‹ Histoire de RobespierreChapitre 120 sur 283 · LIVRE III. IL EST ELU PRESIDENT DES JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE III. IL EST ELU PRESIDENT DES JACOBINS

îtait pas jusqu'aux Actes des Apôtres qui ne fournissent euxîs leur contingent de louanges, et ils pouvaient, en parlant de feuille, prêter cette phrase à leur Suzanne Forber écrivant à lierre : « Par parenthèse ce dernier journal est pourtant forcé re ton éloge, tout en plaisantant (1). » acharnement déployé contre lui par les journalistes du droit a d'ailleurs son utilité historique. Il démontre admirablement ntance énorme dont il jouissait dès cette époque et quelle place copait dans Topinion, même à côté de Mirabeau, qu'il écrasait e sa popularité. Les journalistes gagés de l'ancien régime ne se itpas autant attaqués à lui s'ils n'avaient pas eu la conscience de eur et senti que cet homme était une des forces vives de la Ré-

bns l'Assemblée nationale Robespierre avait pour ennemis dé- * tous les députés du côté droit, il comptait en revanche au re de ses sincères admirateurs la plupart des membres de la é des Amis de la Constitution^ où son influence égale, au mois urs 1790, si elle ne leur est pas supérieure, celle de Barnave, de t^et des Lameth. Il y est au premier rang, ce que ne manquent î signaler les auteurs des Actes des Apôtres^ et l'aveu de pareils saires est trop précieux pour n'être pas relevé (2). nense allait être la puissance d'opinion que cette société des ins était appelée à exercer sur le pays. Comme dans toutes les es réunions d'hommes, il y avait là des gens sensés et des éneraes, des sages et des fous, des patriotes d'un désintéressement 16 et des singes de patriotisme (en bien petit nombre) qui chérit dans la Révolution un moyen de fortune; mais l'exception ;>as la règle, mais, on ne saurait le nier sans injustice, cette é fut le foyer ardent qui échauffa la France entière du feu de son

\eU9 des Apôtres, numéro 100, p. 9.

ctes des Apôtres, numéro 41. «Je vais donc essayer.... de jeter enfin dans vos uelques étincelles de ce vaste et brûlant foyer de patriotisme que les Péthion, «spierre et les Mirabeau entretiennent de leurs mains immaculées dans les i dortoirs des Jacobins.... »

patriotisme, et elle devint une des plus puissantes machines de guerre que la République française ait eu à opposer à l'Europe coalisée contre elle. Pendant un moment elle fut comme le génie inspirateur de nos victoires et de notre grandeur, et quand vinrent les revers, elle n'existait plus pour seulever de son souffle brûlant les populations électrisées et les jeter en masse contre l'ennemi.

Si à l'heure où nous sommes, en mars 1790, il n'y avait pas encore dans la société des Jacobins cette exubérance de force, cette exaltation que nous lui verrons plus tard, c'est que la situation ne le commandait pas alors. La nature des choses suffira à l'amener à un état violent, sans qu'elle se transforme beaucoup quant à la composition de ses membres. Elle fera bien quelques recrues dans les rangs populaires, mais l'élément principal restera essentiellement bourgeois. Ce seront en partie les mêmes hommes, les circonstances seules auront changé et la pousseront en avant. Ceux qu'effrayent déjà les paroles hardiesqui sortent de la bouche de Robespierre, les tendances républicaines qu'il émet, non dans les mots, mais ce qui vaut mieux, dans les idées, n'attendront pas le choc des événements pour déserter ; dès le mois d'avril la scission s'opère. Toute la fraction aristocratique quitta à grand bruit la vieille

salle des Jacobins pour aller s'installer au Palais-Royal dans un somp

tueux appartement, espérant y établir une société rivale en impor — • tance. Réduits à eux-mêmes, les schismatiques eurent bientôt 1— «-a preuve de leur faiblesse et de leur nullité. Ils comptaient cependar""^^!* au milieu d'eux des illustrations de plus d'un genre, mais la vie sema^Bblait s'en être retirée, eties discours de leurs orateurs se perdaieiz=3ït sans écho dans la foule. La puissance était restée aux Jacobins. Aus^ si Mirabeau, tout en se faisant affilier au club de 89 (1), demeura-t-îl al taché jusqu'à la mort à la grande société où palpitait l'âme émue de patrie.

.Robespierre en était alors le président. Peut-être même cette baumarque d'estime que lui donnèrent ses collègues du club, en Y; lant au fauteuil, précipita-t-elle la scission. Il sembla cruel sans dota. ^ à Malouet et à ses amis d'avoir pour président l'orateur populaire qu'S> Is combattaient à outrance dans l'Assemblée nationale et dont les paroL^cs ardentes les faisaient involontairement frissonner. Quoi qu'il en soit, «^^ fut pour Robespierre un nouveau surcroît de besogne. « Pour moi -^» écrit-il à son ami Brussart, « je n'ai que le tems de vous- renouve^A^ lé témoignage de mon inviolable attachement. Je n'ai pas celui de vcv^u^

(l) Ou dos 89, suivant quelques personnes; nom qui serait venu du chiffre ^

dissidents.

