LIVRE m. CORRESPONDANCE AVEC LE CONTROLEUR GENERAL
lissent dire les ennemis des défenseurs du peuple, c'est nous qui reimmandons, non sans succès, Tordre et la tranquillité; c'est nous qui mons sincèrement la paix, non pas à la vérité la paix des esclaves, si rupuleusement exigée par les despotes, qui consiste k souffrir en ience la servitude et l'oppression, mais la paix d'une nation magname, qui fonde la liberté en veillant avec une défiance nécessaire sur us les mouvements des ennemis déclarés ou secrets qui la meicent. »
Enfin, comme il avait l'habitude de prendre toujours Topinion pour ge de ses actions, il terminait en avertissant le contrôleur général l'il avait résolu de rendre sa réponse publique (1). Robespierre n'eut, )ur ainsi dire, pas de vie privée ; on peut dire de lui qu'il vécut dans le maison de verre.
Une autre fois encore, quelques semaines plus tard, il eut l'occasion î correspondre avec M. Lambert. Ce fut à l'occasion des droits sur la lère (2). Il ne nous a pas été possible de nous procurer cette seconde ttre. La bière, on le sait, était la boisson habituelle de la province Artois. Les impôts indirects, notamment ceux sur les boissons, aient insupportables aux populations, tant en raison de leur chiffre corbitant qu'à cause des vexations auxquelles ils donnaient lieu. C'était len pourquoi, malgré les décrets de TAssemblée, leur perception renconait de toutes parts des résistances formidables. Maintes fois la tribune îtentit des doléances de M. Lambert à ce sujet. Il faut croire qu'ayant de Duveau accusé le député d'Arras de complicité morale dans ces résistùcesy accusation très-injuste, il reçut de lui une nouvelle réponse ans le genre de celle dont nous avons donné Tanalyse. Là se bornèrent ss relations de Robespierre avec ce contrôleur général, qui, au mois B décembre suivant, fut remplacé par M. de Lessart et finit par avoir ne destinée tragique. Dénoncé en 1792 par Rœderer, traduit deux ans lus tard devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort, il prééda de quelques jours seulement sur Téchafaud son illustre contraiicteur.
0) Béponse de M, de Robespierre, membre de l'Assemblée nationale, à une lettre de Mm Lambert^ contrôleur général des finances, Paris, Pottier de Lille, 1790, in-8» de
P) Correspondarwe entre le contrôleur général des finances {Lambert) et M, de Robesr^f^^ à l'occasion des droits sur la bière (22 avril 1790), in-4* de 8 pages.
;|10 HISTOIRK DE KODESPiERRE
Pendant toute la durée du mois de mars, TAssemblée constituante s'occupa principalement d*affaires de finance et d'organisation judiciaire. Cependant le cours de ses travaux fut, à diverses reprises, interrompu par des questions incidentes présentant, la plupart, un intérêt de premier ordre. Ces questions, souvent brûlantes, ne manquaient presque jamais de ramener Robespierre à la tribune. Il ne réussit pas toujours à faire triompher son opinion; mais le droit, la justice et la raison étaient-ils de son côté? c'est ce qu'il convient d'examiner avec un peu plus de développement que cela n'est possible dans une histoire générale.
Les séances du soir avaient été particulièrement consacrées à Texamen de ces sortes de questions. Le 13 mars, Castellane vint soumettre à l'Assemblée un projet de décret par lequel, six semaines après sa publication, tous les individus incarcérés en vertu de lettres de cachet sans avoir été légalement condamnés devaient être rendus à la liberté. Quelques personnes, sur la foi d'écrivains intéressés à nier la nécessité de la Révolution, s'imaginent qu'en 1789 ces sortes de lettres n'étaien plus en usage. C'est une erreur. L'Assemblée en avait, dès le moi d'août, ordonné la suppression, mais il y avait des gens très-disposés les conserver. L'abbé Maury, entre autres, s'inquiétait peu qu'il y eu des innocents dans les prisons de l'État. < Quand bien même leur dé tention actuelle serait injuste, > disait-il, « c'est un sacrifice qu'ils doi vent faire à la société (1 ).» Paroles impies s'il en fut jamais, et peu dig du caractère sacré dont était revêtu leur auteur.
Plus chrétienne était la morale de Robespierre. Il n'avait pas a tendu la Révolution pour flétrir publiquement les lettres de cachet, se rappelle sans doute avec quelle éloquence indignée il s'était élevé dans sa plaidoirie pour le sieur Dupond, contre cet odieux abus d despotisme. A l'inique et décevante doctrine de l'abbé Maury il était bo: qu'une voix répondît, qui affirmât le dogme de la charité et la justi supérieure à tout. L'Assemblée, comme Robespierre avaiteu soin de faire remarquer en commençant, n'avait à statuer que sur le sort de dé tenus qui n'étaient accusés d'aucun crime. Aussi témoigna-t-il son éton
(1) Moniteur du 15 mars 1790.