‹ Histoire de RobespierreChapitre 139 sur 283 · LIVRE III. — DU TRAITEMENT DES ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DU TRAITEMENT DES ECCLESIASTIQUES

ris, 20,000 auxévéques des villes d'une populatiopde cinquante mille

âmes et au-dessus, 12,000 à tous les autres évéques, paraissaient être

au comité un traitement convenable et suffisant. Mais, avec sa fougue

habituelle, Cazalès attaqua ce chiffre comme de beaucoup inférieur aux

besoins de TÉglise, et, le mot de charité à la bouche, sans se soucier

des charges énormes dont il grevait la fortune publique, il ne proposa

rien moins que 150,000 livres pour Tévèque de Paris, 40,000 livres

pour les évéques de Lyon, Bordeaux, Marseille. . . , et le reste à l'avenant.

€ Messieurs, » dit Robespierre, « j'adopte les principes du préopinant,

mais j'en tire une conséquence un peu différente : on vous a parlé de

religion et de charité; saisissons l'esprit de la religion, agrandissons

les idées de charité, et nous verrons que l'article du comité ne pèche

rien moins que par l'économie. L'Auteur pauvre et bienfaisant de la

religion a recommandé au riche de partager ses richesses avec les

indigents ; il a voulu que ses ministres fussent pauvres ; il savait

qpi*ils seraient corrompus par les richesses; il savait que les plus

^ches ne sont pas les plus généreux ; que ceux qui sont séparés des

nisères de l'humanité ne compatissent guère à ces misères ; que par

eur luxe et par les besoins attachés à leurs richesses ils sont souvent

>auvres au sein même de l'opulence... »

Le vrai moyen de soulager les pauvres n'était donc pas, à son sens, le remettre des sommes considérables aux ministres de la religion et le leur confier le soin de les répandre. Il appartenait au législateur de linûnuer le nombre des malheureux au moyen de sages lois éconooiques, de bonnes mesures administrative»; mais faire dépendre du aprice et de l'arbitraire de queltjues hommes la vie et le bonheur du »euple lui paraissait une souveraine imprudence. Vérités éternelles [u'on ne saurait trop répéter à ceux qui s'imaginent que l'aumône est e dernier mot de la charité, et qu'il n'y a pas de meilleur remède à ipporter aux misères humaines. La véritable bienfaisance, disait l'oraeur, consiste à réformer les lois antisociales, à assurer l'existence à jiacun par des lois égales pour tous les citoyens sans distinction. Nonleulement il repoussait énergiquement les propositions exagérées de lazalès, mais le comité lui-même lui semblait s'être montré trop large lans la fixation du chiffre des traitements. La somme de 12,000 Ivres était, à ses yeux, une rétribution suffisante. Il pensait même [i&*il serait encore plus conforme à la justice de réduire cette somme, 1^ qu'on ne devait accorder à aucun évéque un traitement supérieur à 0,000 Uvres(l).

Cl ) Voy. le Moniteur du 17 juin 1790, et aussi le Courrier de Provence, numéro 156,

. rx,p.i2.

On voit donc à quel point M. Michelet s'est trompé en peignant Robespierre comme cherchant à s'attirer les prêtres et à prendre un point d*appui dans le clergé. Lui marchander ainsi son salaire, le froisser dans ses intérêts pécuniaires, n'était pas assurément le moyen de l'attendrir et de le gagner. Mais, on ne saurait trop le répéter et la preuve en est à chaque page de cette histoire, jamais Robespierre ne se laissa guider par des considérations personnelles; il suivait la voie que lui traçait sa conscience sans se préoccuper de l'opinion. Certes, sa ligne de conduite lui conciliait bien des cœurs ; mais que d'ennaou»puissants et impitoyables elle lui suscitait ! L'Assemblée crut devoir montrer moins parcimonieuse et vota le projetdu comité. Quelle charg de moins pour le budget de la France, si la voix de Robespierre eu été écoutée I

Sur le traitement des curés et des simples prêtres il ne dit rien ; traitement était modique, et ce n'étaient pas les faibles ressources d ceux qui se trouvaient placés plus près du pauvre qu'il aurait voul diminuer.

On venait de pourvoir à l'existence du clergé futur; il fallait tenant assurer celle de l'ancien clergé, dont les biens avaient été d( volus à la nation.

Ce fut un de ses membres, l'abbé d'Expilly, qui, le mardi 22 juin vint, au nom du comité ecclésiastique, déclarer, après avoir flétri 1* scandaleux contraste existant entre une religion fondée sur l'humilit* et le mépris des richesses et le luxe insolent que déployaient ses mfi- — nistres, déclarer, disons-nous, que le clergé n'avait été qu'usufruiti€?- ^ des biens immenses dont il avait joui jusqu'ici et proposer à l'Assein. — blée de décider que, à compter du 1*' janvier 1790, le traitement d^s^s archevêques et évêques dont les revenus n'excédaient pas jadis ^^ somme de 12,000 livres ne subirait aucune réduction; que les tîtimlaires dont les revenus étaient supérieurs à cette somme auraicM^t également ce traitement de 12,000 livres, plus la moitié de leur excédant de revenus, sans que le tout pût dépasser la somme de S0,0O^ livres.

Castellane, Rœderer, Beaumetz et quelques autres députés combattirent vivement le projet du comité ; les uns invoquant la générosité

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