LIVHE III. LETTRK A BL'ISSAUT 221

entretenir des événemens importans qui se passent tous les jours sous nos yeux. Au milieu des efforts que tous les ennemis du peuple et de la liberté ne cessent de faire contre elle, il me restera toujours la consolation d*avoir défendu Tun et l'autre avec tout le zèle dont j'étois capable. Je trouve un dédommagement suffisant de la haine aristocratique qui s*est attachée à moi dans les témoignages de bienveillance dont m'honorent tous les bons ciloiens. Je viens d*en recevoir un récent de la part de la société des Amis de la Constitution^ composée de tous les députés patriotes de l'Assemblée nationale et des plus illustres citoïens de la capitale ; ils viennent de me nommer président de cette société à laquelle s'affilient les sociétés patriotiques des provinces pour former une sainte ligue contre les ennemis de la liberté et de la patrie. Mais ces fonctions, qui sont pénibles, augmentent encore la foule de mes occupations, qui ne me paroissent jamais plus pressantes que lorsqu'elles me forcent à cesser de m'entretenir avec vous (1)... > Il est facile de se rendre compte des occupations dont il était surchargé, et quand ses amis (car il en eut beaucoup, et de très-dévoués) se plaindront de son silence, c'est qu'ils ne songeront pas à l'immensité de ses travaux, aux longs discours qu'il fallait préparer, à sa besogne journalière à l'Assemblée nationale, aux Jacobins, et plus tard à la Convention et au comité de Salut public. Le législateur ayait presque entièrement absorbé l'homme privé. Nous aurons cependant à le peindre toujours calme, enjoué et serein au sein de la nouvelle famille que lui préparaient les événements.

En attendant, vivant à peu près seul alors dans son modeste logis de la rue de Saintonge, il consacrait tout son temps aux affaires publiques. Un illustre écrivain de nos jours, sous l'empire d'une idée fixe, a imaginé que Robespierre s'était attaché à avoir les Jacobins et les prêtres (2). En vérité on serait tenté de croire qu'il n'a jamais lu ses discours. Personne ne combattit avec plus d'éloquence et de logique le fanatisme religieux, mais il ne pensa point pour cela qu'il lui était permis de se dispenser d'être juste. En prêtant aux ecclésiastiques malheureux ou persécutés le secours de sa parole, il répondait d'avance à ceux qui systématiquement persistent à l'accuser d'intolérance. La liberté de penser consiste à admettre toutes les croyances et tous les cultes.

(1) Lettre en date du 1" avril 1790, signée de Robespierre.

(2) Michelet, Histoire de la Révolution, t. II, p. 325. M. Michelet est obsédé par nnq idée qui Uavengle, la haine du prôtre ; et comme Robespierre, avec un courage et une ^<énéro8ité qui devraient être un de ses titres d^honneur aux yeux de tous les partis, «"«^leva, à plusieurs reprises, contre les persécutions maladroites auxquelles Iç clergé se trouva en butte pendant la Révolution, le voilà sacré prêtre par Téminent auteur <iu précis d'histoire moderne.

« Celui qui veut empêcher de dire la messe est plus fanatique que celui qui la dit! » s'est écrié un jour, à la Convention, nous l'avons ditdéji, Robespierre indigné. Et combien il avait raison ! Le secret de sa force et de son ascendant n'est point dan^ une coterie, il est dans sa conscience, devenue en quelque sorte celle du pays. Refuser, comme l'a fait M. Michelet, l'audace politique à l'homme qui a érigé en principe la souveraineté du peuple, qui le premier a réclamé le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort, à l'homme enfin dont les motions, toutes républicaines au fond, éclataient comme des bombes à la tribune de l'Assemblée nationale, c'est nier, de parti pris, la lumière du jour (1). Non il n*avait pas l'audace des coups d'État, il le prouva trop bien au 9 Thermidor, c'était avant tout l'homme du droit et de la loi ; mais, dès qu'il se sentait dans la légalité, son audace pour le bien ne connaissait pas de bornes, et il lui dut certainement l'immense autorité morale dont il a joui jusqu'à sa chute.

xm

Au moment où la société des Amis de la Constitution appek Robespierre à l'honneur de la présider, se disci^tait dans l'Assembh constituante une des plus importantes questions résolues par la Révi lution française, à savoir, l'organisation judiciaire.

Le 2li mars, Thouret avait présenté un plan complet, dans lequel il s'était, en grande partie, inspiré des idées émises par Bergasse dans projet dont l'Assemblée avait entendu la lecture au mois d'août préc^ dent. C'était la destruction totale de Tancien système, condamné d. longtemps par tous les bons esprits, et dont le remplacement ét^^'t universellement souhaité. La nécessité de la régénération absolue incontestable, disait le rapporteur, après avoir peint l'insuffisance l'ancienne justice et les souillures qui la désiionoraient. Une justL^^

(l) ^lichelet, t. II, p. 334. V Histoire de la Bèvolution par M. Michelet, si éloquec»'** parfois, si pleine do cœur, si féconde eu aperçus ingénieux et profonds, est sonT^^^ aussi d^un vague fatigant pour le lecteur. Klle a surtout le tort de fonmailler ^^^ contradictions. Les Jacobins, où Taction collective domine Faction indiTidneUe tp. '^ t. Il), sont à la page suivante dominés par Duport, Bamave, Lameth et pB- '^'^ loin (p. 459) par Robespierre. Ils se trouvent (p. 297) les adTersairea ardents 9^ ^ prôtres, et celui que M. Michelet considère comme le Jacobin par exceUence deTier^*^^^ (p. 325) rhomrae des prêtres.

Page 1