‹ Histoire de RobespierreChapitre 140 sur 283 · UVRE III. — DU TRAITEMENT DES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

UVRE III. — DU TRAITEMENT DES ECCLÉSIASTIQUES

I la nation, Thabitude que les anciens titulaires avaient de la jouisnce de biens dont rimportance même leur avait imposé certaines digations ; les autres, parlant au nom des créanciers dont les intérêts raient compromis, excipaient de la possession ancienne, cherchaient éveiller la pitié de leurs collègues ^n faveur de prélats pour qui la duction serait peut-être un coup mortel, et allaient jusqu'à accuser comité de cruauté envers des vieillards qui ne pouvaient changer [irs habitudes. « Tous ces raisonnements, » dit le journal de Mirabeau, MQt été fortement réfutés par M. Robespierre (IJ. » Prétendre, sous le prétexte de la non-rétroactivité de la loi, qu'il itait pas permis de toucher aux revenus des titulaires ecclésiastiques, rtait, à son avis, oublier que ces titulaires étaient des fonctionires publics, salariés par la nation, laquelle avait toujours le droit modifier les salaires, ainsi que l'Assemblée en avait usé elle-même 'égard d'une foule d'officiers publics. Comment donc ceux qui ne laient pas opposés à l'aliénation des biens du clergé, dans l'intérêt nâral, pouvaient- ils logiquement réclamer aujourd'hui contre la réction de ses revenus?

Quant à invoquer en faveur des évêquesla munificence delà nation, tait une dérision, a Quelle est donc la générosité qui convient à une tion grande ou petite et à ses représentants? Elle doit embrasser 18 doute l'universalité des citoyens; elle doit avoir surtout pour jet la classe la plus nombreuse et la plus infortunée. Elle ne consiste s à s'attendrir exclusivement sur le sort de quelques individus caU" mmis à recevoir un traitement de trente mille livres de rente. Pour û, je la réclame, au nom de la justice et de la raison, pour la multide innombrable de nos concitoyens dépouillés par tant d'abus; pour opères de famille qui ne peuvent nourrir les nombreux citoyens l'ik ont donnés à la patrie ; pour la foule des ecclésiastiques pauvres d ont vieilli dans les travaux d'un ministère actif et qui n'ont releilli que des infirmités et la misère, dont les touchantes réclamayos retentissent tous les jours à nos oreilles. Vous avez à choisir itre eux et les évêques. Soyez généreux comme des législateurs» xnme les représentants du peuple, et non comme des hommes froids ; frivoles qui ne savent accorder leur intérêt qu'aux prétendues srtes de ceux qui mesurent leurs droits sur leurs anciennes usurpaons, sur leurs besoins factices et dévorants, et qui refusent leur 3mpassion aux véritables misères de l'humanité. » Arrivant à cet autre argument tiré des dettes contractées par les

(1) Covfrier de Provence^ numéro 158.

évoques, il voyait une raison de plus pour ne pas accorder un revenu considérable à des hommes que leur immense fortune n*avait pas empédiés de contracter des dettes énormes, peu en rapport avec la modestie et les vertus auxquelles les obligeait le caractère sacré dont ils étaient investis. C*était là, d'ailleurs, une considération médiocre à opposer aux principes qui devaient diriger dans la main du législateur* ladispensation des biens nationaux. El d ailleurs 30,000 livres n'étaient — elles pas une somme suffisante pour qu'ils pussent, en vivant avec un= peu plus d'économie, parvenir à satisfaire leurs créanciers (1).

On comprend ce que de telles paroles durent causer de ressenti — ments parmi les membres du clergé supérieur, frappés dans leurs int rets matériels, flétris pour leurs prodigalités ruineuses. Il ne manqua cependant pas d'orateurs pour soutenir leur cause, et la séance du 2! se termina par une proposition de Thouret , tendant è rétablissement d'une échelle en vertu de laquelle les revenus actuels des titulaires seraient balancés proportionnellement à leurs revenus anciens entr^^^vre 30,000 et 120,000 livres.

Reprise le lendemain, la discussion ne fut pas moins vive- A Cler— ^t*"mont-Tonnerre osant parler des prétendus droits des ecclésiastiques S> à la reconnaissance du peuple répondit Ricard, qui demanda quels étaien' j^ot les titres des évéques et où étaient les preuves de leur patriotisme»- 6 pour solliciter de la nation des préférences et des sacrifices. Pétioi parla dans le même sens. Cazalès. revint à Id charge; et Le Chapelit ayant appuyé la proposition de Thouret, en l'amendant légèrement Robespierre remonta à la tribune afin de réclamer la priorité en du projet du comité, lequel était tout à l'avantage du peuple, tandî! que celui de Thouret favorisait une centaine d'individus opulents, il y avait un motif plus puissant encore, disait-il, c'était l'état de

finances; rejeter l'avis du comité, c'était obérer la nation et courir risque de ne pouvoir remplir d'immenses engagements. Robespi décida la victoire, et l'Assemblée, convaincue par la force de ses raL sonnements, vota le projet du comité en élevant, par exception ment, à 7 5,000 livres le revenu provisoire de l'archevêque de Pans {^^* Si Robespierre se montrait d'une légitime sévérité pour ces andoims privilégiés, insatiables dans leur opulence, et dont il avait eu un ty|p6 frappant sous les yeux dans le dernier abbé de Saint-Waast, ce trop fameux cardinal de Rohan, à qui ses prodigieux revenus n'avaient p9S suffi pour satisfaire une prodigalité sans frein, il n'en était pas de

(1) Voy. le Courrier de Provence^ numéro 168, t. IX, p. 70 et suiv. Voy. aussi le Moniteur du 23 juin 1790, moins complet.

(2) Moniteur du 24 juin 1790.

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