité, de vouloir seconder ses vues en troublant la perception légitime des impôts; que, quoique

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